Les Colombiens d'ici gardent espoir

Frey Guevara, coordonnateur en intégration scolaire pour SERY,... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Frey Guevara, coordonnateur en intégration scolaire pour SERY, croit qu'il y a de l'espoir pour les futures négociations entre le gouvernement colombien et les FARC.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) La victoire du non au référendum en Colombie ce week-end est vue comme un pas en avant par certains Colombiens qui ont migré à Granby en raison de la guerre avec les FARC. Tant que le gouvernement et les dirigeants des FARC négocient, il y a de l'espoir, un mot qui revient souvent dans le vocabulaire de ces Colombiens.

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Edgar Villamarin

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Henry Castillo

Janick Marois, La Voix de l'Est

Le pays a connu quatre guérillas d'extrême gauche dans son histoire, raconte Frey Guevara, coordonnateur en intégration scolaire pour Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY). Des conflits armés les ont aussi opposés aux paramilitaires de l'extrême droite. Entre eux deux, il y a les citoyens.

Quant à la position du gouvernement, «il ne faut pas oublier le mot corruption à l'intérieur de tout ça, ajoute-t-il. Ça a toujours existé, c'est encore présent. Il y a des intérêts politiques, des intérêts économiques liés à la guerre et au financement avec le narcotrafic.»

Le traité entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) aurait pu mettre fin à 52 ans de guerre, mais la proposition faite au terme de quatre ans de négociation en territoire neutre nécessitait une modification de la Constitution. Ce qu'a refusé un peu plus de la moitié des électeurs qui se sont présentés aux urnes.

Deux autres éléments majeurs étaient à retenir des 297 pages du traité, selon Frey Guevara, soit l'amnistie complète offerte aux guérilleros et l'octroi d'un mandat spécial au président du pays. L'accord prévoyait aussi la démobilisation des 5765 guérilleros et la conversion des FARC en mouvement politique légal.

La paix et plus encore

«Les Colombiens devaient voter pour la paix. Mais ce n'est pas juste ça! Je ne suis pas certain que c'était une bonne chose de vouloir modifier la Constitution, mais en tant que victime, je voulais que ça arrête», commente celui dont le beau-père a été assassiné un peu avant son départ pour le Canada.

M. Guevara croit que le gouvernement s'est trompé dans la formulation de sa question. Après la défaite, les dirigeants du pays et le chef de la guérilla ont pu réaliser que la population était divisée en deux et ils se sont dits prêts à continuer les dialogues dans leur quête de paix.

«Il y a de l'espoir. C'est intéressant, c'est positif. Le gouvernement et la guérilla réalisent qu'il faut ouvrir la porte à ceux qui ne sont pas tout à fait d'accord. Le cessez-le-feu a été maintenu bilatéralement. Les paramilitaires, en théorie, ont signé un accord de paix.»

Un cessez-le-feu, mais pour combien de temps?

De leur côté, Edgar Villamarin et Henry Castillo craignent qu'au contraire l'accord de cessez-le-feu ne tienne pas le coup, ou du moins pas assez longtemps. Ils observent que jamais les combattants des FARC n'accepteront d'aller en prison, comment le veulent les opposants au traité de paix.

M. Castillo, arrivé au Québec il y a plus de dix ans, a lui-même dû quitter le pays en raison de menaces directes pour sa vie. Il était alors conseiller municipal du petit village de Natagaima, dans la province de Tolima, là où ont vu le jour les FARC.

«La guérilla y est très forte. J'ai sept de mes amis conseillers qui ont été tués dans mon village. Des guérillas et des paramilitaires sont arrivés dans la même période et ont commencé à tuer les gens. On ramassait des corps tout le temps. Un jour, on m'a dit "tu as 24h pour quitter la ville." Tout le monde a un avis et ceux qui ne l'ont pas respecté ne sont plus de ce monde aujourd'hui.»

Les deux Colombiens se disent déçus du résultat du référendum. M. Villamarin, lui, voulait qu'il y ait un troisième choix, une nuance à la question référendaire. Mais ils auraient accepté d'oublier le passé pour retrouver la paix dans leur pays d'origine.

«C'est nous, dans les petits villages, qui savons ce que c'est que la guerre, c'est nous qui savons ce que c'est que de ramasser un ami dans un sac noir, déclare M. Castillo. Ce ne sont pas les gens dans les gros villages qui vivent dans un grand appartement gardé par l'armée et la police. Ce sont eux qui ont dit non.»

La peur toujours présente

Edgar et Henry ne savent pas s'ils pourront réaliser leurs plans d'aller voir leur famille en Colombie dans les prochains mois. La peur est revenue les hanter.

Le père d'Henry Castillo est malade et il ne croit pas vivre encore bien longtemps. Le Granbyen d'adoption prévoyait aller lui rendre visite, peut-être une dernière fois. «Ça fait 10 ans que je n'y suis pas allé. Je me suis dit que l'accord de paix allait passer, tout va être beau, ça va être tranquille. C'est 52 années de guerre...»

Mais dès que le passeport des anciens citoyens est vérifié aux douanes, c'est comme si les gens des FARC étaient mis au courant, disent-ils.

«J'y suis retourné pour la dernière fois il y a six ans et je n'étais pas en sécurité, relate Edgar Villamarin. Une personne de la police m'a prêté une voiture blindée, mais les combattants se sont essayés. Les FARC sont partout. Ils savaient que j'étais arrivé en Colombie. Ils m'ont attendu dans un stationnement pour essayer de me tuer. Pourtant, personne ne savait que j'irais.»

Il est certain que les trois hommes suivront l'évolution des négociations qui ont repris, à La Havane, entre le gouvernement et les FARC en gardant toujours en tête un espoir de paix.

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