Neuf montagnes, une vision commune

Les neuf collines connues sous le nom des Montérégiennes... (Bernard Brault, archives La Presse)

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Les neuf collines connues sous le nom des Montérégiennes sont le mont Saint-Hilaire (photo), le mont Royal, le mont Saint-Bruno, le mont Rougemont, le mont Saint-Grégoire, le mont Yamaska, le mont Shefford, le mont Brome et le mont Mégantic.

Bernard Brault, archives La Presse

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Saint-Bruno) Quel avenir pour les Montérégiennes? Des élus, environnementalistes, scientifiques, citoyens et autres acteurs se sont réunis jeudi à Saint-Bruno-de-Montarville pour se concerter sur les mesures à prendre pour préserver et mettre en valeur les collines qui unissent la métropole à la Montérégie et à l'Estrie.

Elles existent depuis plus de 130 millions d'années, mais que faire pour assurer leur avenir? Tel était le point de départ de la réflexion ayant alimenté les débats des Assises sur les Montérégiennes.

Celles-ci découlent directement d'un colloque organisé à Montréal en 2008 et qui avait rassemblé près de 200 personnes. De ce colloque était née la volonté d'élaborer une stratégie commune pour assurer la pérennité et la préservation des neuf collines connues sous le nom des Montérégiennes: le mont Royal, le mont Saint-Bruno, le mont Saint-Hilaire, le mont Rougemont, le mont Saint-Grégoire, le mont Yamaska, le mont Shefford, le mont Brome et le mont Mégantic.

En est née la Déclaration sur l'avenir des Montérégiennes, qui vise notamment à élaborer un diagnostic fidèle de la situation et des thématiques d'importance. Quatre grands enjeux ont été retenus et ont été au coeur des échanges de jeudi: le paysage, l'environnement naturel, la mise en valeur et le patrimoine.

Initiatives inspirantes

Tout au long de la journée, les différents intervenants ont parlé de projets et d'initiatives inspirantes.

Le coordonnateur de l'Association du mont Rougemont, Pierre Pontbriand, est venu expliquer son projet «coup de coeur», qui consistait à améliorer l'offre d'habitats pour les oiseaux champêtres au piémont de la montagne, une collaboration s'étant avérée entre une douzaine de partenaires de la communauté et les écoles du secteur.

L'engouement des résidents et la sensibilisation à la préservation du milieu par l'organisme depuis sa fondation en 2002 ont fini par porter leurs fruits. «Aujourd'hui, on a des propriétaires qui veulent mettre en place de nouveaux aménagements, les écoles veulent encore s'impliquer. Ça se continue», a dit M. Pontbriand.

On a aussi présenté le projet de Parc du marécage des Scots, à Scotstown, qui se veut complémentaire au parc national du mont Mégantic. Un projet de piste cyclable empruntant d'anciens corridors forestiers pour atteindre le pied de la montagne a également été inauguré en juin, permettant aux visiteurs du parc national de bonifier leur visite.

Travail concerté

Plusieurs pistes de solutions ont été apportées par les intervenants, mais aussi par le public, qui a pu, au cours d'un atelier, discuter d'initiatives à mettre de l'avant selon les différents thèmes abordés.

L'idée d'un statut légal ou d'une reconnaissance officielle des Montérégiennes comme une seule entité a été suggérée, ce qui amènerait des engagements formels de la part des municipalités et des gouvernements.

L'un des rarissimes propriétaires privés présents à l'assemblée, Michel Jodoin de la cidrerie rougemontoise du même nom, a émis des réserves sur l'idée, craignant qu'une telle proposition, si appliquée, ne nuise aux droits des propriétaires de jouir pleinement de leur bien.

Des intervenants ont alors tenu à le rassurer. «Que ce soit par un statut ou par un parc naturel, le titre m'importe peu, a indiqué la biologiste Louise Gratton. Ce qui compte, c'est que tous aient une voix au chapitre afin qu'on travaille ensemble à une vision du territoire qu'on va vouloir perpétuer.»

L'architecte paysagiste Marie-Claude Robert a pour sa part soutenu que, bien que l'on souhaite un avenir commun aux Montérégiennes, il faudra avoir un plan de match propre à chaque montagne pour y parvenir étant donné leurs caractéristiques spécifiques.

«Les réalités sont différentes, les occupations et les vocations ne sont pas les mêmes d'une montagne à l'autre, les choix de développement n'ont pas été les mêmes; on est dans des dynamiques différentes», a-t-elle rappelé.

La volonté politique, un premier pas

Aux yeux de la biologiste Louise Gratton, le véritable changement débute par la volonté politique. «C'est ça le principal défi», a-t-elle affirmé, ajoutant qu'une fois que «la décision d'agir est prise, il est plus simple d'avancer par étapes avec une vision claire des objectifs à atteindre».

