Eaux usées municipales: des milliers de surverses

En 2014 et 2015, les municipalités de la... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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En 2014 et 2015, les municipalités de la région ont encore connu des milliers de surverses. Pendant des milliers d'heures, leurs eaux usées ont été rejetées dans des cours d'eau sans traitement, selon des documents obtenus par La Voix de l'Est en vertu de la Loi d'accès à l'information.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Granby) Les municipalités de la région continuent de déverser leurs eaux usées dans les lacs et rivières. Des milliers de surverses sont survenues en 2014 et 2015 et elles ont duré des milliers d'heures. Toutefois, les municipalités refusent de dévoiler les volumes d'eaux usées rejetés dans la nature sans traitement.

En 2014 et 2015, la Ville de Granby a connu 620 surverses qui ont duré 2258 heures, selon les rapports obtenus par La Voix de l'Est en vertu de la Loi d'accès à l'information. Pour la même période, 175 surverses ont été recensées à Cowansville. Elles ont duré 2071 heures. À Bromont, 132 surverses se sont produites et ont duré 1957 heures. On en a compté 196 à Waterloo qui se sont produites pendant 600 heures. Et à Acton Vale, 175 surverses ont eu lieu et ont duré 237 heures (voir tableau : De nombreuses surverses).

Les municipalités ont le droit de déverser leurs eaux usées dans des cours d'eau. Le tout est toléré puisqu'elles n'ont pas encore complété leur réseau d'égouts pluviaux pour recueillir l'eau de la pluie et de la fonte de neige. Les municipalités ne peuvent, en revanche, rejeter leurs eaux usées en période sèche, soit en dehors de la période de pluie ou de fonte de neige. Quand une surverse survient dans ce contexte, les municipalités doivent en aviser le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire (MAMOT) qui leur tape sur les doigts.

Pas de données sur le volume

Depuis 2014, il est plus difficile de consulter les bilans des surverses des municipalités. Avant cette date, le MAMOT publiait tous les bilans sur son site Internet. Ce n'est plus le cas. On doit demander une copie à chaque municipalité.

Les municipalités ont jusqu'à la fin de 2020 pour installer des appareils de télémétrie sur leurs ouvrages de surverses. Le but est de quantifier le nombre de surverses et d'en déterminer les durées. Certains types d'appareils sont capables de mesurer le volume des eaux usées déversées. La Ville de Granby a équipé plusieurs de ses ouvrages de surverses de tels appareils. Impossible, cela dit, d'obtenir des données sur les volumes rejetés.

Les données sont parcellaires, explique Claude Ouimette, directeur du traitement des eaux de la Ville de Granby. « Le système n'est pas constant pour valider le volume d'eau. On veut être capable de comprendre toutes les données qui entrent dans le système, on veut voir comment réagissent tous les ouvrages. On est tranquillement en train de s'organiser pour avoir ces données. »

Publier les données sur le volume ne servirait à rien, estime M. Ouimette-. La Ville n'a pas de comparable pour ces données, indique-t-il. « Pour être en mesure de comparer, ça nous prend une année de référence. C'est ce qu'on est en train d'établir pour l'année 2016. »

La charge des eaux usées doit aussi être mesurée, signale M. Ouimette-. Ce n'est pas tant le nombre de surverses ni leurs durées qui ont des impacts polluants sur les cours d'eau, dit-il, mais plutôt ce que contiennent les eaux usées, soit leur charge. « Une surverse peut durer longtemps, mais c'est souvent juste de l'eau qui sort. Il faut faire attention avec ces données. On doit bien les analyser. »

M. Ouimette ne peut dire quand la Ville rendra ces données publiques.

Meilleur bilan

Le bilan des surverses s'est nettement amélioré à Cowansville. On en a dénombré 558 en 2013. Des travaux de modernisation des conduits souterrains sur la rue Principale en 2014 ont permis de réduire ce nombre. En 2014 et 2015, 153 surverses se sont produites.

« C'est vraiment des travaux majeurs qui ont été réalisés. On a pu installer un égout pluvial. On voit que ça fait une différence », soutient Sylvain Perreault, directeur du service des infrastructures et immobilisations.

M. Perreault s'attend à ce que le bilan de 2016 soit encore meilleur. Il cite l'ajout d'égouts pluviaux sur les rues Williams et Olivier. « On sépare les réseaux (d'égout) là où on peut. »

L'entretien du réseau d'égouts est également meilleur, a-t-il indiqué. La Ville a acheté un camion équipé pour nettoyer les conduits. Cela réduit les risques d'obstruction. « Des fois, il y a des branches qui se ramassent dans les conduits. Ça obstrue la circulation. Lorsqu'on a de gros coups d'eau, ça déborde. On a moins de surverses depuis qu'on peut nettoyer tout ça. »

Si le nombre de surverses enregistrées en 2014 et 2015 s'élève maintenant à 153, leurs durées demeurent très élevées. Elles ont duré pendant 2071 heures durant la période étudiée.

Le réseau d'égout pluvial dessert maintenant environ 30 % des rues de la municipalité, selon lui.

Des réservoirs pour pallier le problème ?

L'installation de réservoirs à des endroits stratégiques pourrait permettre de résoudre le problème des eaux usées déversées dans les cours d'eau, croit Claude Ouimette-, directeur du traitement des eaux de la Ville de Granby. Une telle approche pourrait s'avérer plus économique que de prolonger le réseau d'égouts pluviaux, pense-t-il.

Les 30 premières minutes des surverses sont les plus polluantes, explique M. Ouimette-. C'est à ce moment que la charge des eaux usées contient le plus de polluant. « Quand il pleut fort, c'est certain que ça nettoie complètement le conduit (d'égout) », dit-il.

Le responsable de la station d'épuration des eaux usées est d'avis qu'il est possible de capter, lors de surverses, les eaux usées dans de grands réservoirs. Une fois l'averse terminée et de retour à un volume régulier dans le réseau d'égout, les eaux usées dans les réservoirs pourraient être pompées à nouveau dans le réseau pour être traitées à l'usine.

De tels réservoirs pourraient capter 70 % des eaux usées envoyées dans la rivière Yamaska- Nord, calcule-t-il.

Il donne en exemple les ouvrages de surverses Laurent et Saint-Urbain. Les deux ouvrages voient passer 64 % des eaux usées à destination de l'usine de traitement qui se trouve dans le parc industriel. En 2014 et 2015, 290 surverses se sont produites à ces ouvrages et ont duré 1933 heures. Installer des réservoirs à ces endroits aurait un impact immédiat sur le bilan, croit M. Ouimette. « Ce sont des gestes rapides, mais qui pourraient être efficaces », dit-il. « Il faut étudier toutes les solutions possibles. »

Installer des égouts pluviaux dans toutes les rues coûterait une somme énorme, selon

M. Ouimette. Le recours à des réservoirs serait beaucoup plus économique, croit-il.

Qu'est-ce qu'une surverse?

Les surverses surviennent lorsque les réseaux d'égouts municipaux ne suffisent pas à acheminer les eaux usées vers les usines d'épuration. Cela se produit en période de fonte de la neige et lors de fortes averses de pluie. Ces excédents d'eau se retrouvent dans les égouts, ce qui provoque leur saturation. Toutes les eaux usées sont alors dirigées directement dans un cours d'eau le temps que le volume dans le réseau d'égouts revienne à la normale.




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