Des jeunes visés par un arnaqueur

L'escroc a contacté Olivier via Facebook pour lui... (Marie-Ève Martel)

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L'escroc a contacté Olivier via Facebook pour lui faire une offre alléchante. Il a ensuite invité Olivier à lui fournir son numéro de carte bancaire et son mot de passe afin de pouvoir accéder à ses services bancaires en ligne.

Marie-Ève Martel

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) La naïveté peut coûter cher. Un étudiant du Cégep de Granby l'a appris à ses dépens. Maintenant, il souhaite prévenir ses pairs afin d'éviter qu'eux aussi ne soient victimes d'un escroc qui sévit dans la région.

Vendredi dernier, Olivier (nom fictif) est tombé dans le piège tendu par celui qu'il croyait être un camarade de l'école secondaire, Vincent. Celui-ci l'a contacté via Facebook pour lui faire une offre alléchante : « Ça t'intéresse de gagner 2000 $ en 15 minutes, et ce, tout à fait légalement ? » 

Sceptique, Olivier lui demande tout de go quelle est l'arnaque. Mais à force d'insister, par des messages en ligne et au fil de nombreuses conversations téléphoniques, Vincent a convaincu Olivier que le père d'un ami jouissait d'une fortune de 13 millions $, de laquelle il ne remarquerait pas quelques « retraits » ici et là. Le jeune homme de 18 ans a fini par se laisser tenter. 

« Je ne le croyais pas au début, raconte l'étudiant. Mais il était très convaincant. En plus, il m'a montré des printscreen (NDLR captures d'écrans) d'autres comptes dans lesquels il avait déposé des chèques. J'ai compris trop tard que c'étaient d'autres gens qui s'étaient fait avoir. »

Pour toucher son magot, la seule chose qu'il devait faire était de fournir son numéro de carte bancaire et son mot de passe pour que Vincent accède à ses services bancaires en ligne. Ce faisant, Vincent a pu y déposer un chèque de 7608 $ en le prenant en photo, un service disponible chez certaines institutions financières depuis quelques mois. 

Pour le tuyau, Vincent demande à Olivier une commission de 840 $ sur le montant versé, somme qu'il a retirée à sa caisse et remise à des « amis » qui l'attendaient dans une voiture près de l'institution financière.

« Ils m'ont même fait un lift jusqu'au cégep. Ils étaient jeunes et cool », raconte l'étudiant, à qui Vincent a offert une ristourne de 300 $ à chaque fois qu'il lui référerait un autre « pigeon ». 

Il n'a cependant pas répondu à cette proposition, pas plus qu'aux autres messages que lui a fait parvenir l'escroc par la suite.

« C'est rat »

De retour chez lui, le jeune homme hésite avant d'en parler à sa mère, Élise. Il finit par se confier à elle, qui l'informe qu'il a été victime d'une fraude et tente de le consoler du mieux qu'elle peut. « Vendredi soir, il était vraiment découragé. Il avait l'air abattu, relate-t-elle. Je suis fière qu'il m'ait parlé à moi. Il y en a qui se font avoir et qui n'osent rien dire pour ne pas se faire juger par leurs parents... »

« Je n'ai pas de mots à dire tellement c'est rat, renchérit Élise, convaincue que le fraudeur a usurpé l'identité de la connaissance d'Olivier pour l'escroquer. Des jeunes qui arnaquent d'autres jeunes. »

Sur le coup, le désir de vengeance d'Olivier était fort; les conseils d'Élise l'ont cependant convaincu que la meilleure façon d'avoir le dessus sur Vincent était de faire en sorte que d'autres jeunes ne subissent pas le même sort. 

Rapidement, Olivier a communiqué avec son institution financière. On le transfère au département de la sécurité, où son compte en banque est sécurisé et sa carte bancaire, désactivée.

Le service de la sécurité du Cégep de Granby a aussi été avisé de la situation. Des caméras de surveillance à la caisse populaire et au cégep pourraient avoir capturé des images du véhicule dans lequel il s'est déplacé avec ses fraudeurs.

