De député à «gars de la terre»

« Aujourd'hui, avec le recul, je vois plus le... (Alain Dion)

Agrandir

« Aujourd'hui, avec le recul, je vois plus le jeu politique et les messages que les partis ont à passer. Quand tu es dedans, tu le vois moins », fait remarquer Bernard Brodeur.

Alain Dion

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

(Granby) Encore aujourd'hui, quand Bernard Brodeur va faire ses courses à Granby, des gens le saluent spontanément. C'est flatteur, bien sûr, mais l'ancien député libéral de Shefford à l'Assemblée nationale tente de s'en tenir aux civilités. Les conversations politiques en public, très peu pour lui.

Élu pour la première fois en 1994, l'homme a gardé le fort jusqu'en 2007, baissant pavillon devant l'adéquiste - devenu caquiste - François Bonnardel. 

Cette défaite, Bernard Brodeur l'attribue en grande partie au dossier des accommodements raisonnables. « Ça avait pris de l'ampleur en 2006, entretenu par l'ADQ. C'est un sujet qui touchait la corde sensible des Québécois. À un certain moment dans la campagne, j'ai senti qu'il n'y avait plus rien à faire. Ça n'allait pas bien. »

Avant l'élection, devant la montée de l'ADQ, il se rappelle avoir dit à son chef Jean Charest : « Je ne trouve plus de péquistes ! Le vote ne pourra pas se diviser. »

La surprise n'a donc pas été énorme au terme du scrutin. « Ce soir-là, j'avais plus de peine pour mon équipe et les bénévoles que pour moi. J'étais prêt à passer à autre chose et j'ai commencé à faire des plans rapidement », affirme le résidant de Roxton Pond.

Un an plus tard, il devenait juge administratif à la Commission municipale du Québec, ce qui pour lui, a constitué une belle transition entre la vie politique et la vie « normale ». L'aventure a duré quelques années, avant qu'il décide de retourner dans ses terres.

« Je reviens à mes rêves d'enfance. Je suis né à la campagne, j'ai été élevé en ville, mais j'ai toujours voulu retourner à la campagne. » Lui et sa conjointe Chantal Gareau ont déjà possédé du bétail, mais c'était trop contraignant. Leur vignoble Côte des Limousins et la table champêtre ne sont plus en activités depuis un moment, mais le couple retournera à la production du vin dès l'an prochain. En version bio s'il vous plaît. Ils auront également 4000 entailles dans leur érablière. De quoi s'occuper.

« Avant, je n'étais jamais là. Maintenant, j'en profite presque trop ! », lance-t-il en souriant. Il prend l'air, travaille dans le bois et se garde actif.

Il avoue néanmoins qu'il lui a fallu « un an et demi, deux ans » pour se désintoxiquer de la politique, pour cesser d'être à l'affût de tout et de s'offusquer des propos de ses anciens adversaires. « Aujourd'hui, avec le recul, je vois plus le jeu politique et les messages que les partis ont à passer. Quand tu es dedans, tu le vois moins », fait-il remarquer.

Période significative

N'empêche, cette partie de sa vie a été drôlement significative. « Régler des problèmes de comté, c'était très valorisant. Et j'aimais beaucoup les débats en commissions parlementaires. Quant à l'Assemblée nationale, j'ai adoré. Ça prend des années avant d'y être à l'aise, mais au fil du temps, ça devient une seconde nature », confie celui qui, plus jeune, était pourtant un grand timide.

Disons que pour s'occuper des dossiers dans Shefford, Bernard Brodeur pouvait compter sur une collaboratrice redoutablement efficace : sa propre conjointe Chantal. « C'était légal et je n'avais aucune gêne, car elle était une excellente attachée politique. C'est dans son ADN de défendre la veuve et l'orphelin. Dans le comté, ça roulait ! C'est certain que ma vie de député aurait été plus compliquée sans elle. »

En fait, on ne peut difficilement lui reprocher son manque de visibilité dans Shefford. L'homme était partout. « Même si le souper en famille du samedi était sacré, j'allais parfois à trois événements par soir. Après la politique, pendant des années, je ne suis presque pas sorti de chez moi. J'avais une indigestion de social ! », lance-t-il avec bonhommie.

CHG 

Au fil de la discussion, M. Brodeur revient à quelques reprises sur les agrandissements du centre hospitalier de Granby, sur lesquels il a consacré beaucoup d'énergie. « Le gouvernement y a investi 55 millions durant mes mandats. Mais il fallait jouer du coude parfois et faire avec le système. Ça n'allait pas toujours assez vite à mon goût. »

L'annonce, en grande pompe, d'une subvention de 32 millions $ au CHG en 2005 constitue d'ailleurs son plus beau souvenir politique. « C'est la première fois que j'avais de la difficulté à contenir mes émotions... », dit-il.

En fin de compte, a-t-il des regrets sur cette dizaine d'années passées sous les feux de la rampe ? « Aucun. La reconnaissance est très éphémère en politique. Mais j'ai toujours fait mon possible et j'en suis fier. Je ne ferais rien différemment. »

Le délicat sujet de la corruption...

Bernard Brodeur se garde bien de dire tout haut ce qu'il pense au sujet de la corruption et de tout ce qui entoure la commission Charbonneau.

Selon lui, les députés de Jean Charest n'étaient pas vraiment au parfum de ce qui se passait au parti, bien que le thème du financement était bien présent. Il se décrit lui-même comme « l'un des moutons noirs du financement ». « J'étais récalcitrant. Assez pour me faire faire des speachs à l'occasion », dit-il. 

« Des politiciens véreux, je n'en ai pas connu. Mais parfois, je pense que l'entourage du financement du parti pouvait être plus douteux... » Isabel Authier

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer