Mort d'un Guatémaltèque: «Il ne méritait pas ça»

Angel Garcia Garcia, qui vit à Granby, est... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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Angel Garcia Garcia, qui vit à Granby, est le frère cadet de César Ariel Garcia Garcia, ce travailleur guatémaltèque décédé dans l'effondrement d'un bâtiment d'une ferme laitière à St-Tite, le 22 février dernier.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est

(Granby) César Ariel Garcia Garcia, ce travailleur guatémaltèque décédé dans l'effondrement d'un bâtiment de la Ferme Pittet à St-Tite le 22 février dernier, avait pressenti la tragédie. Huit jours plus tôt, il avait confié à son frère en visite, Angel, qu'il craignait pour sa vie chaque fois qu'il entrait dans le bâtiment.

« Il peut tomber à n'importe quel moment. D'un jour à l'autre, ça va arriver. J'espère juste ne pas être là... », lui avait-il dit. On connaît la suite : le pire scénario s'est concrétisé alors que César s'est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

L'effondrement de la grange a créé une onde de choc jusqu'à Granby, où vit son frère cadet. « J'arrive pas encore à croire ce qui s'est passé. Il ne méritait pas ça. Surtout que c'est quelque chose qui aurait pu être évité. Même les pompiers et les paramédics nous l'ont dit », laisse tomber Angel dans la longue entrevue qu'il a accordée à La Voix de l'Est dans sa langue maternelle, la gorge encore nouée par l'émotion.

Le jeune homme de 25 ans n'a aucunement l'intention de jeter le blâme sur qui que ce soit - « c'est un accident », répète-t-il à plusieurs reprises -, mais il est d'avis que c'était de la responsabilité des propriétaires de l'entreprise agricole de veiller à la sécurité des travailleurs.

« Mon frère m'a raconté que le bâtiment qui s'est effondré était en rénovation à l'intérieur et que plusieurs colonnes de soutien avaient été enlevées, ce qui fragilisait la structure. En plus, ils avaient déneigé le toit des bâtiments plus récents, mais pas celui du vieux. C'était insensé. »

Pour appuyer ses dires, Angel montre à la journaliste des photos du bâtiment au toit lourdement enneigé prises par César avec son cellulaire quelques jours avant son décès. 

« Pas une des vaches »

Angel Garcia Garcia était en route pour le travail lorsqu'il a été mis au courant de l'accident qui venait de survenir à l'endroit où travaillait son frère. Lui et sa femme, Nancy Barranco, sont tout de suite montés sur place afin d'aider aux recherches. En vain.

« Ils sortaient plein d'animaux vivants. Jusqu'au dernier moment, on a cru qu'ils allaient le retrouver aussi, qu'on allait le ramener avec nous à Granby pour en prendre soin... C'est ce qu'on avait planifié », témoigne-t-elle.

Les choses ont tourné autrement ; ce n'est qu'avec les effets personnels de César que le couple a pu repartir. Et seulement ses effets personnels, qui tiennent dans une petite valise. « On voulait ramener un de ses uniformes de travail... après tout, c'est avec ça sur le dos qu'il est mort ! Mais les propriétaires nous l'ont interdit puisque ça ne lui appartenait pas. »

« C'est pas une des vaches qui est morte ! C'est un membre de notre famille ! », se révolte Nancy Barranco.

Succession d'embûches

Depuis, le deuil est difficile et les démarches post-décès sont une succession d'embûches, déplore le couple. Les résultats de l'autopsie se font d'ailleurs encore attendre, tout comme ceux de l'enquête de la CNESST.

Mardi, Angel a fait le voyage jusqu'à Montréal pour aller porter les vêtements qui habilleront la dépouille de son frère. « Des vêtements de cow-boy... c'est comme ça qu'il aimait s'habiller », glisse-t-il.

Il espérait en même temps voir son frère une dernière fois. « Je souhaitais avoir un dernier moment de réflexion seul avec lui, le voir "arrangé" pour chasser les dernières images que j'ai de lui, quand ils l'ont sorti des décombres... »

Mais on ne lui a permis ni l'un ni l'autre. « Le consulat [guatémaltèque] me met beaucoup de bâtons dans les roues, et j'ignore pourquoi. Ils ne me donnent pas de réponses claires », dit-il.

En fait, pour avoir accès à la dépouille, Angel devrait débourser 450 $, dit-il. Et attendre un rendez-vous. Il est reparti du salon funéraire le coeur en miette.

Faire respecter ses droits

Malgré les embûches, il ne perd pas espoir de voir son frère une dernière fois avant que son corps soit rapatrié au Guatemala. C'est la CNESST qui s'acquittera de tous les frais entourant le déplacement. C'était prévu pour vendredi, dit-il, mais les délais s'étirent encore. « J'aimerais y aller aussi [au Guatemala]... C'est ce que je voudrais le plus au monde en ce moment, être là-bas, avec la famille. Mais je ne peux pas pour une question de visa. »

Le cadet se rabat donc sur sa volonté de faire respecter les droits de son frère et de sa famille pour continuer à se battre. « Je veux m'assurer que tout l'argent qu'il avait gagné durement ici soit acheminé à sa femme et ses enfants et que ceux-ci reçoivent toute l'aide financière à laquelle ils ont droit [montants forfaitaires et rentes] pour compenser l'argent que mon frère leur envoyait d'ici. »

« Il supportait tout : l'hiver, l'éloignement, etc. pour les aider. C'était dur pour lui d'être séparé de sa famille. Mais il le faisait par nécessité », ajoute-t-il.

« Ce qui me fait le plus mal dans tout ça, c'est qu'il laisse sans père deux jeunes enfants [de 6 et 3 ans] », renchérit sa conjointe.

C'est pourquoi Angel est à la recherche d'un avocat qui voudrait s'impliquer dans le dossier, malgré le peu de ressources financières de la famille.

La femme de César Ariel Garcia Garcia effectue également des démarches pour venir au Québec. « Elle souhaite voir, comprendre ce qui s'est passé, indique Angel. Elle est sous le choc, elle n'arrive pas à croire que ça ait pu arriver. »

Contactés par Le Nouvelliste, les propriétaires de la Ferme Pittet ont refusé de commenter mercredi.

- Avec la collaboration du Nouvelliste




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