Cas extrême de négligence animal

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Vali et Baldère étaient dans cet état lorsqu'ils ont été récupérés par la SPA des Cantons.

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Cowansville) L'un des pires cas de négligence qu'ait eu à traiter la SPA des Cantons s'est soldé par l'euthanasie d'un chien ayant vécu comme un ermite dans la voiture de son maître. Deux bergers anglais avaient été récupérés il y a un peu plus d'une semaine. Le plus jeune pourra vivre au terme d'une réhabilitation.

L'histoire commence en 2015 alors que le directeur de la SPA, Carl Girard, reçoit un appel pour des chiens en mauvais état dans un véhicule. Un processus est entrepris avec le maître, mais «ça n'a pas tenu parce qu'il ne nous avait pas donné les bonnes informations et on l'a perdu de vue, explique-t-il. Le vendredi 7 octobre (dernier), on m'a appelé pour me dire qu'il était dans un stationnement de restaurant pas loin de la SPA.»

Il a alors réussi à négocier avec le propriétaire des bergers anglais pour qu'il lui cède ses chiens.

«Le monsieur m'a dit qu'il vivait dans sa voiture. Les chiens sont vraiment mal en point. En les sortant de là, le plus vieux ne se tenait pas sur ses pattes, au point où il n'a pas bougé dès qu'il a été mis à terre. Il n'a jamais marché», relate, consterné, M. Girard.

 Il aura fallu trois heures à une toiletteuse professionnelle pour raser l'animal, surnommé Baldère. «C'est là qu'on a vu l'étendue des dégâts. Le pire, ce sont les testicules. (...) Ils étaient gros comme un pamplemousse et rouge sang. Pour le plus jeune - Vali -, ça a pris une anesthésie complète pour le raser, ce qui a été fait le dimanche. Il était maigre, mais il n'y avait de bosse nulle pas. Il ne mangeait pas vraiment, mais ça allait relativement bien.»

Traumatisés

Les deux bêtes ont été recluses pendant un an dans une voiture, coupées de tout contact avec d'autres chiens et d'autres humains, croit Carl Girard à la lumière des témoignages qu'il a reçus et des propos du maître.

Une fois entre les mains de la SPA, Baldère et Vali ont été installés dans un enclos intérieur la nuit. Dès l'arrivée des employés, ils étaient sortis à l'extérieur. «On savait qu'ils n'avaient pas dormi de la nuit, dit le directeur. Ils étaient trop sur les nerfs. Tu ne peux pas garder des chiens en vase clos comme ça pendant un an et espérer qu'ils redeviennent gentils rapidement. C'est sûr que ça laisse des séquelles.»

Une santé à refaire

Des tests sanguins ont été demandés pour connaître l'état de santé précis des deux chiens. Les résultats ont été obtenus lundi matin. Le cancer des testicules est confirmé chez l'aîné. La maladie s'est déjà attaquée à la colonne vertébrale, ce qui explique qu'il ne sente pas ses jambes.

Afin d'abréger ses souffrances, Baldère a été euthanasié lundi après-midi. «Quand il nous voyait, il branlait la queue, ajoute M. Girard. C'est ça qui me crève le coeur.»

Le plus jeune, Vali, souffre de malnutrition. Son taux de globules blancs est bas pour cette raison.

«On va le réengraisser et ça presse. S'il attrape un virus, il tombe, c'est sûr. Il a la peau et les os. Aussitôt qu'il va être capable de supporter l'anesthésie, on va le stériliser parce qu'on ne veut pas qu'il pogne la même affaire que son frère. Le cancer des testicules est relativement fréquent chez les mâles.»

Le chien sera éventuellement placé chez une famille d'accueil bien choisie qui pourra se déplacer pour les suivis médicaux. M. Girard a bon espoir que Vali pourra être réhabilité.

Pour Carl Girard, il s'agit de l'un des pires cas de négligence qu'il ait connus. Il ne reproche rien à l'ancien maître de Vali et de Baldère qui, croit-il, pourrait souffrir d'une maladie mentale. Sur la page Facebook de la SPA des Cantons, il lance un appel à ceux qui connaissent cet homme afin qu'ils prennent soin de lui comme son équipe prendra soin de Vali.

Un problème d'application de la loi

Le directeur de la SPA des Cantons, Carl Girard, aurait pu entamer les démarches pour faire appliquer la nouvelle loi sur la Protection sanitaire des animaux, mais il ne s'agissait pas d'une solution idéale pour la santé de Baldère et de Vali. Il aurait fallu, pour ce faire, passer par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), qui applique la loi sur la cruauté envers les animaux.

«Aussi bien dire qu'il ne se serait rien passé, critique-t-il. Est-ce que le MAPAQ se serait déplacé? Ils ont deux inspecteurs! Deuxièmement, donner un dossier au MAPAQ, c'est mettre une croix dessus, tu n'y as plus jamais accès. Tu ne sauras jamais s'ils sont intervenus ou pas.»

Selon lui, les inspecteurs du MAPAQ possèdent une liste de la quasi-totalité des usines à chiots du Québec puisque des permis ont été délivrés. Or, aucun permis municipal n'a été donné dans les cas qu'il connaît. Il lui est arrivé de visiter une usine à chiots avec 75 reproducteurs, sans compter les portées, avec l'inspecteur municipal. Ce dernier a été stupéfait d'apprendre le nombre de chiennes qui mettent bas deux fois par année en moyenne.

Ils ont été tout aussi surpris d'apprendre que l'endroit détenait un permis du MAPAQ même si le zonage municipal ne le permettait pas.

«Le MAPAQ connaît chacune des adresses, "ils les ont à l'oeil", c'est ce qu'ils nous disent! La vérité c'est qu'ils n'ont pas les ressources pour faire quelque chose. Ils n'ont pas les ressources parce qu'ils n'ont pas la volonté de faire quelque chose, déplore-t-il dans une publication sur les réseaux sociaux. Pourquoi bouger? Les puppy mills ont des permis, ils sont enregistrés. Ils paient leur permis. Si le ministre a une annonce à faire, ils en choisissent une parmi ses plus dégueulasses, les inspecteurs saisissent. Le ministre fait son beau discours, annonce une belle mesure vide, la population est heureuse, tout le monde se ferme la gueule et on continue!»

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