Détournement d'ambulances: des paramédicaux en ont ras le bol

Des ambulanciers dénoncent les fréquents détournements d'ambulances d'hôpitaux... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Des ambulanciers dénoncent les fréquents détournements d'ambulances d'hôpitaux de la région, notamment du centre hospitalier de Granby, vers d'autres établissements.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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(Granby) Des ambulanciers en ont « ras le bol » d'être redirigés vers d'autres centres hospitaliers, alors que les établissements de la région refusent certains patients. Une situation qui prend de l'ampleur, selon des paramédicaux interviewés par La Voix de l'Est. Affirmant que la sécurité de la population est ainsi compromise, plusieurs d'entre eux sonnent l'alarme.

Les problèmes récurrents de débordements à l'hôpital de Granby semblent avoir de fâcheuses répercussions dans plusieurs ramifications du système de santé. Des ambulanciers estiment faire les frais de ce qu'ils considèrent comme un manque flagrant de professionnalisme de la part des dirigeants des centres hospitaliers de la région. 

« Auparavant, c'était peu fréquent de voir des ambulances [redirigées] d'un hôpital vers un autre. Maintenant, c'est devenu une nouvelle mode. [...] Ce n'est pas aux citoyens et aux paramédics de se faire transférer les problèmes d'organisation des hôpitaux », clame le directeur des opérations des services ambulanciers Dessercom, secteur ouest, Stéphane Scalabrini. 

Selon ce dernier, un cas de manque de coordination survenu lundi au Centre hospitalier de Granby (CHG) l'a particulièrement fait sortir de ses gonds. Alors qu'une équipe d'ambulanciers s'est présentée avec un patient à l'urgence, le personnel au triage aurait refusé de l'enregistrer, soutenant avoir reçu l'ordre d'un supérieur de détourner les gens qui arrivent par ambulance ailleurs. 

« Le paramédic est resté durant près de deux heures sur place parce que les infirmières ne voulaient pas "trier" le patient. Il a même fallu faire intervenir un superviseur régional [de Dessercom]. Finalement, j'ai ordonné à mon ambulancier d'installer l'homme dans un fauteuil roulant, d'aviser [le personnel à l'urgence] et de sortir de là, indique-t-il, précisant qu'il était alors environ 18 h. C'est le genre de situation inacceptable. » Trois autres duos d'ambulanciers auraient eu droit au même genre d'accueil à quelques heures d'intervalle. Depuis le 1er février, M. Scalabrini dit avoir dénombré une vingtaine de détournements d'ambulances en Montérégie.

Un paramédical qui cumule plus de 30 ans d'expérience dénonce la situation qui, selon lui, semble se dessiner comme une tendance lourde depuis l'abolition des agences de santé. « Ils prennent la population en otage », rage-t-il. L'homme affirme par ailleurs avoir été témoin pour la première fois de sa carrière, lundi, d'un épisode où le personnel hospitalier refuse d'évaluer un patient qui arrive par ambulance. 

Une question de sécurité

M. Scalabrini soutient que les dérivations fréquentes d'ambulances, outre le fait de restreindre l'efficacité des effectifs paramédicaux, mettent en péril la sécurité du public. 

« Il n'y a pas de baguette magique. Quand une ambulance est détournée vers un autre hôpital que celui qui est le plus près, une autre équipe [souvent d'une autre région] doit prendre le relais. Les temps de réponse s'étirent. On ne peut pas tolérer ça. C'est à croire que les gens dans le milieu hospitalier ne sont pas conscients des schémas de risque. Et malheureusement, c'est la population qui paie la note », dit-il, précisant que le manque de personnel aurait été une des principales causes du détournement d'ambulances du CHG vers d'autres hôpitaux, lundi.

Le président du syndicat de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec (FTPQ) section Granby, Jean Papineau, abonde dans le même sens. « On déplore l'attitude [du CHG] par rapport au manque d'effectifs, dit-il. En agissant ainsi, c'est une responsabilité qu'ils n'assument pas. [...] Ça a un effet domino. Ça met de la pression sur toutes les urgences. »

Situation « particulière »

Appelée à commenter le dossier, Geneviève Lemay, conseillère en communications au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie, indique qu'une série de facteurs ont mené au détournement des ambulances de Granby vers d'autres hôpitaux, lundi. 

« Il y avait un taux d'occupation sur civière très élevé. On avait aussi une éclosion sur une unité. [...] Et on avait un taux d'absentéisme du personnel plus haut qu'à l'habitude, ce qui a [engendré] une situation particulière et momentanée avec l'accueil des urgences. Mais on ne joue jamais avec la santé des patients. Tous les cas urgents sont admis », fait-elle valoir. Vérification faite, les données de la « situation dans les urgences de la région » faisaient état d'un taux d'occupation de 155 % sur civière à l'urgence de Granby (31 patients sur une capacité de 20) à 19 h lundi.

En ce qui concerne l'attente de deux heures des ambulanciers à l'urgence du CHG, Mme Lemay a d'abord signifié en entrevue qu'une telle situation ne déroge pas aux critères du CIUSSS de l'Estrie. « Ce n'est pas hors norme. C'est une pratique qui arrive dans des cas occasionnels », dit-elle avant de se raviser dans un second entretien téléphonique, mentionnant que « le détournement d'ambulances n'est pas hors norme. »




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