Un agresseur sexuel trop malade pour la prison?

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Selon la défense, l'incarcération serait inappropriée pour l'accusé Rosaire Poulin, 79 ans, qui souffre d'une forme de dystrophie musculaire.

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) L'homme trouvé coupable d'avoir agressé sexuellement son neveu, l'ex-hockeyeur et candidat conservateur dans Brome-Missisquoi Charles Poulin, alors qu'il était enfant, est-il trop malade pour la prison ?

Le tribunal devra trancher après avoir entendu les arguments des deux parties, mercredi, au palais de justice de Granby. À la défense, Me Nicolas Cossette a soutenu que l'incarcération n'était pas appropriée pour son client, Rosaire Poulin­, compte tenu de son âge (79 ans) et de sa condition physique.

« N'eût été son état de santé, c'est une peine de pénitencier qui s'appliquerait, a admis Me Cossette. Mais c'est un cas d'exception. »

Le septuagénaire, qui se déplace en fauteuil roulant, souffre d'une forme de dystrophie musculaire qui l'empêche de subvenir à ses besoins de base comme manger et se laver. « Oui, il faut dénoncer et dissuader. Mais la prison ne servirait à rien et de toute façon, sa peine serait purgée dans un hôpital carcéral. »

Me Cossette suggère plutôt deux ans de prison à domicile avec interdiction totale de sortir de la résidence pour personnes âgées de Granby que l'accusé habite présentement. « Il ne va déjà nulle part », a dit l'avocat, tout en précisant que son client n'avait pas d'antécédents judiciaires.

Remédiable

La Couronne n'est pas de cet avis. Les problèmes de santé de M. Poulin­ ne justifient pas qu'il échappe à la prison, a déclaré Me Valérie Simard-Croteau. « Beaucoup de cas d'agression sexuelle sont dénoncés des dizaines d'années plus tard, et beaucoup d'accusés ont l'âge de M. Poulin­, des gens qui ont brisé des vies d'enfant. »

Tout le monde vieillit, a-t-elle ajouté, et « rien de ça n'est pas remédiable par notre système (carcéral) ». Particulièrement dans les pénitenciers fédéraux, qui accueillent les détenus purgeant des sentences de plus de deux ans et qui « sont équipés pour traiter des cas comme celui-ci », a dit Me Simard-Croteau.

Elle a suggéré une peine de trois ans et demi à cinq ans de pénitencier pour M. Poulin. « La loi c'est la loi, il a commis des crimes et les prisons devront s'en occuper. » Les gestes qu'il a commis auprès d'un mineur, soit masturbations, fellations et sodomies « sous le couvert d'une éducation sexuelle » sont « odieux ».

« Plusieurs années de la vie de la victime ont été accaparées par les agissements de M. Poulin. L'incarcération est la seule solution. » L'accusé n'a de plus exprimé aucun remords et a toujours nié sa responsabilité, a dit Me Simard-Croteau.

Invité à se prononcer une dernière fois devant le tribunal, Rosaire Poulin­ n'a pas fait amende honorable. « Je pense que tout a été dit, a dit l'accusé. Moi, je ne suis pas capable de rien faire, même pour mon hygiène personnelle. »

Le juge Érick Vanchestein, de la Cour du Québec, doit rendre sa sentence à la fin mars. Il a averti la défense qu'il voyait difficilement comment une peine de prison à domicile pourrait s'appliquer pour de tels crimes. Puisque la dénonciation a été faite en 2012, le sursis est possible, selon Me Cossette.

«C'est une personne âgée, mais ça n'enlève pas... (La Voix de l'Est) - image 2.0

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«C'est une personne âgée, mais ça n'enlève pas tous les gestes qu'il a faits», a déclaré la victime, Charles Poulin.

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«C'est un combat de tous les jours»

« J'ai eu le privilège de jouer au hockey­. J'ai pu ventiler grâce à ça. Quand j'ai arrêté, ça m'a rattrapé. »

Victime d'agressions sexuelles commises par son oncle durant les années 1970 et 1980, Charles Poulin a brièvement décrit en cour l'impact que ces gestes ont eu, et ont toujours, sur sa vie.

Des années plus tard, « ça a brisé ma famille », a déclaré l'acheteur-magasinier de 44 ans dans un sanglot. « Je suis tombé dans la drogue, la sexualité malsaine. J'ai encore des difficultés aujourd'hui ; on reste marqué par ça, c'est un combat de tous les jours. Pour moi, passer une journée normale, c'est un exploit. J'y pense toujours. On a ça pour la vie. »

Mais d'avoir dénoncé son agresseur, il y a six ans, l'a soulagé d'un poids énorme. « Je suis content d'avoir été au bout de ça, a-t-il confié à sa sortie de la salle d'audience. Plein de personnes m'ont écrit depuis que j'ai dénoncé. Je suis fier du chemin parcouru et je peux dire mission accomplie. C'est un long processus, mais ça en a valu la peine. Il ne faut pas attendre avant de dénoncer. »

Priorité

L'ancien espoir du Canadien, domicilié à Magog, ne se préoccupe pas de la sentence dont son oncle et parrain pourrait écoper. « Ma priorité, c'est qu'il ait été reconnu coupable de tous les chefs d'accusation. Pour le reste, la justice suit son cours. » Il se désole cependant que l'argument de l'âge ait été invoqué. 

« C'est une personne âgée, mais ça n'enlève pas tous les gestes qu'il a faits, a-t-il dit. Moi, j'étais jeune et innocent. Des pédophiles, il y en a beaucoup trop. Comment peut-il vivre avec lui-même ? »

À la suite du procès, Rosaire Poulin­ a été reconnu coupable de deux accusations de grossière indécence et d'une d'agression sexuelle, le 30 novembre. Les crimes avaient eu lieu à Bolton, Montréal et Magog. L'accusé demeure en liberté en attendant sa sentence.




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