Le détenu autochtone soulagé d'entamer sa thérapie

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« Je pouvais me faire jusqu'à 400 $ d'injections par jour, dit Detwin Curleyhead. Mais je ne pouvais pas amasser tout cet argent en travaillant. »

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Shefford) C'est un jeune Amérindien soulagé que La Voix de l'Est a rencontré au centre de traitement de l'alcoolisme et des toxicomanies pour hommes L'Envolée, mardi.

Détenu depuis trois semaines parce que ni Québec ni Ottawa ne voulaient assumer les frais d'un long séjour, Detwin Curleyhead peut maintenant commencer une thérapie de six mois visant à s'attaquer à son problème de consommation d'opiacés.

« Je suis content d'être ici, confie en anglais le Mohawk de 25 ans originaire de Kahnawake. Je pense que c'est ce qui devait être fait. »

Le chemin a été ardu. Et pas complètement terminé (voir autre texte). En septembre, Québec a cessé de défrayer le coût des thérapies longue durée pour les Amérindiens vivant en réserve, puisqu'ils sont de juridiction fédérale. De son côté, Ottawa hésite à assumer ces frais puisqu'il finance déjà les centres de thérapie autochtones, qui n'offrent que de courts séjours.

Père de quatre enfants, M. Curleyhead est donc resté détenu plus longtemps que prévu après avoir été arrêté pour bris de condition et introduction par effraction. Il avait quitté le centre L'Envolée sans permission lors d'un premier séjour, en octobre, et est ensuite entré chez ses beaux-parents pour « voler 40 $ », dit-il.

Des infractions qu'il attribue à sa dépendance. « Les opiacés, ça ne coûte pas cher et ils sont faciles à trouver à Kahnawake. Je pouvais me faire jusqu'à 400 $ d'injections par jour, mais je ne pouvais pas amasser tout cet argent en travaillant. »

Fréquentations

Contrairement à d'autres toxicomanes, il dit avoir vécu une enfance paisible et n'a manqué de rien. Il excellait dans les sports, mais peu à l'école. Ailleurs que dans les réserves, les gens ont le dédain des Amérindiens, dit-il. Avec leur argent et leurs belles voitures, les trafiquants de drogue sont devenus ses modèles. Peu à peu, il s'est mis à fréquenter « les mauvaises personnes ».

Il a travaillé brièvement en construction, mais sans plus. Difficile de concilier une dépendance aux dérivés de l'opium avec un travail.

« Tu ne peux pas guérir (de ça) en six mois, dit M. Curleyhead, qui reconnaît qu'il ne peut blâmer que lui-même. Je dois travailler sur moi. » À L'Envolée, il pourra suivre une cure à temps plein, composée de séances de thérapie et de travaux divers, entrecoupés de pauses et de prises de méthadone. Il a accès à un gym et à une salle de divertissement.

« Ici, on creuse profondément dans ton passé pour comprendre ce qui te fait devenir accro aux drogues, dit-il. Il faut être honnête envers soi-même. Tu vois que certaines personnes l'ont eu plus difficile que d'autres. »

Si besoin est, il restera plus longtemps que six mois. À sa sortie, il veut reprendre le travail afin d'assurer la stabilité de sa famille. Il souhaite aussi retourner à l'école. Il n'a pas terminé son secondaire, mais rêve de devenir ingénieur.

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«Les toxicomanes, ce n'est pas une clientèle payante politiquement», estime le directeur du centre de thérapie L'Envolée, Nicolas Bédard.

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Santé Canada hésite à payer

Detwin Curleyhead­ a pu rejoindre le centre de thérapie L'Envolée, mardi, mais Santé Canada hésite toujours à acquitter les frais de son séjour.

« Les toxicomanes, ce n'est pas une clientèle payante politiquement, estime le directeur du centre, Nicolas Bédard. Mais c'est mieux de les traiter ici, à 70 $ par jour, plutôt qu'en prison à 200 $ par jour ou à l'extérieur à briser des familles ou à se retrouver à l'hôpital. »

M. Bédard est encore en pourparlers avec Ottawa afin qu'il accepte de payer la thérapie du jeune autochtone toxicomane, des frais que Québec acquittait jusqu'à tout récemment. Il s'insurge contre le fait que Santé­ Canada - « ils sont complètement dépassés » - réclame d'être informé de ce type de cas durant les procédures judiciaires. « Ils n'ont pas à s'immiscer­ là-dedans », dit-il.

Il ajoute que les cas lourds, qu'ils soient autochtones ou non, ne peuvent être traités dans des centres de courte durée. « Ici, c'est de la grosse dépendance qu'on traite. Des problèmes sociaux, judiciaires, des gens qui n'ont pas d'argent. C'est un monde différent. »

Peur

Il a fait du dossier de M. Curleyhead­ une « affaire personnelle » et multiplie les appels depuis plusieurs semaines. « Je ne comprends pas pourquoi ça accroche. Peut-être que Santé Canada a peur d'ouvrir la porte aux centres de thérapie à long terme pour autochtones », et ce, pour des raisons économiques.

Or, d'autres cas similaires sont à prévoir, dit-il. Si Santé Canada­ ne se commet pas de façon définitive, M. Bédard compte demander au ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale d'user de son pouvoir discrétionnaire. Sinon, il déposera une plainte à la Commission des droits de la personne.

« Il faut toujours faire des menaces et des pressions, dit-il. Ça devient lourd. »




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