Abus sexuels: six frères du Sacré-Coeur auraient sévi à Granby

Les nombreux témoignages de présumées victimes de frères... (Alain Dion)

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Les nombreux témoignages de présumées victimes de frères pédophiles au Collège Mont-Sacré-Coeur de Granby ont permis de mettre en lumière six agresseurs potentiels. Ceux-ci auraient sévi dans l'établissement d'enseignement durant les années 50 à 80.

Alain Dion

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Les nombreux témoignages de présumées victimes de frères pédophiles au Collège Mont-Sacré-Coeur de Granby ont permis de mettre en lumière six agresseurs potentiels. Ceux-ci auraient sévi dans l'établissement d'enseignement des années 50 à 80.

Par ailleurs, La Voix de l'Est s'est entretenue avec Claude Lebeau, qui aurait violé à plus de 300 reprises l'homme à l'origine du recours collectif. L'ex-frère du Sacré-Coeur oeuvrait jusqu'à tout récemment comme intervenant en soins spirituels dans des hôpitaux de la Rive-Sud de Montréal.

«Le téléphone n'a pas arrêté de sonner hier (jeudi). De nouvelles victimes nous parlent de Claude Lebeau, mais également d'autres frères qui ont commis des [abus sexuels]. Il y a maintenant six agresseurs», a indiqué en entrevue Me Robert Kugler, qui chapeaute le dossier avec deux autres procureurs du cabinet Kugler Kandestin.

«On reçoit également une foule de témoignages. Je souhaite vivement que les victimes comprennent que c'est important de briser le silence», a pour sa part réitéré le directeur du Comité des victimes de prêtres, Carlo Tarini.

Rappelons qu'une demande de recours collectif a été déposée à la Cour supérieure le 7 octobre. L'initiateur de cette requête est un homme de 56 ans qui soutient avoir été violé à répétition pendant qu'il était pensionnaire au Collège Mont-Sacré-Coeur au cours des années 1970. Les agressions sexuelles auraient été commises par le frère Lebeau, de trois à six fois par semaine durant deux ans. La présumée victime était alors âgée de 13 à 15 ans.

La poursuite réclame 1,2 M$ en dédommagement. Les intimés dans le dossier sont les Frères du Sacré-Coeur, le Collège Mont Sacré-Coeur de Granby, la Corporation Maurice-Ratté et les oeuvres Josaphat-Vanier.

Secret

Alors que le nombre de présumées victimes et d'agresseurs ne cesse d'augmenter, l'avocat qui représente la congrégation tente de garder le cap. «La communauté est complètement dévastée. Les frères prennent ça très au sérieux. [...] C'est une situation évolutive, a fait valoir Me Yanick Messier. La lumière doit être faite et il faut [que la congrégation] mette tous les efforts pour fouiller davantage.»

Selon le procureur, si les agressions s'avèrent fondées, elles ont été perpétrées dans le plus grand secret. «Les frères ignoraient complètement cette situation, a-t-il insisté. C'est ce que les représentants de la communauté me disent. [...] Quand le nom de M. Lebeau est sorti, j'ai vu les faciès [des frères] tomber.»

Ce que réfute Me Kugler. Selon celui-ci, il est quasi impossible, étant donné le nombre de pédophiles potentiels et la période pendant laquelle ces viols se seraient échelonnés (40 ans), d'avoir pu garder ces agissements sous silence.

Sans nouvelles?

Claude Lebeau a quitté la congrégation des Frères du Sacré-Coeur en 1997, a confirmé au journal le directeur général du Collège Mont-Sacré-Coeur, Claude Lacroix. Celui-ci a par ailleurs indiqué que «la congrégation n'aurait plus de nouvelles de lui depuis des années». La Voix de l'Est a retrouvé l'ex-Frère. Se disant bien au fait des agressions qui lui sont reprochées, il a été avare de commentaires. «Je ne souhaite pas vous parler pour le moment. Je vais passer par un avocat pour tout ça», s'est-il contenté de dire lors d'un bref entretien téléphonique.

Or, après son départ de Granby, M. Lebeau a oeuvré au sein du diocèse de Valleyfield, notamment comme agent de pastorale jusqu'en 2010, a indiqué en entrevue le vicaire de l'organisation, André Lafleur.

Ce dernier, qui connaît de longue date M. Lebeau, s'est dit secoué par les allégations le concernant. «Je ne connais pas sa vie privée, a dit le coordonnateur de la pastorale. Mais je n'ai rien à lui reprocher au niveau de son travail professionnel au diocèse ou en paroisse.»

«On va collaborer avec la justice, a poursuivi M. Lafleur. Actuellement, M. Lebeau n'a pas de mandat pastoral. Il travaille comme intervenant spirituel à l'hôpital Anna-Laberge (Châteauguay).»

De nombreuses recherches ont permis de corroborer cette information. Questionnée par le journal, la conseillère aux communications du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie Ouest, Jade St-Jean, a seulement confirmé que Claude Lebeau «est un employé de l'établissement [CISSS]. Il ne travaille pas actuellement.» Elle a par la suite souligné que le présumé agresseur «travaillait uniquement auprès des personnes âgées».

Nébuleux départ

M. Lebeau a oeuvré en tant que représentant des Frères du Sacré-Coeur alors qu'il était au sein du diocèse de Valleyfield. Or, pourquoi avoir quitté la congrégation en 1997 pour poursuivre dans une branche parallèle? Lui a-t-on montré la porte? André Lafleur a esquivé les questions, prétextant ne pas connaître les réponses.

Idem du côté de Me Yanick Messier. Ce dernier a toutefois mentionné que «la raison de son départ n'est pas liée aux faits qui sont évoqués dans les procédures (agressions). Ce serait lui qui a décidé de partir.»

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