Horaires de faction: les ambulanciers montent au front

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Plusieurs paramédicaux ont rencontré Louisette Hébert, attachée de Pierre Paradis, député indépendant de Brome-Missisquoi à Québec, pour la sensibiliser sur l'importance d'abolir les horaires de faction.

Christophe Boisseau-Dion, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Cowansville) Des paramédics de la région de Brome-Missisquoi se sont rendus au bureau du député indépendant Pierre Paradis afin de rencontrer son attachée, Louisette Hébert. Ils espèrent obtenir de l'aide du politicien pour abolir les horaires de faction.

La convention collective des paramédicaux est échue depuis le 31 mars 2015 et Gaétan Dutil, président du Syndicat des paramédicaux et du préhospitalier de la Montérégie, indique que les pourparlers ont réellement débuté il y a trois mois. Or, la surcharge de travail et les horaires de faction, aussi nommés 7/14, ne font pas partie du mandat qu'ont obtenu les employeurs de la part du gouvernement québécois. L'employeur n'a donc pas la latitude pour négocier cet aspect du contrat de travail, a-t-il exposé à Louisette Hébert.

« Les employeurs doivent appliquer ce qui est exigé par le CISSS, et le CISSS prend ses ordres du Conseil du trésor et du ministère de la Santé­ », déplore-t-il. 

Propres aux régions rurales, les 7/14 sont ces horaires durant lesquels les paramédicaux sont sur appel à partir de la maison. Lorsqu'il y a un appel, ils ont cinq minutes pour se rendre à la caserne et partir avec l'ambulance. Ils sont sur appel 24 h sur 24 pendant sept jours. Cette période est suivie de sept jours de congé.

On retrouve ce type d'horaire à Waterloo, Cowansville, Farnham, Bedford et Acton Vale, notamment.

Temporaire... depuis 1984 !

Ce n'est pas d'hier que les paramédicaux tentent de faire abolir cette façon de faire, mais ils ont toujours obtenu une fin de non-­recevoir. Cette fois, ils affirment qu'ils ne signeront pas un nouveau contrat de travail sans que ce soit traité.

« En 1984, quand les horaires de faction ont été instaurés, les 7/14 étaient temporaires. On est rendu 33 ans plus tard et ils sont encore là, déplore M. Dutil. C'est inhumain pour les travailleurs et pour les gens qui reçoivent les services. »

Justin Gauthier, délégué syndical chez Ambulances Cowansville, est un employé permanent sur l'horaire de faction. C'est d'ailleurs lui qui a transféré Pierre Paradis de l'hôpital BMP vers un hôpital de Montréal pour soigner sa commotion cérébrale, cet hiver. Comme il habite à Magog, il doit louer une chambre près de son travail pour être capable de se rendre à la caserne en cinq minutes lorsqu'il est sur appel. Il n'est donc pas avec sa famille durant la semaine où il est en fonction.

« Ça vient vraiment jouer dans notre situation familiale. Des fois, on tente de faire l'épicerie et on a un appel, on doit tout laisser là pour se rendre à la caserne. On doit aussi toujours s'assurer qu'il y a quelqu'un pour garder les enfants », rapporte le délégué syndical au nom de ses collègues en guise d'exemples d'irritants.

Les horaires de faction épuisent les paramédicaux en... (Christophe Boisseau-Dion, La Voix de l'Est) - image 3.0

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Les horaires de faction épuisent les paramédicaux en plus de nuire à leur situation familiale et d'augmenter les risques d'erreur avec les patients.

Christophe Boisseau-Dion, La Voix de l'Est

Délais et risques d'erreur

Non seulement ces horaires épuisent les paramédicaux et les empêchent de tenir leur rôle familial adéquatement, soutiennent ceux qui se sont réunis dans le bureau de Louisette Hébert, mais ils occasionnent des délais et augmentent les risques d'erreur.

Justin Gauthier n'a jamais eu à réanimer un patient sur l'horaire 7/14, mais il rappelle que chaque minute compte lorsqu'une personne fait un arrêt cardiaque. Avec les cinq minutes pour se rendre à la caserne - parfois plus si le paramédic doit se réveiller et déneiger sa voiture - et celles pour se rendre sur les lieux de l'appel, les délais sont trop longs pour lui.

« C'est notre job de sauver les gens et ça nous frustre parce qu'on sait qu'à cause des délais on ne peut pas toujours y arriver. Pourquoi les payeurs de taxes n'ont-ils pas droit au même service qu'à Montréal [où Urgence santé a des horaires à l'heure] ? »

À Cowansville, l'entreprise a bien quelques horaires à l'heure, comme ce que réclament les paramédicaux de la Montérégie. De jour, deux camions sont en fonction, l'un pendant huit heures et l'autre pendant douze heures, tandis qu'un seul l'est la nuit durant douze heures. À cela s'ajoute un véhicule sur horaire de faction. « Malgré ça, ils ne fournissent pas tellement ils ont un grand territoire­ », souligne Gaétan Dutil.

Il évoque du même souffle que le taux d'appels augmente entre 7 et 10 % par année. Pourtant, le personnel et le nombre de véhicules, eux, n'ont pas augmenté.

À l'inverse, le maximum d'appels annuels fixé à l'origine pour les horaires de faction, soit 1000 appels annuellement, sont largement dépassés, renchérit Justin Gauthier. En 2016-2017, Cowansville a traité 3300 appels. Ces chiffres n'incluent même pas les équipes venues d'autres territoires pour donner un coup de main.

Ambulance Cowansville et le syndicat « veulent travailler ensemble », assure Justin Gauthier. « On est sur la même longueur d'onde - ce qui est très rare -, on veut enlever l'horaire de faction. On espère avoir votre implication. C'est vraiment au niveau du ministère que ça bloque », a-t-il dit à Louisette Hébert.

D'autres périodes de négociations sont prévues dans les deux prochaines semaines entre la CSN et la coalition qui regroupe quelques coopératives et compagnies privées, dont celles de la région. De son côté, la Corporation des services d'ambulance du Québec représente 85 % des employeurs.




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