Bertrand Naud: « C'est clairement une poursuite-bâillon »

Sans revenu depuis un an, Bertrand Naud blâme... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Sans revenu depuis un an, Bertrand Naud blâme le maire de Farnham Josef Hüsler et les médias pour sa triste situation.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) S'il y a une victime dans le litige en diffamation opposant le directeur général de Farnham François Giasson à Bertrand Naud, c'est ce dernier, soutient-il lui-même. Le citoyen allègue qu'on tente de le faire taire et de ruiner sa réputation à travers ce qu'il qualifie de « poursuite-bâillon », dont les audiences se sont poursuivies pour une deuxième journée consécutive, jeudi.

L'avocat de François Giasson, Me Louis Coallier... (Alain Dion, La Voix de l'Est) - image 1.0

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L'avocat de François Giasson, Me Louis Coallier

Alain Dion, La Voix de l'Est

Rappelons que M. Giasson réclame 100 000 $ à l'homme d'affaires pour avoir porté atteinte à sa réputation en ayant propagé des allégations selon lesquelles il aurait fraudé son ancien employeur, la municipalité de Roxton Pond, pour un million de dollars, en plus d'avoir payé les frais juridiques de son « divorce » (alors qu'il n'était pas marié...) avec les fonds publics.

« J'avais un métier que j'aime, qui était facile, et qui me permettait de gagner 100 000 $ par année, a allégué l'ancien courtier immobilier, qui n'arrive plus à obtenir de contrats depuis le dépôt de la poursuite en diffamation. J'ai essayé de recommencer (à travailler) à Cowansville, mais quand on a une réputation devant nous... »

Sans revenu depuis un an, le quinquagénaire suit une formation de mécanicien industriel dans l'espoir d'améliorer son sort.

D'ailleurs, M. Naud blâme le maire de Farnham Josef Hüsler, qui voudrait le mettre hors d'état de nuire en raison d'un litige lié à son usine de transformation de lait, et les médias pour sa triste situation, car à ses yeux, ce sont eux qui ont dévoilé au grand jour les informations qu'il a obtenues d'anciens élus de Roxton Pond, allégations qu'eux-mêmes détenaient par personnes interposées.

« Je n'ai rien dit à personne, mais là, ça passe dans le journal », a-t-il affirmé, avançant que le journaliste de La Voix de l'Est avait mal rapporté ses propos. Malgré des plaintes à celui-ci et à ses supérieurs, aucune correction n'a été apportée, prouvant selon lui la mauvaise volonté du journal.

« On voulait me faire mal paraître », a clamé Naud, estimant par ailleurs que la poursuite de M. Giasson « a été montée à partir de rien. Elle a été inventée. »

Négation en bloc

Le juge présidant la cause, Sylvain Provencher, a fait preuve d'une patience olympienne alors que le défendeur accumulait les digressions, les parenthèses et les répétitions. À plusieurs reprises, le magistrat a même dû ramener à l'ordre le citoyen, qui se défend lui-même. 

Au long de son monologue ayant duré plus de trois heures, le défendeur a réfuté les déclarations de plusieurs témoins entendus avant lui.

Même s'il reconnaît avoir fort probablement utilisé le mot « malversation » en parlant du « trou » de un million de dollars à Roxton Pond, M. Naud nie avoir suggéré que M. Giasson avait commis une fraude. Selon lui, c'est le maire Hüsler qui a mal compris, parce qu'il était fâché contre lui et parce qu'il « comprend plus ou moins le français ».

« C'est clair qu'il a mal compris, je n'ai jamais fait allusion au fait que M. Giasson avait volé un million », a répété celui qui a alerté le conseil afin qu'il mène enquête.

Devant la fin de non-recevoir du maire, M. Naud s'est tourné vers le conseiller André Claveau, qui a refusé de l'entendre, puis vers la conseillère Pauline Mercier, qui lui a prêté une oreille plus attentive. 

Celle-ci a dit avoir entendu le mot « volé », ce qu'a vivement nié M. Naud, insistant sur le fait qu'il a toujours précisé que ses propos étaient des « ouï-dire ».

Par ailleurs, même s'il ne se souvenait pas d'avoir discuté de M. Giasson avec lui, Naud a également nié les propos tenus mercredi par l'entrepreneur Serge Senay, estimant que celui-ci a menti à la cour parce qu'ils ont eu maille à partir depuis.

« Ce que vous me dites, c'est de vous croire vous et d'oublier tous les autres », a déclaré le juge Provencher, à quoi son interlocuteur a répondu qu'il était prêt à passer le test du polygraphe.

