Terminées, les pauses-café aux Tim Hortons de Cowansville

Pour pallier l'augmentation du salaire minimum, les employés... (Alain Dion)

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Pour pallier l'augmentation du salaire minimum, les employés des succursales Tim Hortons de la rue du Sud et du boulevard J.-A.-Déragon, à Cowansville, ont perdu leurs pauses-café rémunérées.

Alain Dion

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(Cowansville) L'augmentation du salaire minimum, lundi, ne fait pas que des heureux. Pour compenser cette hausse de 50 cents de l'heure, le propriétaire des deux restaurants Tim Hortons de Cowansville a aboli les deux pauses payées à ses employés.

La rentabilité de l'entreprise est menacée par cette majoration des salaires, selon Jean

Pourchelle.

«Nous ne prévoyons pas d'augmentation (ndlr: de prix) des produits à partir du 1er mai 2017. Donc, dans l'esprit de maintenir la rentabilité dans les entreprises, nous avons pris la décision de ne plus rémunérer les pauses», écrit-il dans un mémo interne affiché dans ses succursales de la rue du Sud et du boulevard J.-A.-Déragon. L'employeur invite le personnel à «poinçonner» leurs pauses, conformément à la loi. 

La mesure a fait vivement réagir certains employés, qui se sont confiés à La Voix de l'Est sous le couvert de l'anonymat. L'un d'entre eux a fait savoir qu'au moins un de ses collègues aurait donné sa démission à la suite de cette annonce. D'autres envisageraient d'emboîter le pas, nous a-t-il dit. 

«J'étais fâchée», nous rapporte pour sa part une jeune femme. Selon elle, plusieurs, plus jeunes, n'auraient pas osé contester la décision de leur employeur de peur de lui déplaire.

Baisse de salaire

Dans les faits, ne plus rémunérer les pauses constitue, pour les travailleurs, une baisse de salaire. Par exemple, en passant de 10,75 $ à 11,25 $ de l'heure, le salaire des employés devrait être bonifié de 3,50 $ par quart de travail de sept heures. 

Or, le fait de ne plus payer les pauses engendre une économie de 5,63$ pour l'employeur, par employé, par quart de travail de sept heures. 

Ainsi, un quart de travail de sept heures, comprenant deux pauses de 15 minutes payées, équivalait à 75,25$, avant la hausse salariale. Maintenant, un quart de travail de même durée comptant une pause non-rémunérée de trente minutes est payé 73,13$, soit un manque à gagner de 2,12$ par quart de travail sur le chèque de paie.

«Ça fait chier, dénonce un travailleur de l'entreprise. Déjà que je ne travaille pas beaucoup d'heures, en plus on m'enlève du salaire.»

De pause-café à pause-repas

Dans son mémo, M. Pourchelle explique toutefois que la rémunération des employés ayant plus de deux ans d'ancienneté sera ajustée en conséquence, sans en mentionner les détails.

Selon ce qui nous a été expliqué par un employé, les travailleurs des deux établissements bénéficiaient de deux périodes de quinze minutes rémunérées pour se reposer. Désormais, celles-ci seront regroupées pour former une pause-repas d'une demi-heure, ce que leur patron n'est pas obligé de payer en vertu des normes du travail.

Ce nouveau paradigme pourrait entraîner un changement d'habitudes chez certains employés. «Avant, on devait prendre nos pauses sur place, mais maintenant, on va avoir le droit de la prendre à l'extérieur, nous explique l'un d'entre eux. On n'osait pas se pousser, pour être là si nos collègues ont besoin d'aide dans un rush. Là, je vais quitter pour ma pause et s'ils sont mal pris, tant pis.»

Genevieve Trudel, porte-parole à la Commission des normes, de l'éthique, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), rappelle que les employeurs ne sont pas obligés d'offrir des pauses-café à leurs employés. S'ils le font, ils sont toutefois dans l'obligation de les rémunérer. Il en va autrement pour les pauses-repas qui, d'une durée minimale de

30 minutes, ne sont pas à la charge des patrons.

«C'est mon droit»

Joint mardi par téléphone, M. Pourchelle s'est montré réticent à expliquer sa décision. « C'est mon droit de le faire, je n'ai pas envie de vous répondre », a-t-il dit. 

Il a cependant reconnu que, contrairement à ce que mentionne son mémo, la rentabilité de ses deux restaurants n'est pas réellement menacée par l'augmentation du salaire horaire minimum. 

L'homme d'affaires a indiqué son désir de s'entretenir avec un représentant du bureau-chef de la chaîne avant d'offrir davantage de commentaires. 

La Voix de l'Est a tenté de communiquer avec un dirigeant de la multinationale à Oakville, en Ontario, à ce sujet. L'entreprise n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue.

Nous avons recommuniqué avec M. Pourchelle mercredi et jeudi. Il n'a pas retourné les appels logés à son attention dans son restaurant et sur son cellulaire.

Selon nos informations, dans les cinq restaurants Tim Hortons de Granby et celui d'Ange-Gardien, aucune pause-café n'est offerte. Dans les succursales de Bromont et de Saint-Alphonse-de-Granby, des pauses de 15 minutes sont offertes et payées.

Ce que disent les normes du travail

1. Un salarié est réputé au travail et doit être payé :

 - quand il est à la disposition de son employeur sur les lieux du travail et qu'il est obligé d'attendre qu'on lui donne du travail

 - pendant les pauses accordées par l'employeur

2. La pause café n'est pas obligatoire, mais quand elle est accordée par l'employeur elle doit être payée et incluse dans le calcul des heures travaillées.

3.  Après une période de travail de cinq heures consécutives, le salarié a droit à une période de 30 minutes, sans salaire, pour son repas. Cette période doit lui être payée s'il ne peut pas quitter son poste de travail.

Source: Commission des normes, de l'éthique, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST)




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