L'espoir après la détresse

Âgé de 44 ans, Karl Mongeon a failli commettre... (Alain Dion)

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Âgé de 44 ans, Karl Mongeon a failli commettre l'irréparable alors qu'il projetait se jeter en bas de la passerelle Miner. Mais il ne l'a pas fait. Heureux d'être en vie, il livre un témoignage porteur d'espoir à ceux qui souffrent en silence.

Alain Dion

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Karine Blanchard
La Voix de l'Est

(Granby) Le paysage était beau. La température agréable. L'ambiance paisible. Un sentiment de bien-être a soudainement envahi Karl Mongeon. Appuyé contre la rambarde de la passerelle Miner, il avait pourtant une seule idée en tête : s'enlever la vie pour en finir avec cette souffrance qui l'afflige depuis tant d'années. Mais il ne l'a pas fait. Grâce au beau paysage empreint de sérénité qui se révélait soudainement à lui. Aujourd'hui, il est heureux de ne pas avoir commis l'irréparable et livre un message porteur d'espoir à ceux qui souffrent en silence.

D'une voix calme et posée, le Granbyen raconte son parcours, ses douleurs physiques et psychologiques qui l'ont poussé à vouloir mettre fin à ses jours, le 14 décembre. Le jour de son 44e anniversaire. Sa situation est précaire sur le plan financier, physique et psychologique, énumère-t-il. 

Karl Mongeon est atteint de fibrose pulmonaire - une maladie qui l'a rendu invalide puisque ses poumons ne fonctionnent qu'à 50 % -, possède une valve mécanique à l'aorte depuis 2012, souffre d'arthrose à une hanche et les médecins lui ont diagnostiqué une dépression il y a un an. Ses nuits sont entrecoupées par le bruit de sa valve mécanique, celui du tic-tac d'une montre. Sa médication n'arrive pas à atténuer ses douleurs chroniques. 

Les idées embrouillées par le manque de sommeil et cette souffrance incessante, Karl Mongeon ne pouvait pas s'imaginer vivre ainsi pendant 30 ou 40 ans encore, confie-t-il. Avant de se rendre sur la passerelle Miner, il a fait quelques appels. Des appels à l'aide. D'abord à son médecin de famille qu'il n'a pas réussi à avoir au bout du fil. Puis à sa mère qui a tiré la sonnette d'alarme. 

Le projet de Karl Mongeon était clair : se jeter en bas de la passerelle. « Je m'en allais finir mes jours, dit-il. S'il n'avait pas fait beau ce jour-là ou être allé le soir, on m'aurait retrouvé à la même place que les deux monsieurs... »

Le Granbyen fait référence aux hommes de 70 et 80 ans qui ont été découverts sans vie en moins de deux semaines dans la rivière Yamaska Nord.

Les policiers sont arrivés sur la passerelle avant qu'il ne passe à l'acte. Pendant des heures, ils lui ont parlé en le convainquant de ne commettre aucun geste qui pourrait porter atteinte à sa sécurité. Il se souvient entre autres d'un policier qui lui a parlé pendant pratiquement toute l'intervention. « Il a été tellement gentil », se remémore-t-il, reconnaissant­ à son égard. 

Il a aussi averti que l'arme à impulsion électrique que pointait un policier dans sa direction pouvait le tuer s'il tirait. « Je leur ai dit : si tu veux faire la job à ma place, tu peux tirer. À cause de ma valve mécanique, ça m'aurait probablement tué », dit le père de famille. 

Parlez-en

Après quelques heures, la médication, qu'il avait prise à trop forte dose avant de se rendre sur la passerelle, a eu raison de lui et il est tombé face première. Il a été pris en charge par les paramédics. Pendant ses deux semaines d'hospitalisation, il a subi une batterie de tests, rencontré des spécialistes. « Je suis content d'être ici aujourd'hui, affirme-t-il. Le moral est en dent de scie, mais ça s'en va vers le mieux. »

Les médecins tentent de trouver la bonne médication pour alléger ses douleurs. Il reçoit également l'aide et le soutien de ses proches, dont certains sont plus présents que jamais dans sa vie. Il a aussi eu le bonheur de découvrir des amis. À la suite de ce moment où tout a bien failli basculer, il a également trouvé une écoute attentive. S'il sort de l'ombre pour parler de son histoire, c'est justement dans l'espoir qu'il puisse aider ceux qui souffrent en silence. 

« Parlez-en. Parler à ceux qui vont vous écouter. Ce n'est pas toujours la première paire d'oreilles qui sera la bonne, mais vous devez continuer et vous allez trouver, assure-t-il. Je ne suis pas seul à vivre ce genre de situation. Et si ça peut aider les gens, tant mieux. »

Il a lui-même rencontré un travailleur social lorsque le diagnostic de dépression est tombé, il y a un an. Après quelques consultations, il a réalisé que la formule ne lui convenait pas. C'est probablement pour cette raison qu'il n'a pas cherché à cogner à cette porte-là avant de se rendre sur la passerelle Miner. À l'heure actuelle, il ne reçoit pas d'aide psychologique d'un professionnel. 

Quelques semaines ont passé et la vie reprend peu à peu son cours pour Karl Mongeon. Celui qui est aussi grand-père a récemment repris ses études universitaires en enseignement après le congé de Noël. « En étant à l'école, ça m'a redonné de l'énergie », dit-il.

Il a encore des défis à relever, dont l'attente d'un rendez-vous en physiothérapie pour sa hanche et l'ajustement de sa médication pour ses douleurs chroniques. Celle-ci a déjà été modifiée et son confort s'améliore petit à petit. 

Lorsqu'il s'est confié à La Voix de l'Est, Karl Mongeon a voulu s'excuser auprès des personnes qu'il a mobilisées le 14 décembre. « Je ne voulais pas faire déplacer tous ces gens, dit-il avec sincérité. Je m'excuse auprès de tous ceux que j'ai dérangés, auprès de ma famille, des policiers. Je suis désolé. Je voulais­ juste arrêter de souffrir. »

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