Ski Bromont a rehaussé la digue du lac Sheffington sans autorisation

La digue du lac Sheffington, d'où Ski Bromont... (Alain Dion)

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La digue du lac Sheffington, d'où Ski Bromont puise son eau pour fabriquer de la neige artificielle, a été rehaussée. L'entreprise ne possédait ni autorisation du ministère de l'Environnement, ni de la Ville pour effectuer les travaux.

Alain Dion

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Bromont) Ski Bromont a procédé à des travaux de rehaussement de la digue du lac Sheffington sans avoir obtenu les autorisations du ministère de l'Environnement et de la Ville de Bromont.

L'entreprise utilise le lac Sheffington, une section plus large de la rivière Yamaska à Bromont, pour alimenter son système de fabrication de neige artificielle. Les 29 et 30 septembre, elle a réalisé des travaux pour accroître la hauteur de la digue afin d'augmenter la capacité de rétention d'eau du lac.

«On a constaté l'augmentation de la hauteur de la digue. Tout indique que des travaux dans le milieu hydrique et même dans le littoral ont été faits», explique Daniel Messier, de la direction régionale du Centre de contrôle environnemental de l'Estrie et de la Montérégie. «Toute intervention dans le littoral ou à même un cours d'eau exige l'obtention d'un certificat d'autorisation. On le demande pour évaluer les impacts possibles sur l'érosion, les sédiments dans l'eau, les habitats», a-t-il ajouté.

La Ville n'a délivré aucun permis pour des travaux de remblai, a indiqué Jean-François Vachon, directeur du service de l'urbanisme de Bromont.

Joint vendredi, le président de Ski Bromont, Charles Désourdy, a reconnu avoir fait faire les travaux, mais assure qu'il avait l'autorisation du ministère de l'Environnement pour procéder. Il cite un certificat d'autorisation obtenu en 2006 pour des travaux de réparation temporaire. Cette autorisation est toujours valide, soutient-il. «C'est notre interprétation» du certificat d'autorisation, a-t-il dit.

Quant au permis de la Ville, M. Désourdy estime ne pas en avoir besoin. «On n'en a jamais demandé pour réparer le barrage», a-t-il dit.

La digue n'a pas été élevée, assure l'homme d'affaires. «Le barrage est à la même hauteur qu'il a toujours été», a-t-il dit.

Contre le bien commun

La nouvelle digue ne laisse plus passer qu'un faible filet d'eau dans la rivière. Il est «aberrant», selon la résidante qui a porté plainte au Ministère contre ces travaux, qu'une «compagnie puisse ainsi agir dans ses propres intérêts et contre le bien commun. Qu'ils aient le culot de faire ça, c'est incroyable. Ils s'en foutent des règlements.»

La femme, qui souhaite ne pas être identifiée, est d'avis que les citoyens n'ont pas à faire les frais des problèmes de Ski Bromont à s'alimenter en eau à partir de la rivière. «Avec les changements climatiques, c'est clair qu'on va avoir moins de neige naturelle. Mais il ne faut pas qu'on règle un problème avec un autre. C'est ce qu'on fait en permettant une telle exploitation d'une rivière qui appartient à toute la communauté.»

Le ministère de l'Environnement évalue les recours à prendre contre l'entreprise, a dit M. Messier.

Nouveau bassin

En vertu d'un permis spécial, la station de ski peut, entre la mi-novembre et la mi-janvier, puiser jusqu'à 6000 gallons d'eau à la minute du lac Sheffington, pour ses besoins de fabrication de neige artificielle, a dit M. Désourdy.

L'entreprise possède trois bassins dans le mont Brome d'une capacité de 12 millions de gallons. L'eau du lac Sheffington est utilisée en grande partie pour les remplir. L'aménagement d'un quatrième bassin, d'une capacité de 50 millions de gallons, est à l'étude. Son ajout est nécessaire pour faire face aux baisses appréhendées des précipitations, a dit M. Désourdy.

Neige et survie

Le statut juridique du lac Sheffington n'est pas clair, souligne Charles Désourdy. La digue appartient à la Ville de Bromont tandis que la rivière Yamaska est la propriété de la province. Et pour réparer définitivement le barrage, comme l'appelle chaque fois le grand patron de Ski Bromont, il devrait en être propriétaire.

Ce n'est pas dans son intention, dit M. Désourdy. «Notre souhait, c'est de trouver une solution permanente pour le barrage, pour qu'il tienne, et de pouvoir compter sur cette eau pour qu'on puisse fabriquer de la neige», explique-t-il, insistant sur la «survie de l'entreprise».

Ski Bromont puise l'eau destinée à la fabrication de neige artificielle depuis 1980 dans le lac Sheffington, indique M. Désourdy. Le barrage doit subir des réparations tous les deux ans pour replacer les roches déplacées lors des périodes de dégel.

La digue au coeur de cette affaire a été construite il y a plus de 80 ans, selon M. Désourdy. Elle a permis de créer le lac Sheffington pour desservir la municipalité de West-Shefford, l'ancêtre de Bromont, en eau potable. Michel Laliberté

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