Soins à domicile: «La qualité des services est en péril»

Marie-Christine Hon, coordonnatrice à la DHGR, André Plouffe,... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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Marie-Christine Hon, coordonnatrice à la DHGR, André Plouffe, directeur général de la Coop autonomie chez-soi et Sylvie Hamon, agente de liaison à l'AQDR.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Quatre organisations oeuvrant auprès des aînés dans la région interpellent le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, concernant les balises des appels d'offres pour les soins à domicile. Le groupe réclame un moratoire jusqu'à ce qu'un cadre de référence soit en vigueur. Une pétition a été lancée en ce sens.

« Actuellement, il n'y a pas de cadre de référence en vigueur pour les appels d'offres en soins à domicile. N'importe qui peut soumissionner à des prix qui seront acceptés par le Conseil du trésor. Mais il n'y a absolument rien qui définit la qualité des services. C'est aberrant », clame André Plouffe, directeur général de la Coop autonomie chez-soi à Granby.

Le mouvement contestataire est également endossé par l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées de Granby (AQDR), la Dynamique des handicapés de Granby et région ainsi que par les membres de la Table de concertation des aînés de la Haute-Yamaska.

Pour être accrédités en tant qu'entreprises d'économie sociale en aide à domicile (EESAD), notamment afin de prendre part à des appels d'offres gouvernementaux, les organismes à but non lucratif (OBNL) doivent se conformer à une trentaine de critères, a confirmé à La Voix de l'Est le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie. Ces prérequis vont de la formation du personnel à « l'expérience et l'enracinement des entreprises dans leur milieu de travail. » Selon M. Plouffe, l'OBNL qu'il dirige est menacé si un meilleur encadrement des appels d'offres ne survient pas rapidement. 

« On ne joue pas à armes égales avec les entreprises privées. On fonctionne au cost. Ça nous prend un certain volume d'activités pour boucler le budget, dit-il, précisant que 90 % des contrats de la coop proviennent directement du réseau de la santé. Si on abandonne l'échelle salariale et la formation [des employés], on pourrait compétitionner avec les gens au privé. Mais ça ne cadre pas avec notre mission. On doit sonner l'alarme parce que la qualité des services est en péril. »

Ainsi, M. Plouffe souhaite que des formations du ministère de la Santé soient obligatoires pour toute personne donnant des soins à domicile. « On travaille auprès d'une clientèle vulnérable. C'est la moindre des choses que le personnel ait les compétences nécessaires. Il faut aussi que les antécédents de chaque entreprise qui [travaille dans ce créneau] soient reconnus pour être admissibles à des appels d'offres du gouvernement », soutient-il. Selon la Fédération des coopératives de services à domicile et de santé du Québec (FCSDSQ), le salaire horaire moyen des préposés d'aide à domicile (membres) pour l'année en cours est de 14,53 $. 

Cohérence

M. Plouffe remet aussi en question la cohérence du ministère de la Santé dans les soins à domicile. « D'un côté, on donne d'importantes subventions pour la formation de la main-d'oeuvre des entreprises d'économie sociale et, de l'autre, le gouvernement accorde des contrats au plus bas soumissionnaire. Principalement des entreprises privées. C'est un non-sens », déplore-t-il. 

Le DG de la Coop autonomie chez-soi fait référence à l'injection par Québec de 22,2 M $ dans les soins à domicile. Cette annonce a eu lieu le 24 août dernier. Le ministère de l'Économie a alors octroyé une enveloppe de 12,5 millions de dollars à la FCSDSQ pour « un projet de formation des préposés d'aide à domicile. À cela s'ajoutent 1,6 million de dollars « pour l'implantation de meilleures pratiques d'affaires dans les 102 EESAD du Québec. » Un montant de 8,1 M $ provient du ministère de la Santé pour « bonifier le Programme d'exonération pour les services d'aide domestique ».

Or, le jour même de cette annonce, un contrat avoisinant 1,5 million pour des soins à domicile a été conclu par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, au terme d'un appel d'offres, à une agence de placement infirmier privée (L'Agence). Ce qu'a pu corroborer le journal via le système électronique d'appel d'offres (SEAO) du gouvernement du Québec. « Je n'ai rien contre cette entreprise, fait valoir M. Plouffe, mais il faut qu'elle réponde aux mêmes normes que nous. Ça prend un cadre de référence et vite. » La Voix de l'Est n'a pas pu s'entretenir avec les dirigeants de l'Agence, mercredi.

De son côté, Paul Lévesque, directeur des relations publiques pour la FCSDSQ, indique que la liste des exigences pour les appels d'offres en soins à domicile existe. « On a travaillé à l'élaboration de ce cadre de référence, mais il n'est pas appliqué pour le moment. [...] Je crois que les gens du ministère de la Santé sont de bonne foi dans ce dossier, mais ils sont pris avec des règles gouvernementales déconnectées de la réalité. Ce n'est pas la même chose de faire du pavage de route que de laver des personnes âgées vulnérables. Pourtant, on applique les mêmes règles lors des appels d'offres », explique-t-il. « En ce moment, c'est le Far West, poursuit-il. On espère que l'impasse soit dénouée d'ici quelques mois. »

La pétition est disponible à l'adresse www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-6395/index.html. La date butoir pour y adhérer est le 23 février.

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