«Il faut que la vérité sorte»

Les Frères du Sacré-Coeur veulent que la vérité... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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Les Frères du Sacré-Coeur veulent que la vérité sorte.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Les Frères du Sacré-Coeur ont décidé de briser le silence concernant le recours collectif intenté récemment contre la communauté. Le frère Donald Bouchard, premier conseiller provincial pour la congrégation, s'est confié lundi à La Voix de l'Est.

Les allégations sont sérieuses et ont frappé de plein fouet la communauté religieuse, a indiqué d'entrée de jeu le représentant de la congrégation. «Ce qu'on vit, c'est un choc, un drame. L'inconcevable nous arrive. Si les gestes allégués s'avèrent exacts, c'est inacceptable. [...] On est tombés, mais on s'est relevés pour agir le plus rapidement possible.»

Le journal a dévoilé, vendredi, que le nombre de frères pédophiles potentiels ayant sévi au collège avait doublé en moins d'une semaine, passant de six à près d'une douzaine. Outre le nom de Claude Lebeau, qui faisait l'objet d'accusations d'agressions sexuelles initialement, l'identité de 10 autres frères a été révélée dans la requête amendée. Or, les présumés pédophiles sont maintenant «au moins 13», a mentionné lundi à La Voix de l'Est Me Robert Kugler, qui chapeaute avec deux collègues le dossier pour le cabinet Kugler Kandestin. Le nombre de victimes présumées ayant contacté les avocats s'élève à ce jour à une cinquantaine.

La congrégation se sent-elle «trahie» par ses pairs, potentiels agresseurs, en prenant la mesure des allégations qui pèsent contre eux? Le sujet est revenu à deux reprises durant l'entretien. Le frère Donald Bouchard a hésité avant de répondre, voulant s'assurer de la teneur de la question.

«C'est décevant que des collègues ou tout autre être humain [aient pu] poser de tels gestes, a-t-il finalement laissé tomber. Que ce soit [en congrégation] ou en dehors d'une communauté.»

Transparence

Par ailleurs, pas question pour les Frères du Sacré-Coeur de minimiser les abus sexuels qui auraient été perpétrés au cours des années 40 à 80 à Granby, a fait valoir le frère Donald. «On se met en mode proactif. Il faut que la vérité sorte et que les victimes présumées puissent avoir droit à la justice. On veut poursuivre dans le dossier en toute transparence. La dimension humaine est prioritaire pour nous. [...] Une victime présumée en est une de trop. C'est à cette victime que nous voulons offrir notre empathie.»

Rappelons que l'instigateur de la requête, un homme de 56 ans, soutient avoir été violé à plus de 300 reprises pendant qu'il était pensionnaire au Collège Mont-Sacré-Coeur au cours des années 1970. Les agressions sexuelles auraient été commises par le frère Claude Lebeau de trois à six fois par semaine durant deux ans. La victime présumée était alors âgée de 13 à 15 ans.

Le document légal amendé rapporte également les allégations de sévices sexuels subis par d'autres victimes. L'une d'elles a étudié au collège de 1967 à 1969. Le frère Paul-Émile Blain «aurait agressé sexuellement ce jeune garçon tout au long de son juvénat», peut-on lire. Le frère Blain était surveillant de dortoir à l'époque. Selon la requête, le garçon aurait «informé le Supérieur provincial Florentien (prénommé Richard Piché) des agissements du frère Blain à son égard.» En vain. L'homme serait demeuré en poste et aurait agressé d'autres enfants sous son autorité, parfois même avec un confrère. «Il est donc évident que la Congrégation et le collège étaient au courant que les Frères agressaient sexuellement les élèves et n'ont rien fait pour protéger les jeunes», stipule le document du recours.

Dans cette optique, comment réagit la congrégation?

«Ça s'est déroulé des années 40 à 80. Ces gestes sont intolérables et inacceptables. Si c'était venu à notre connaissance, on aurait réagi. On ne se serait pas mis la tête dans le sable», a imagé frère Donald.

D'ailleurs, un comité a été mis en place rapidement au sein des Frères du Sacré-Coeur, a indiqué le représentant de la communauté. Ceci notamment afin de vérifier les allégations évoquées dans la requête, déposée initialement le 7 octobre. Le frère Donald et son supérieur pilotent les recherches. «On a accès à un service d'archives [documents]. On questionne aussi des gens de la communauté, a dit le porte-parole. On travaille avec tous les moyens dont on dispose.»

Selon M. Bouchard, jusqu'ici, le public fait preuve de beaucoup de discernement. «On sent que la population est derrière nous pour que la lumière se fasse. Je pense que les gens sont capables d'éviter les généralisations.»

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