Une plainte a aussi été formulée à la police de Granby. Or, comme le faux dépôt n'a pas encore été rejeté par sa caisse, il est impossible pour eux de mener leur enquête, a-t-on indiqué au jeune homme.

Ne travaillant que quelques heures par semaine en raison de ses études, Olivier en aura jusqu'au 29 décembre prochain à verser tout son salaire à la caisse pour payer son dû. « J'ai été aveuglé par un gain facile... », reconnaît-il. 

« Si c'était à recommencer, je ne le ferais pas, c'est sûr, ajoute-t-il ensuite. Je me suis tellement senti con. »

Des «centaines de cas» possibles dans la région

Le type de fraude dans laquelle Olivier s'est retrouvé est un stratagème bien connu. D'ailleurs, d'autres jeunes auraient été victimes de la même arnaque dans la région.

Déjà, plusieurs amis d'Olivier à qui il a demandé s'ils connaissaient Vincent ont reçu le même message que lui de sa part, les invitant à faire de l'argent rapidement. « J'en ai aussi parlé à une collègue de travail qui m'a dit que plusieurs de ses amis Facebook se sont fait arnarquer par un certain Anthony, explique l'étudiant. Qui sait combien de personnes il a arnaquées... »

Dans le groupe d'amis, tout le monde semble connaître Vincent, mais tous s'entendent pour dire que la photo de profil utilisée n'est pas la sienne. Néanmoins, bien que son compte semble relativement récent, Vincent compte 961 amis Facebook. Aurait-il utilisé l'identité de quelqu'un d'autre ? se demande Olivier.

Enquête

Cet élément fait partie de l'enquête menée par le Service de police de Granby, où cinq dossiers sont présentement ouverts.

Mais il pourrait y avoir « plusieurs centaines » de victimes, uniquement dans la région immédiate, a indiqué le porte-parole Guy Rousseau. La plupart sont des jeunes âgés de 15 à 20 ans.

« On pense qu'il pourrait y avoir beaucoup plus de victimes parce que dans le stratagème, la victime s'implique et peut devenir suspecte étant donné qu'en quelque sorte, elle consent à obtenir de l'argent qui appartient à autrui. Ça nous porte à croire que certaines persones n'osent pas venir déclarer qu'elles ont été victimes de fraude. »

Pourtant, les victimes, sans porter plainte, peuvent devenir des témoins importants pouvant mener à l'arrestation des suspects. Car il est plus que probable que les auteurs de l'arnaque soient plusieurs, soutient M. Rousseau.

D'ailleurs, un mineur a été arrêté cet été relativement à des fraudes du même genre déclarées depuis la fin mars à Granby.

Les témoins pouvant permettre de faire progresser le dossier sont invités à communiquer avec l'enquêteuse Marie-Ève Lamontagne au 450 776-8333, poste 3613.

Éviter le piège

« C'est une situation bien malheureuse. Les gens veulent bien faire et les fraudeurs misent sur la vulnérabilité des gens », commente Valérie Lamarre, conseillère principale en relations publiques au Mouvement Desjardins. 

Celle-ci rappelle que toutes les institutions financières sont aux prises avec « le fléau » de la fraude et qu'il existe des règles de base pour éviter de tomber dans un guet-apens, quel qu'il soit.

« D'abord, il ne faut jamais accepter de transiger un chèque avec une personne qu'on ne connaît pas, soutient la conseillère. Ensuite, il ne faut jamais communiquer nos informations bancaires. Et puis, nous sommes toujours responsables des transactions qu'on effectue dans notre compte. »

Par ailleurs, les fraudeurs ont tendance à mettre de la pression sur leurs victimes. « C'est souvent le bon argument au bon moment : je n'ai pas de temps, il faut que tu m'aides... Les fraudeurs sont habiles et vont parfaire leur technique », souligne Mme Lamarre.

Et si l'occasion est trop belle pour être vraie, c'est probablement parce que c'est le cas, rappelle-t-elle. « Rares sont les inconnus qui vont vous offrir une bonne somme d'argent, gratuitement », affirme-t-elle, invitant les victimes à dénoncer.

« Il n'y a pas de profil type de victime : ça peut arriver à tout le monde », note Mme Lamarre. Marie-Ève Martel

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