Yvan Loubier ne regrette rien

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Le bloquiste Yvan Loubier à l'époque où il avait dénoncé la culture de la marijuana dans les champs de maïs.

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Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

Ils ont occupé l'avant-scène durant des années, avant de quitter - volontairement ou non - la politique. La Voix de l'Est est allée à la rencontre de trois anciens députés de la région qui ont aujourd'hui le recul nécessaire pour revenir sur cette grande aventure avec candeur et détachement.

Durant une heure, Yvan Loubier parle, raconte, revient sur son passé en politique, avec passion et éloquence. Cette partie de sa vie a beau être derrière lui, il n'a visiblement­ rien oublié.

Économiste de formation, il a d'abord connu la frénésie entourant la naissance du Bloc Québécois à titre de membre fondateur. Il en a d'ailleurs rédigé le manifeste de fondation. En 1993, il est devenu député du parti dans la circonscription de Saint-Hyacinthe/Bagot, une fonction qu'il a occupée durant plus de 13 ans.

Parmi tous les dossiers qu'il a menés, deux lui reviennent spontanément à l'esprit. « Les deux dernières années, j'étais tanné des affaires économiques. J'ai demandé à m'occuper des affaires autochtones et j'ai combattu le projet de loi sur la gouvernance des autochtones qui, à mon avis, les inféodait. Avec Pat Martin du NPD, j'ai mené un filibuster (NDLR : obstruction parlementaire) de 12 jours, 12 soirs et quatre nuits... et on a gagné ! Pour se tenir éveillés, on prenait des grains de café enrobés de chocolat. J'en ai mangé des grains de café ! » 

Le ton se fait plus grave lorsqu'il aborde l'autre dossier, hautement marquant, de sa lutte contre le crime organisé. C'était en 1998, rappelle-t-il. Un jour, un producteur agricole qu'il connaissait depuis des années s'est présenté devant lui dans un triste état. « J'ai vu ce grand gaillard démoli, menacé par des criminels qui faisaient pousser du pot dans ses champs. J'ai loué un hélicoptère à mes frais et en survolant les terres, je me suis rendu compte qu'il y en avait partout dans la région. J'ai fait une sortie publique avec des photos géantes... C'est là que ça a commencé. » 

« Ça » , c'est la réaction en chaîne que sa sortie a provoquée. Celle d'autres agriculteurs aux prises avec le même fléau, mais aussi celle des criminels. « Ou bien je m'écrasais devant eux ou bien je faisais quelque chose. Je ne pouvais pas rentrer chez moi comme si de rien n'était. Je me serais senti cheap... » , avance M. Loubier. 

Sa décision a été lourde de conséquences sur sa vie personnelle. « Ça a occasionné beaucoup de problèmes pour ma famille. La première menace était adressée à ma petite fille, la deuxième nous visait tous les deux. J'ai eu plus peur pour elle que pour moi. Il y avait des gardes du corps partout autour de nous durant des mois. Je me sentais emprisonné dans ma propre vie ; on devenait fous ! Il fallait que ça cesse, alors je me suis équipé pour me défendre » , affirme-t-il sans en dire plus.

« La loi antigang n'avait aucun sens. Il fallait renforcer le Code criminel. On a fait un sacré job. » 

De toutes ces années, il ne regrette rien, même pas sa lutte contre le crime organisé, dit-il, préférant retenir les bons souvenirs. Un moment lui restera à jamais en mémoire. « Ma plus belle image, c'est quand Lucien Bouchard est revenu au Parlement après sa maladie. J'avais une double fracture de la cheville. Nous étions là, tous les deux, appuyés sur notre canne. On s'était étreints en pleurant. »

La démission

Yvan Loubier suit toujours la politique avec attention. Mais la dégringolade du Bloc Québécois ne l'attriste pas outre mesure. « On avait une vraie raison d'être, mais il fallait que ça fasse un temps... » , glisse-t-il succinctement.

Quelques minutes plus tôt, il avait confié que sa démission du Bloc Québécois, à l'élection de 2007, s'expliquait par son désir de passer à autre chose. « Le manifeste de fondation du Bloc était clair : le parti devait exister de façon temporaire, jusqu'à la souveraineté. Ça faisait 13 ans et demi que je me levais en Chambre pour contester. J'avais fait le tour du jardin. Je ne voulais pas finir ma vie en perpétuelle opposition. » 

Il partait aussi pour des raisons familiales, rappelle-t-il. « On projetait l'adoption d'un petit garçon en Thaïlande. Deux mois après, on allait le chercher. Et je ne voulais pas lui faire vivre la même chose qu'à ma fille... Il y a des moments où je n'avais pas été là pour elle. » 

Pourquoi alors s'être présenté la même année comme candidat du Parti québécois dans la circonscription des Chutes-de-la-Chaudière­ ? « Je revenais justement de la Thaïlande avec ma femme et mon fils, et le candidat pressenti avait abandonné. Tout le monde me connaissait à Saint-Nicolas, où j'avais ma maison de campagne, et on m'avait sollicité. J'avais toujours mené mes campagnes avec enthousiasme, mais pas cette fois. C'était une campagne difficile et j'avais hâte que ça finisse. J'avais fini troisième », laisse-t-il tomber sans détour.

Yvan Loubier photographié dans la toundra, quelque part... (fournie) - image 3.0

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Yvan Loubier photographié dans la toundra, quelque part au Nunavik.

fournie

Gars de bois, gars du Nord

Même si Yvan Loubier a été embauché par le cabinet de relations publiques National à peine huit jours après cette défaite, il avoue s'être un peu ennuyé à son retour à la vie « normale » . Il lui a fallu troquer son horaire chargé et irrégulier de politicien contre un rythme plus routinier. Au début, il a beaucoup - beaucoup - lu. Ses vieux romans d'enfance, des biographies, tout y a passé. « J'ai relu tout Jack London ! » 

« Les premiers temps, mes soirs et mes fins de semaine étaient un peu trop tranquilles à mon goût. Je suis devenu fébrile, il fallait que je m'occupe. J'ai acheté une terre de 300 000 pieds carrés. Je suis devenu un gars de bois » , lance-t-il en riant.

Il est aussi devenu un gars du Nord. Depuis six ans, le directeur des projets majeurs chez National coordonne un programme d'amélioration du milieu de vie des communautés inuites. Il parle de ce projet avec ardeur, heureux de faire une différence dans la vie de ces familles du Nunavik, un coin de pays qu'il visite quelques fois par année. 

« Encore aujourd'hui, je m'intéresse au côté "contribution à la communauté". J'ai une grande préoccupation­ sociale. »

Son parcours politique

- Membre fondateur du Bloc Québécois en 1991, il a rédigé le manifeste du parti et participé à la rédaction de tous les programmes électoraux du Bloc jusqu'en 2006.

- Il est élu député bloquiste de la circonscription fédérale de Saint-Hyacinthe/Bagot de 1993 jusqu'à sa démission en 2007. 

- Il se présente comme candidat pour le Parti Québécois à l'élection provinciale de 2007 dans Chutes-de-la-Chaudière, sans succès.

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