« Si tu mords, tu meurs »

Carl Girard accuse le ministre Martin Coiteux d'aller... (Julie Catudal, La Voix de l'Est)

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Carl Girard accuse le ministre Martin Coiteux d'aller en opposition directe avec la Loi sur le bien-être et la sécurité de l'animal.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

« On revient en 1938. Tu mords, tu meurs. » L'éducateur canin Carl Girard se fait critique du projet de loi 128 déposé jeudi par Québec, doublé par la promesse d'interdire les pitbulls dès son adoption. Certains aspects sont positifs à ses yeux, mais il considère que Martin Coiteux va à l'encontre de la nouvelle loi du MAPAQ sur les droits des animaux.

Selon le propriétaire de la SPA des Cantons, la loi sur l'encadrement des chiens ne respectera pas la Loi sur le bien-être et la sécurité de l'animal, en application depuis un an, puisqu'un animal qui mord devra être euthanasié sans exception. Pourtant, la loi du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation prévoit une évaluation comportementale avant qu'un animal soit euthanasié après avoir mordu. Une nouvelle aile de quarantaine est d'ailleurs en construction pour appliquer cette mesure à Cowansville. 

« D'un bord, faut prouver que l'animal représente un risque. De l'autre, c'est euthanasie obligatoire. La main gauche ne parle pas à la main droite, illustre-t-il Il y a "euthanasie" aux trois mots. Voyons donc, c'est quoi cette affaire-là? Déjà qu'on est un peuple qui ne prend pas ses responsabilités, là on va se retrouver avec un abus d'euthanasies. Un chien qui fait une otite sévère, il doit endurer sa douleur sinon il va mourir. »

Par là, M. Girard fait référence au bullmastiff croisé qui avait mordu une fillette à Granby, en décembre 2015. Il souffrait d'une double otite, ce qui avait influencé son comportement. Une fois soigné, il a pu avoir une deuxième chance dans sa famille.

Des responsabilités

M. Girard remarque que le projet de loi donne beaucoup de pouvoirs et de responsabilités aux municipalités pour appliquer la loi. L'inspecteur pourrait notamment ordonner l'euthanasie, si le projet de loi est adopté tel quel.

« Si la municipalité ordonne au propriétaire de faire euthanasier son chien, ça prend un jugement en cour, croit-il. Ça prendre une contre-expertise ».

Carl Girard s'est fait le protecteur des chiens de type pitbulls, dont la réputation a été échaudée depuis la mort de Christiane Vadnais en 2016. Il n'est pas contre l'euthanasie lorsque le comportement d'un chien est irrécupérable, mais croit qu'un pitbull peut être un aussi bon animal de compagnie qu'un autre s'il est bien élevé. 

Il n'hésite pas à parler de ségrégation à propos des déclarations du ministre Coiteux, qui ciblait les pitbulls dans son discours. Il reproche également au gouvernement de faire un retour dans le temps et redoute que certaines municipalités tuent les chiens derrière une grange avec une arme à feu sans se poser de questions et sans demander les services d'un vétérinaire ou d'un contrôleur animalier.

« La majorité des municipalités de moins de 10 000 habitants n'ont pas de contrôle animalier. Est-ce que ça ouvre la porte au Far West? », se questionne-t-il.

Quant à l'évaluation du niveau de dangerosité des chiens, il en reviendra aux vétérinaires de statuer. « J'ai un immense respect pour les vétérinaires, ils ont de longues années d'études, mais ce sont des spécialistes de la santé animale. Si tu souffres de schizophrénie, tu n'iras pas voir ton médecin de famille, tu vas sûrement aller voir un psychiatre. » Il comprend toutefois que le gouvernement se tourne vers eux puisqu'il n'existe pas de formation reconnue pour l'évaluation comportementale des chiens pour les contrôleurs canins.

M. Girard compte intervenir selon la situation, qu'importe la loi qui sera adoptée. « Je vais appliquer le GBS (ndlr: gros bon sens). Et ça ne fait pas partie du gouvernement. Ce n'est pas vrai que je persécuter les propriétaires de pitbulls. »

Encadrer les incidents

La Ville de Bromont s'est dotée en 2016 d'un nouveau règlement encadrant les animaux dans sa municipalité, notamment les chiens dangereux. On se souvient que le règlement avait soulevé des protestations puisque le premier règlement entériné par le conseil venait interdire les chiens de type pitbull et les chiens de même famille. Selon la mairesse Pauline Quinlan, certains étaient d'accord avec cette vision, même si ceux qui sont montés aux barricades se sont fait davantage entendre. 

Le conseil a ensuite fait volte-face en ne ciblant aucune race en particulier. Le règlement devrait cependant revenir à sa forme initiale si le projet de loi 128 est adopté.

Le projet de loi « est une bonne chose, dans le sens où il vient encadrer des situations, indique Mme Quinlan. C'est un projet de loi, on va voir comment les choses vont évoluer. À partir du moment où une loi est adoptée, on n'a pas le choix de la respecter et de faire des modifications. Une municipalité qui n'a pas de règlement devra mettre les bouchées doubles. »

Le règlement d'une municipalité peut être plus sévère que la loi qui devrait être adoptée avant l'été, espère Martin Coiteux, mais il ne peut pas être plus indulgent. 

« Je pense que l'élément qui ressort, c'est que ce sera aux municipalités de se charger de faire appliquer la loi, ajoute la mairesse. Le fait que nous avons un corps policier municipal, la proximité des policiers avec la population les rend capables de bien encadrer et éduquer les gens. Je m'interroge pour les municipalités avec la SQ. »

Dans le cas de Bromont, la Ville a déjà le personnel en place pour gérer ce qui incombe aux administrations municipales.




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