St-Armand: un lieu de sépulture d'importance historique?

Le Nigger Rock est situé sur une terre... (PHOTO d'archives, La Voix de l'Est)

Agrandir

Le Nigger Rock est situé sur une terre agricole. Il s'agit d'un talus réputé pour être une sépulture d'esclaves noirs, à Saint-Armand.

PHOTO d'archives, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Saint-Armand) Le cimetière Nigger Rock, un lieu réputé selon les légendes pour avoir accueilli les dépouilles d'esclaves noirs, deviendra-t-il un lieu historique, éducatif et public? C'est ce que souhaite un conseiller municipal de Montréal, Marvin Rotrand, qui déposera dans les jours à venir un avis de motion en ce sens.

Il demandera, avec cet avis de motion élaboré avec la Ligue des Noirs du Québec, à Parcs Canada de nommer le site situé sur une terre agricole à Saint-Armand comme étant un lieu d'importance historique nationale. Le vote du conseil de Montréal se fera à la fin octobre.

«Seul lieu de sépulture connu d'esclaves au Canada, le site de Nigger Rock doit obtenir une reconnaissance nationale. Avec les vestiges qui marquent l'occupation des lieux par la communauté noire à Saint-Armand et dans les alentours, il s'agit de l'un des symboles de l'histoire de l'esclavage à travers le pays, et il doit être commémoré comme tel», indique M. Rotrand dans un communiqué publié jeudi.

La Ligue des Noirs du Québec désire que Parcs Canada achète le site du cimetière Nigger Rock et le rende accessible au public pour que «l'histoire méconnue de l'esclavage au Canada soit connue», ajoute le politicien en entrevue avec La Voix de l'Est. «C'est une des seules places au Canada où les esclaves ont vécu, ont travaillé, sont nés et morts.»

La terre appartenait dans le dernier quart du 18e siècle à Philip Luke, peut-on lire sur le site de la municipalité. Le propriétaire terrien aurait eu quelques esclaves. Après l'abolition de l'esclavagisme par l'Empire britannique en 1834, des Noirs ont profité des chemins de fer clandestins pour fuir les États-Unis vers Saint-Armand.

Ce que l'on connaît principalement de Nigger Rock relève de la tradition orale. Toutefois, Québec a reconnu le passage des Noirs dans le village vers le début des années 2000, en remettant une plaque à la municipalité. Pour les curieux, il s'agit en réalité d'un talus où, selon la légende, des esclaves noirs ont été enterrés, sans pierre tombale, à leur décès. Chaque année, la Ligue des Noirs organise un voyage de commémoration.

«La Ligue ne veut pas changer le nom de Nigger Rock», selon M. Rotrand, contrairement à ce qui a été entrepris par la Commission de toponymie du Québec. «Elle pense qu'avec une citation de Parcs Canada la valeur éducationnelle peut être très élevée pour la population. Je donne l'appui du conseil municipal que la Ville reconnait la traite des Noirs pendant des siècles. Une fois la motion d'appuie adoptée, on espère que Parcs Canada va trouver la façon de faire qui va convenir à tout le monde pour assurer que le site soit protégé, accessible, et aura une valeur éducationnelle comme monument national.»

Terrain privé

Selon M. Rotrand, la municipalité de Saint-Armand est prête à adopter une motion allant aussi dans ce sens.

Cependant, rien n'est encore joué, répond le maire Réal Pelletier.

«Ce site-là est sur une ferme laitière, sur une terre agricole. Le site est situé sur un terrain privé. La Ville de Montréal pensait que c'était sur un terrain public. Le cimetière s'est basé sur une histoire orale, mais il n'y a jamais eu de recherches concrètes là-dessus, pas de recherches archéologiques. Je comprends l'idée et les démarches, mais on a une responsabilité.»

M. Pelletier trouve d'ailleurs curieux qu'un conseiller de la Ville de Montréal, de l'arrondissement de Notre-Dame-de-Grâce, s'en mêle. D'autant plus qu'après s'être parlé, ils s'étaient entendus pour que le conseil de Montréal attende.

«Je suis prudent chez nous, sur mon territoire. Ce que je trouve bizarre c'est que c'est la Ville de Montréal qui vient s'imposer chez nous. C'est leur administration, leurs choses, j'ai une autre manière de faire les choses. Si la Ville venait appuyer les demandes, ce serait différent. Elle prend le dossier, le drive. Ils ne m'imposeront pas grand-chose. Ils sont à 80 km de chez nous.»

Il observe que la date limite pour déposer une demande pour reconnaître un lieu historique à Parcs Canada est le 27 janvier. Rien ne presse, ajoute-t-il.

Le propriétaire du site de Nigger Rock, Charles Benoit, n'a pas souhaité commenter la situation pour le moment.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer