Partage de la route: un changement de comportement observé

Trois cyclistes sont décédées après avoir été heurtées... (archives La Voix de l'Est)

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Trois cyclistes sont décédées après avoir été heurtées par un véhicule sur la route 112 à Rougemont, en 2010. Le Code de la sécurité routière a été amendé l'an passé pour offrir plus de sécurité aux cyclistes sur les routes du Québec en imposant une distance à respecter entre un véhicule et un vélo.

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Karine Blanchard
La Voix de l'Est

(Rougemont) Sept ans se sont écoulés depuis la tragédie qui a secoué le monde cycliste, alors que trois adeptes de vélo sont décédés après avoir été happés par un véhicule sur la route 112 à Rougemont. France Carignan, elle, s'en est tirée sans blessure. Mais ce jour-là, elle a perdu sa conjointe Christine. Cet accident a ramené sur la table la question du partage de la route. Depuis toutes ces années, les comportements changent et le respect s'installe, affirme la cycliste, qui s'est confiée à La Voix de l'Est.

« Sept ans plus tard, ça va mieux. La vie continue, laisse tomber la résidante de la Rive-Sud de Montréal­. Sept ans plus tard, je refais du vélo et du triathlon. La passion est toujours­ là. »

Le jour fatidique du 14 mai 2010, Mme Carignan roulait en compagnie de cinq autres cyclistes membres d'un club de triathlon en direction de Sherbrooke, où ils devaient participer à un camp d'entraînement. Mais ils ne sont jamais arrivés à destination. Un véhicule, conduit par un homme, les a happés. Le coroner a ciblé la fatigue du conducteur comme principale cause de l'accident. 

Christine Deschamps, 44 ans, Sandra De La Garza Aguilar, 36 ans, et Lyne Duhamel, 39 ans, sont décédées. France Carignan­, Jean Dessureault et Karine Desormeaux­ ont survécu.

« C'est quelque chose qu'on ne peut pas oublier. Je me souviens des événements, de ce qui s'est passé, dit Mme Carignan. Chaque fois que le 14 mai arrive, c'est toujours un moment d'angoisse, de pensées nostalgiques et tristes. Je me trouve chanceuse d'être encore en vie et j'en profite au maximum. »

Avant la tragédie, la cycliste affirme qu'elle n'avait aucune crainte de partager la route avec les véhicules routiers. « J'étais prudente, je savais qu'on était visible, mais je n'avais pas la vigilance que j'ai présentement, mais surtout ce degré d'hypersensibilité que j'ai maintenant quand je suis à vélo. Je regarde partout et j'aime mieux être à l'arrière d'un peloton. Je vais aussi choisir les routes sur lesquelles­ je vais rouler. »

Les longues randonnées seule à vélo sont toutefois des histoires du passé. « Je ne suis jamais retournée toute seule. Je suis toujours accompagnée par des amis. On est plus visible en groupe. »

Un meilleur partage 

Le partage de la route est d'actualités depuis plusieurs années. De nombreuses campagnes de sensibilisation organisées par des regroupements de cyclistes et la Société de l'assurance automobile du Québec ont été diffusées. Et petit à petit, elles portent leurs fruits. 

« Oui, il y a eu une amélioration pour la sécurité des cyclistes, la vigilance des automobilistes à notre égard, constate France Carignan. Il faut que la cohabitation se fasse et que tout le monde respecte le Code de la sécurité routière. La règle du 1,5 mètre, ce n'était pas connu, mais les gens commencent à le savoir un peu plus. »

Il y a pourtant encore des automobilistes qui en font fi. « Il va toujours y avoir des automobilistes qui n'en ont rien à foutre et ils nous frôlent. L'an passé, ça m'est arrivé. À des amis aussi. Il y a des voitures qui font par exprès pour nous frôler », dit-elle.

Quelle mesure devrait être mise en place pour améliorer davantage le partage de la route ? France Carignan suggère le marquage de la chaussée qui offre un corridor aux cyclistes pour rouler en sécurité, comme c'est le cas en Arizona­. « Le marquage au sol, avec des voies plus faciles pour tourner, permet de protéger les cyclistes. Oui, il y a du travail à faire ici, mais il y a un intérêt à améliorer les réseaux cyclables. »

Depuis quelques années, le partage de la route... (tirée de Facebook) - image 2.0

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Depuis quelques années, le partage de la route s'est amélioré, constate la cycliste France Carignan.

tirée de Facebook

De nouvelles mesures pour sauver des vies

Chaque année, des cyclistes sont blessés et tués sur les routes du Québec­. Dans l'espoir de mieux les protéger, de nouvelles mesures ont été mises en place en 2016. 

Le Code de la sécurité routière a été amendé en ce sens. Les véhicules routiers ont maintenant l'obligation de rouler à une distance de 1,5 mètre d'un cycliste sur une route où la limite de vitesse est supérieure à 50 km/h. Lorsque la vitesse permise est de 50 km/h et moins, cette distance est réduite à un mètre. 

Un automobiliste qui omet de respecter cette règle s'expose à une amende variant de 200 $ à 300 $. Deux points seront également ajoutés­ à son dossier de conduite. 

La nouvelle mesure permet également aux conducteurs d'un véhicule routier de franchir une ligne continue pour dépasser un cycliste, si c'est possible de le faire sans danger. 

La Société de l'assurance auto­mobile du Québec (SAAQ) ne possède pas encore de statistiques sur le nombre de contraventions qui ont été délivrées à la première année d'application des nouvelles mesures. 

Chose certaine, il faut toujours un certain temps avant que la sensibilisation porte ses fruits. « On est en campagne pour le partage de la route depuis trois ans et les cyclistes disent voir une différence, indique Gino Desrosiers, porte-parole à la SAAQ. La sensibilisation, peu importe le sujet, ça ne se fait jamais en claquant les doigts. Il faut répéter le message pour que ça s'installe dans le comportement des gens. »

Rappelons que les routes de la province ont coûté la vie à huit cyclistes en 2016, dont un en Montérégie. Treize cyclistes ont également subi de graves blessures. Du côté de l'Estrie, deux cyclistes ont été gravement blessés.

Les collisions qui infligent des blessures mineures aux cyclistes sont les plus nombreuses à survenir au Québec. Les routes de l'Estrie ont été le théâtre de 38 de ces collisions en 2016, alors qu'il s'en est produit 324 en Montérégie.




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