Apprendre à lire et à écrire : Marie veut briser des barrières

Pour arriver à apprendre à lire et à... (photo janick Marois)

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Pour arriver à apprendre à lire et à écrire, Céline Duval et Marie ont établi un plan de travail. Depuis décembre, de nombreux cahiers d'exercices ont été noircis.

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(Granby) Depuis son arrivée au Canada en avril, Marie ne l'a pas facile. Un des défis qu'elle doit relever et qui peut sembler banal pour les autres est d'apprendre à lire et à écrire en français. Portrait d'une immigrante qui veut faire tomber les barrières.

« En Afrique, la tradition orale et la difficulté à avoir accès à une éducation faisaient en sorte que ce n'était pas essentiel pour vivre. Ici, on se rend rapidement compte que tout est écrit et qu'il faut avoir une base pour être fonctionnels », raconte Marie, nom fictif, dans un excellent français. Pour des questions de sécurité, la femme préfère ne pas être identifiée. 

Depuis décembre, elle suit des cours d'alphabétisation avec Céline Duval et au Centre Alpha à Granby. C'est qu'au Centre régional intégré de formation (CRIF) à Granby, seuls des cours de francisation sont offerts. « Ça veut dire que ça prend une base en lecture et en écriture. Quelqu'un qui arrive ici sans rien connaître ne peut donc pas apprendre facilement le français », déplore Mme Duval, qui était enseignante avant de prendre sa retraite.

Pour Marie, une mère de

35 ans, le français représente la liberté, la sécurité et l'autonomie. « En sachant lire et écrire, je n'aurai plus à demander à personne de remplir mes documents confidentiels. Je me sentirai en sécurité parce que je n'aurai plus peur que quelqu'un abuse de ma situation. Je serai enfin autonome », lance-t-elle. 

« Je veux pouvoir offrir une belle qualité de vie à mes deux filles (de 7 et 3 ans). Ça veut dire être en mesure de comprendre ce qu'elles vivent et la documentation qu'elles reçoivent de l'école, par exemple», ajoute Marie, qui était coiffeuse en Afrique.

Accès à l'information

Marie considère également le français comme un luxe lui permettant de mieux s'instruire et d'accéder à l'information. « Une fois que je saurai lire, je pourrai bien m'informer. Je pourrai interpréter à ma façon ce que je lis au lieu de me le faire répéter. Il y a une énorme différence entre l'intelligence et la connaissance », estime-t-elle. 

« Je veux être utile pour la société ! , poursuit-elle. Les gens, quand tu leur dis que tu ne sais pas lire ni écrire, ils te prennent pour une ignorante. Plusieurs se battent très fort pour apprendre. »

Plan de travail

Pour atteindre leur but, Céline Duval et Marie ont établi un plan de travail. Depuis décembre, de nombreux cahiers d'exercices ont été noircis. « Au début, on a commencé avec les lettres de l'alphabet puis, peu à peu, les syllabes ont fait leur entrée et ensuite les sons. On y va graduellement pour être certaines que tout est bien compris », explique Mme Duval, fière des progrès accomplis par son élève.

« Honnêtement, moi je l'admire ! Elle met tant d'efforts pour réussir. Elle brise des barrières. Elle est fonceuse. C'est impressionnant ! », lance la professeure. 

Pour la dame, présidente de l'Association féminine d'éducation et d'action sociale (AFEAS), il est très important que l'ensemble des femmes sur la planète ait droit à l'éducation. Parler de son élève lors de la Journée de la femme ne relevait donc pas du hasard. « Plusieurs pays bafouent ce droit essentiel », rappelle-t-elle. 

Le progrès dans les pays en développement ne s'accomplira que si le sort des petites filles y est amélioré de manière significative, indiquait d'ailleurs un rapport publié par le Fonds des Nations unies pour la population, déposé en automne 2016.

Les filles, rappelaient les auteurs, font face « à une injustice impardonnable » lorsqu'on compare leur sort à celui des garçons. Ainsi, elles courent plus de risques de voir leurs études et leur santé - physique et mentale - compromises et elles ont moins accès « au marché formel de l'emploi ».

« Le gouvernement devrait faciliter notre accès à l'apprentissage du français, affirme Marie sans détour. Ça aiderait énormément à s'intégrer. Je n'ose pas imaginer à quel point ça peut être difficile pour ceux qui ne parlent pas français. »

Marie sera bientôt de passage au CRIF pour qu'on puisse s'assurer qu'elle possède désormais une base solide pour prendre part à des cours de francisation.




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