Un frère du Sacré-Coeur au coeur d'un scandale de pédophilie en Afrique

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Notre journaliste regarde le reportage de France 24 diffusé vendredi dans lequel le frère Marcel Courteau a admis avoir fait d'innocentes victimes alors qu'il était missionnaire en Afrique.

Janick Marois

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) De nouvelles allégations d'agressions sexuelles secouent la communauté des Frères du Sacré-Coeur. Dans un reportage de France 24 diffusé vendredi, le frère Marcel Courteau admet avoir fait d'innocentes victimes alors qu'il était missionnaire en Afrique. La Voix de l'Est a appris que le religieux a enseigné au sein du Collège Mont-Sacré-Coeur à la fin des années 1950.

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Selon nos informations, le frère Marcel Courteau aurait enseigné en 11e année au postulat au Collège Mont-Sacré-Coeur, de novembre 1958 à juin 1959.

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Le directeur du Comité des victimes de prêtres, Carlo Tarini, compte épauler le Sénégalais pour qu'il mène son combat devant les tribunaux.

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« Il a abusé de moi. Il a détruit mon enfance. Il a détruit ma vie d'adulte quoi », a confié Souleymane (nom fictif) à la chaîne française. Le Sénégalais, aujourd'hui âgé d'une quarantaine d'années, soutient avoir été agressé au cours des années 1980 par le frère Courteau alors qu'il étudiait au Collège Pie XII, un établissement administré par la congrégation. Il avait 12 ans quand les attouchements sexuels ont commencé. Les sévices se seraient échelonnés­ sur trois ans.

L'homme a affirmé que « pour développer [son] organe sexuel », le religieux le masturbait, l'enjoignant à faire de même à son endroit. En 2010, Souleymane a décidé de briser le silence en dévoilant à un frère du Sacré-Coeur de Dakar le secret qui le rongeait depuis des années. Ses efforts sont demeurés vains et la congrégation a tenté d'étouffer l'affaire, clame-t-il. « Il m'a dit que [frère Courteau] était mourant, au Québec. Donc, il faut laisser tomber. Il voulait me décourager pour ça, quoi. »

France 24 a rencontré dans la capitale sénégalaise le frère qui a reçu la dénonciation de Souleymane. « Vous, en tant que membre de cette congrégation, vous n'aviez pas le souci de savoir si, au Canada­, des supérieurs sont au courant [des cas d'agressions sexuelles] ? », a demandé le reporter. « Oui, ils sont au courant, a-t-il avoué. [...] Il faut aussi [déterminer] quelle suite donner­ à ça. »

Un journaliste de la chaîne d'information s'est ensuite rendu à la maison de retraite de Sherbrooke où réside le frère Courteau. Le religieux de 92 ans, filmé en caméra cachée, a admis avoir agressé sexuellement des enfants alors qu'il était missionnaire au Sénégal, au Togo puis à Madagascar. « J'ai beaucoup de remords. Je regrette beaucoup certaines choses. Je ne pensais pas que ça irait si loin que ça », a-t-il concédé. Or, Marcel Courteau a assuré n'avoir jamais entendu parler de la plainte de Souleymane en 2010.

Selon nos sources, le frère Marcel­ Courteau aurait enseigné en 11e année au postulat à Granby, soit la période qui précède l'entrée dans une communauté religieuse. L'homme aurait été en poste de novembre 1958 à juin 1959. 

Recours

Après avoir essuyé un revers pour obtenir justice au Sénégal en raison du délai de prescription en matière criminelle, Souleymane veut poursuivre son combat. « Je ne peux pas lâcher l'affaire parce que c'est une question de morale. [...] Parce que [frère Courteau] est un criminel », a-t-il lancé en entrevue. Or, mener le dossier devant les tribunaux canadiens s'avère complexe, voire impossible, car les agressions seraient survenues en dehors du pays.

Le directeur du Comité des victimes de prêtres, Carlo Tarini, compte épauler le Sénégalais pour « que la justice ait le dernier mot ». « Si Souleymane n'a pas les moyens pour entamer des recours judiciaires, on va s'organiser pour avoir les fonds pour l'aider à le faire, a-t-il indiqué en entrevue à La Voix de l'Est. Des criminels doivent être en prison et non dans de belles résidences­ pour personnes âgées. »

Par ailleurs, le quotidien La Tribune rapportait en mai 2013 qu'une poursuite, intentée par le Sherbrookois Marcel Rousseau pour sévices sexuels perpétrés au tournant des années 1960 par un frère du Sacré-Coeur de Victoriaville, s'est conclue par un arrangement­ hors cour. 

Camouflage ?

Selon M. Tarini, le reportage de la chaîne française « démontre une fois de plus » que l'Église catholique tente de « camoufler le cancer de la pédophilie qui la ronge ». « Malheureusement, il semble que des religieux pédophiles ont bénéficié d'agences de voyages outre-mer. C'est vraiment troublant. Trop souvent, de hauts dirigeants de l'Église ont choisi de fermer les yeux. »

Des propos qu'endosse Me Robert Kugler, qui chapeaute avec deux collègues la demande de recours collectif contre les Frères du Sacré-Coeur, déposée initialement à la Cour supérieure le 7 octobre par le cabinet Kugler Kandestin. En ce sens, l'avocat a rappelé que le frère Jean-Guy Roy, un ancien haut dirigeant de la congrégation, figure entre autres sur la liste des agresseurs potentiels ayant sévi dans l'établissement d'enseignement de Granby.

La version originale du document a été modifiée le 21 octobre. Les intimés sont les Frères du Sacré-Coeur, le Collège Mont Sacré-Coeur, la Corporation Maurice-Ratté et les oeuvres Josaphat-Vanier. L'instigateur de la requête, un homme de 56 ans, soutient avoir été violé à plus de 300 reprises pendant qu'il était pensionnaire au Collège Mont-Sacré-Coeur au cours des années 1970. Les agressions sexuelles auraient été commises par le frère Claude Lebeau de trois à six fois par semaine pendant deux ans. La victime présumée était alors âgée de 13 à 15 ans.

Le document amendé rapporte les noms de 10 autres pédophiles potentiels ayant sévi au sein du collège granbyen. « Au moins » trois frères se sont ajoutés à cette liste, a réitéré au journal Me Robert Kugler. Le nombre de présumées victimes ayant contacté les avocats s'élève à ce jour à plus d'une cinquantaine.

Les Frères du Sacré-Coeur ont été à la tête de l'établissement d'enseignement de 1932 à 2004. Depuis, la direction est laïque. La congrégation est actuellement locataire d'une partie de l'immeuble. Plus aucun frère n'y enseigne depuis des années.

Outre Me Yanick Messier, la communauté religieuse est maintenant co-représentée dans le dossier de la demande de recours collectif par le cabinet Fasken Martineau. Les Frères du Sacré-Coeur ont toutefois fait appel à la firme de relations publiques Tact Intelligence-conseil pour faire valoir leur position concernant le reportage-choc. Par voie de communiqué, la congrégation s'est notamment dite « choquée », « déçue » et « profondément affectée » par les informations dévoilées par France 24, réitérant du coup qu'elle « condamne vigoureusement toute forme d'inconduite commise par des personnes en autorité à l'endroit­ de mineurs ».

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