Simuler la réalité pour prévenir les drames

Pompiers, policiers et paramédicaux ont participé à une... (Janick Marois)

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Pompiers, policiers et paramédicaux ont participé à une simulation présentée devant quelque 3000 jeunes des écoles secondaires.

Janick Marois

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Karine Blanchard
La Voix de l'Est

(Granby) Drogue, alcool ou texto au volant peuvent entraîner de lourdes conséquences. Des vies ont été brisées. Des proches et même des secouristes conservent de douloureux souvenirs. Afin de prévenir les élèves contre ces comportements téméraires qui pourraient leur coûter la vie ou celle de leurs amis, les intervenants d'urgence ont présenté une simulation d'un réalisme criant, mercredi, à Granby. La population pourra à son tour y assister jeudi.

« Quand vous embarquez dans une auto ou que vous conduisez, pensez-y à deux fois. Que ce soit l'alcool, la drogue ou la vitesse, vous allez devoir vivre avec des conséquences toute votre vie », a témoigné Lyne Hébert, aux côtés de son conjoint Jeffrey Lavigne. 

Le couple a perdu sa fille Natasha à l'âge de 18 ans dans une embardée survenue à Lac-Brome, en novembre 2012. La conductrice roulait à vive allure quand elle a perdu le contrôle de son véhicule. Une autre jeune femme a péri. « Ce n'est pas facile de dire à des grands-parents que leur petite-fille de 18 ans est décédée... », a raconté la mère de famille aux centaines de jeunes attentifs qui assistaient à la simulation d'accident Impact, à l'aréna Léonard-Grondin de Granby. 

Le policier Daniel Tanguay, qui cumule plus de 30 ans de service, n'oubliera jamais cette collision au cours de laquelle une jeune femme de 18 ans a été éjectée d'un véhicule, au début des années 1990. « Je me souviens des cris, des pleurs causés par la peur, par le mal. Je m'en souviendrai toujours. »

Le pompier Stéphane Castonguay a aussi capté l'attention des jeunes en leur racontant une intervention dans le chemin Gagné, où il a d'abord cru que la victime était... son fils. Soulagement : ce n'était pas le cas. « Tout ce que je voyais, c'étaient des pièces de la même couleur que sa voiture... », a-t-il laissé tomber avec émotion. 

Ces témoignages ont été livrés devant quelque 3000 jeunes de quatrième et cinquième secondaire des écoles des MRC de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi. L'événement à grand déploiement, né à Cowansville il y a neuf ans, se déplaçait pour la première fois à Granby.

Le but ? Créer un impact chez les jeunes. « On se rend compte que pour en avoir, il faut jouer avec les émotions ; donc, c'est ce qu'on va chercher. Le travail de tous les intervenants, on sait aussi que ça impressionne les jeunes », explique Caroline Garand, porte-parole du Service de police de Granby. 

Simuler la réalité 

Parfois très attentifs, parfois moins, les spectateurs ont aussi été témoins d'une scène plus vraie que nature : une violente collision sur la route 139, à Granby. 

Dans le premier véhicule, le conducteur est inconscient. Sa passagère a subi une fracture ouverte à une jambe. Elle est en larmes. Les deux sont coincés dans l'habitacle.  

À quelques pas de là, une jeune femme, éjectée lors de l'impact, git sur la chaussée. Elle ne respire plus et n'a plus de pouls.

Une passagère émerge de l'autre véhicule en criant à la conductrice : « Je t'avais dit de ne pas conduire », ce à quoi elle répond qu'elle a bu que deux bières et fumé un joint. 

Pompiers, policiers et paramédicaux s'activent auprès des victimes. Des manoeuvres de réanimation sont pratiquées sur la jeune femme étendue au sol. Après quelque temps, les paramédicaux la recouvrent d'un drap jaune. Elle est morte.

Les deux occupants de la voiture sont libérés de la carcasse après avoir été désincarcérés par les pompiers. Le jeune homme passera le reste de ses jours cloué dans un fauteuil roulant. 

La conductrice, soumise à la mesure zéro alcool, avait non seulement de l'alcool dans le sang, mais elle a échoué les épreuves de coordination menées par un agent évaluateur, confirmant qu'elle était sous l'effet de la drogue. Du cannabis a d'ailleurs été trouvé dans ses poches. Elle a été arrêtée. 

Cette simulation mettant en scène des secouristes de la région semble porter ses fruits. Au cours des dernières années, les corps policiers de la région n'ont déploré aucune tragédie à la suite des bals de fins d'études. 

Avis aux intéressés : une présentation est offerte au public jeudi à 13 h 45 à l'aréna Léonard-Grondin de Granby. « On pense que pour bien sensibiliser les jeunes, quoi de mieux que d'assister en tant que parent à une activité comme celle-là pour passer le message par la suite ? », fait valoir la policière Garand.

Les jeunes surreprésentés

Même si le bilan routier des jeunes conducteurs s'améliore, ils sont encore surreprésentés dans les collisions entraînant des lésions corporelles ou la mort. 

« On doit continuer à dire aux jeunes de ne pas texter au volant, de ne pas consommer ni drogue ni alcool lorsqu'ils sont au volant, et aussi d'user de prudence et de courtoisie parce qu'on sait qu'à cet âge-là, la témérité est malheureusement au rendez-vous. Et ça génère des problèmes qui peuvent prendre de l'ampleur », affirme François Rémillard, directeur des relations avec les partenaires en sécurité routière à la Société de l'assurance automobile du Québec. 

Détenteurs de 9 % des permis de conduire au Québec, les jeunes comptent pour 20 % des conducteurs impliqués dans des accidents avec dommages corporels. La bonne nouvelle : le nombre de morts chez les 15 à 24 ans a fondu ces dernières années, passant de 103 en 2012 à 48 en 2016. 

La SAAQ, qui multiplie les campagnes de prévention et de sensibilisation en utilisant diverses plates-formes pour faire passer ses messages, s'est associée à la simulation d'accident Impact présentée à Granby. Une bonne occasion de rejoindre une fois de plus cette clientèle. « Ça incite les jeunes et leurs parents à discuter, à tout le moins. Le message finit par passer et on le voit parce que les données s'améliorent, mais il y a encore du chemin à faire en raison de la surreprésentation. Il faut leur rappeler le message », dit M. Rémillard. 

Et comment réduire davantage le nombre de collisions les impliquant ? 

« C'est une recette qui doit amalgamer législation, contrôle et sensibilisation, répond François Rémillard. On ne peut pas en démordre. Des lois qui sont assez sévères - il y en a récemment eu avec le zéro alcool et la gradation des points d'inaptitude -, la sensibilisation, du contrôle policier. C'est l'amalgame qui donne des résultats. »




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