Selon elle, il est possible d'augmenter la densité démographique d'une municipalité tout en en préservant le caractère nature. «On parle alors de design de conservation», explique-t-elle, jugeant important de rappeler que la conservation ne signifie pas un obstacle au développement, bien au contraire. «Oui, ça veut dire de la protection dans certains cas, mais ça veut surtout dire la mise en valeur et la restauration. C'est l'équilibre entre ces trois concepts qu'il faut trouver.»

Cette volonté semble donc s'être manifestée lors de la rencontre, à laquelle s'est brièvement présentée la ministre responsable de la Montérégie, Lucie Charlebois, qui s'est dite emballée par le travail accompli.

Un rapport et un plan d'action devraient émaner des Assises. Le maire de la ville-hôte de l'événement, Martin Murray, a pour sa part promis une rencontre de suivi au printemps 2018 pour voir l'avancement du dossier.

Le coordonnateur de l'Association du mont Rougemont, Pierre Pontbriand (à droite), est venu expliquer son projet «coup de coeur», qui consistait à améliorer l'offre d'habitats pour les oiseaux champêtres au piémont de la montagne.

La biologiste Louise Gratton a jugé important de rappeler que la conservation ne signifie pas un obstacle au développement, bien au contraire. - Photos Marie-Ève Martel

Plusieurs pistes de solutions ont été apportées par les intervenants, mais aussi par le public, qui a pu, au cours d'un atelier, discuter d'initiatives à mettre de l'avant selon les différents thèmes abordés.

Les élus satisfaits

Plusieurs élus de la région ayant pris part aux Assises sur les Montérégiennes ce jeudi en sont ressortis enchantés.

Alain Brière dit avoir énormément appris au cours de la journée. De son propre aveu, celui qui occupe la mairie de Rougemont depuis 2009 n'avait pas saisi l'importance de la montagne qui prête son nom à la municipalité. «Avec 300 propriétaires privés, trois villes et trois MRC qui sont concernés par la montagne, et le fait qu'on n'avait pas vraiment reçu de demandes à la municipalité, j'admets que je m'en étais peu occupé jusqu'à présent, concède l'élu. Mais aujourd'hui, j'ai vu sa richesse et l'importance de la préserver pour le futur.»

Le réchauffement de la relation entre le conseil municipal et l'Association du mont Rougemont, notamment avec la reconnaissance officielle de l'organisme par la municipalité, contribuera à concrétiser ce souhait. «C'est une association proactive qui fait du bon travail, reconnaît M. Brière. Je compte l'appuyer davantage et je crois que si tout le monde se regroupait, nous pourrions réussir à mieux mettre la montagne en valeur.»

Un élément identitaire

En tant que préfet de la MRC Brome-Missisquoi et maire de Cowansville, Arthur Fauteux tenait à être présent aux Assises, lui qui a autrefois présidé la Conférence régionale des élus (CRÉ) Montérégie-Est. C'est d'ailleurs la CRÉ qui pilotait le dossier des Assises jusqu'à sa disparition, en 2014, d'où l'intérêt de M. Fauteux pour la question.

«Mes attentes ont été satisfaites», note l'élu, qui espérait voir l'initiative lancée en 2008 se poursuivre malgré la disparition des CRÉ.

«On compte sept des neuf Montérégiennes dans notre région, qui tire son nom de celles-ci, ajoute M. Fauteux. C'est un élément qui nous définit comme région, qui fait partie de notre identité.»

Unique au sein d'un tout

 «Ce qui ressortait beaucoup, c'était que chaque Montérégienne est différente au sein d'un tout», note également la mairesse de Bromont, Pauline Quinlan, accompagnée jeudi des conseillers Diane Perron et Louis Villeneuve.

«Il faudrait un plan directeur pour chaque montagne, puisqu'on a des contraintes, des réalités et des usages différents», renchérit l'élue, qui croit cependant qu'avec un plan directeur commun et des stratégies spécifiques à chaque colline, il sera plus facile d'obtenir l'appui financier du gouvernement.

Le maire de Shefford, André Pontbriand, a lui aussi assisté à une partie des assises. Il a été invité à s'exprimer sur la valeur de la montagne dans la vision de développement de la municipalité.

Un écosystème unique

Selon plusieurs spécialistes présents jeudi, les Montérégiennes se trouvent dans la région où on trouve la plus grande diversité biologique. Ce sont près des deux tiers de la diversité animale québécoise qui y trouve refuge, avance Pascal Bigras, directeur général de Nature-Action Québec.

On y retrouverait plus de 40 % des espèces de mammifères québécois, près de 75 % de toutes les espèces d'oiseaux et près de 70 % de tous les reptiles et amphibiens recensés dans la province. Marie-Ève Martel

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