Pas de vérifications

Questionné par l'avocat de M. Giasson, Me Louis Coallier, M. Naud a admis ne pas avoir confronté le fonctionnaire directement sur les allégations le concernant ni poussé ses vérifications plus loin, jugeant que ce n'était pas son rôle de mener une enquête à ce sujet.

En outre, pour justifier la distribution de tracts - dans lesquels le défendeur réitère les allégations à l'endroit du fonctionnaire en utilisant clairement le mot « fraude » - dans des boîtes aux lettres et sur des pare-brise environ un an après le dépôt de la poursuite, M. Naud a affirmé avoir détenu de nouvelles informations, qu'il n'a toutefois pas révélées à la cour.

Il a indiqué avoir refusé à plusieurs reprises de se rétracter et d'offrir ses excuses, comme cela lui a été proposé par le camp adverse pour mettre fin au litige, parce que cela aurait impliqué d'enterrer des informations qui méritent qu'on se penche dessus. « Vous ne vous préoccupez pas de la vérité au fond de tout ça », a lancé le citoyen à son vis-à-vis en toge.

Les nombreuses tirades de M. Naud ont fait sourire M. Giasson à plusieurs reprises durant l'audience.

Le directeur général de la Ville de Farnham,... (Christophe Boisseau-Dion, La Voix de l'Est) - image 2.0

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Le directeur général de la Ville de Farnham, François Giasson (sur la photo), poursuit Bertrand Naud pour diffamation.

Christophe Boisseau-Dion, La Voix de l'Est

Des témoins absents

Le témoignage de M. Naud a conclu cette deuxième journée d'audiences. Avant lui, la Cour a entendu quatre autres témoins, qui n'ont pas permis de prouver hors de tout doute la véracité des allégations colportées par le défendeur.

D'emblée, quatre des seize témoins convoqués par celui-ci ne se sont pas présentés à l'audience, jeudi. C'est que M. Naud a omis d'avancer les frais de déplacement, mention qui contraint les témoins à honorer leur citation à comparaître. Le citoyen a décidé de poursuivre sa preuve en dépit de leur absence. «Ces gens-là étaient appelés pour parler du travail de François Giasson comme directeur général de Roxton Pond, sur son style de gestion, a avancé M. Naud. Je pense que ce n'est pas essentiel à la suite des choses.»

Cela n'a pas empêché la cour d'entendre quatre autres témoins, dont quelques-uns n'ont eu à répondre qu'à une ou deux questions. 

Peu d'intérêt

Le conseiller municipal de Farnham Jean Lalande a ouvert la ronde de témoignages. Même s'il a reçu énormément de documents de la part de M. Naud, cela ne signifie pas qu'il les a tous lus, a-t-il précisé d'emblée. 

L'élu a par ailleurs admis qu'il ne voyait pas l'intérêt de donner suite aux allégations rapportées par M. Naud. «Je n'étais pas là, je ne l'ai pas vécu. Farnham, c'est Farnham et Roxton, c'est Roxton», a-t-il dit, ajoutant qu'il ne portait pas non plus intérêt à la vie personnelle de M. Giasson.

M. Naud a par la suite convoqué le journaliste de La Voix de l'Est Michel Laliberté. Celui-ci lui a confirmé que c'est au cours d'un appel de routine, pour discuter de différents enjeux municipaux, que le directeur général lui avait fait part de son intention de poursuivre le défendeur.

Il lui a également demandé quelle était son interprétation de sa version des faits lors d'une entrevue qu'il lui a accordée, en août dernier. L'avocat de M. Giasson, Me Louis Coallier, a pour sa part souligné que M. Naud avait déposé deux plaintes au Conseil de Presse du Québec contre M. Laliberté.

Ancien voisin à la barre

L'ancien voisin de M. Giasson à Roxton Pond, Martin Huot, a ensuite été appelé à la barre. Celui-ci a martelé n'avoir aucun souvenir des trois conversations téléphoniques qu'il a eues avec M. Naud, qu'il n'avait jamais rencontré avant le procès.

Plus tard, M. Naud a toutefois soutenu que le témoin avait confirmé à au moins trois reprises que le directeur général s'était vanté d'avoir payé ses frais d'avocats à même le trésor roxtonnais.

Une agricultrice de Roxton Pond, Nicole Bousquet a été la dernière à être entendue.

Le procès se poursuivra vendredi avec l'audience d'un dernier témoin dans le cadre de la contre-preuve et des plaidoiries. Le juge Provencher a déjà annoncé qu'il rendrait sa décision en délibéré.

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