Les paramédics sonnent l'alarme

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Le président du syndicat de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec (FTPQ), section Granby, Jean Papineau, réclame au ministère de la Santé l'ajout de ressources ambulancières.

Alain Dion

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Karine Blanchard
La Voix de l'Est

(Granby) C'est un véritable cri du coeur que lancent les paramédics de Granby en réclamant l'ajout de ressources ambulancières au ministère de la Santé. Ils demandent également une restructuration du secteur préhospitalier en mettant au coeur de leurs priorités le patient.

En 2013, les paramédics de la caserne ambulancière de Granby ont répondu à 6787 appels. En 2014, c'était 7511. Et l'an dernier, 7236.

Ils interviennent à Granby, Roxton Pond, Sainte-Cécile-de-Milton, Saint-Alphonse-de-Granby et Saint-Paul-d'Abbotsford. Occasionnellement, à Bromont et à Shefford. Au final, ils couvrent un territoire où vivent plus de 75 000 personnes.

À Granby, trois ambulances sont disponibles de 6h à 22h. Et deux entre 22h et 6h, soit le même nombre qu'il y a 15 ans, déplore Jean Papineau, président du syndicat de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec (FTPQ), section Granby.

Malgré l'augmentation de la population, fait-il valoir, aucune nouvelle ressource n'a été ajoutée. «C'est incompréhensible», lance-t-il.

Quand aucun véhicule n'est disponible à Granby, les collègues de Waterloo, de Cowansville ou d'Acton Vale, par exemple, prennent la relève. Dans le cas de Cowansville, c'est arrivé 485 fois une année, 444 la suivante. Le volume d'appels serait le même à Waterloo, mais le président du syndicat n'a pas été en mesure d'obtenir de données.

«On estime que si on met les deux secteurs combinés, on parle d'entre 800 et 1000 appels qui sont transférés dans ces deux villes-là chaque année», dit-il. Le hic? Le délai. «On parle du temps d'intervention qui peut facilement passer de quatre ou cinq minutes à une trentaine de minutes», explique M. Papineau. Des données qui, à son avis, justifient amplement l'ajout d'une ressource ambulancière à Granby.

Une ambulance de la Rive-Sud est même intervenue sur les lieux d'un accident l'an passé, ce qui a entraîné un délai de 45 minutes. Il n'est pas rare, ajoute M. Papineau, que des situations classifiées non urgentes, comme une personne âgée tombée par terre, ne puissent pas obtenir de réponse avant une heure et demie. «Je trouve que c'est inhumain de la laisser une personne sur le sol. Et elle peut avoir subi une fracture.»

Des villes comparables comme Saint-Hyacinthe et Drummondville ont plus d'effectifs que Granby et desservent une population similaire, fait-il également valoir.

Des faits à considérer

Certains éléments, comme le caractère touristique de la région, ne sont pas pris en compte pour établir le nombre d'ambulances sur le territoire, selon le syndicat. À lui seul, le Zoo de Granby accueille plus de 600 000 visiteurs annuellement.

«C'est une population qu'on ne compte pas parce qu'elle n'est pas résidente, mais qui est à considérer», affirme M. Papineau.

Le nombre grandissant de résidences pour personnes âgées représente également un volume d'appels, une donnée qui devrait être considérée, estime le syndicat.

Certains immeubles destinés aux gens du bel âge ne sont pas répertoriés comme résidences pour personnes âgées, mais représentent tout de même une clientèle importante. Les paramédics en dénombrent 33. «Ces personnes sont plus fragiles en vieillissant. Pour nous, c'est une clientèle en grande demande pour les soins. Et ça amène des hospitalisations», dit Jean Papineau.

À cela viennent s'ajouter les débordements aux urgences, les détournements d'ambulances vers d'autres hôpitaux et les intertransferts hospitaliers - de deux à quatre par jours, dans le dernier cas, selon le syndicat. «On parle d'une ressource qui part deux heures et demie, trois heures tout dépend si c'est Sherbrooke ou Montréal. C'est une ressource ambulancière dont on se prive pendant toutes ces heures-là.»

Lettre au député Bonnardel

Le représentant syndical Jean Papineau a écrit mardi au député de Granby, François Bonnardel, pour dénoncer la situation. Question au député: un appel au 911 pour une assistance médicale devrait-il obtenir des «ressources ambulancières immédiates» ou une réponse «selon les ressources disponibles»?

Le bureau de M. Bonnardel a fait savoir qu'il prenait acte du dossier, mais qu'il n'était pas prêt à le commenter. Son personnel rencontrera M. Papineau mercredi.

En 2013, les paramédics de la caserne ambulancière... (archives La Voix de l'Est) - image 2.0

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En 2013, les paramédics de la caserne ambulancière de Granby ont répondu à 6787 appels. En 2014, c'était 7511. Et l'an dernier, 7236.

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«Un arrêt dans ma vie»

Le manque de ressources ne serait pas sans conséquence. Une jeune conductrice victime d'une embardée affirme avoir été invitée à se rendre à l'hôpital par ses propres moyens, une situation qu'elle déplore.

L'histoire remonte à mars 2016. La jeune femme, qui était accompagnée de son conjoint, a perdu le contrôle de sa voiture sur la chaussée glacée sur la route 112 en direction de Waterloo. Le véhicule a fait des tonneaux et fini sa course à l'envers, de l'autre côté de la rue. «Mon copain a réussi à sortir et il est venu m'aider», explique la conductrice, qui préfère conserver l'anonymat.

Un automobiliste qui passait par là est arrêté et a fait monter la conductrice, qui souffrait de douleurs aux épaules. Son copain a contacté le 911 pour obtenir l'intervention des paramédics. Sans succès.

«La personne lui a dit qu'il n'y avait pas d'ambulance disponible à ce moment-là et, si on le pouvait, de se déplacer par nos propres moyens à l'hôpital», rapporte-t-elle. «Je trouve ça ordinaire. Quand tu appelles le 911, c'est parce que ça ne va pas ou que ta vie est en danger. Ce n'est pas pour commander une pizza!»

Un policier qui se rendait sur les lieux d'un autre accident s'est arrêté pour leur prêter secours. Il a à son tour demandé qu'on envoie une ambulance, raconte la jeune femme. Les premiers répondants l'ont prise en charge, puis les paramédics sont intervenus.

Après une batterie de tests à l'hôpital de Granby, le diagnostic est tombé: fracture de la vertèbre C5. La patiente a été transférée au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke pour y subir une intervention chirurgicale urgente. Après deux mois de port d'un collier cervical, elle vient à peine de retourner au travail de façon progressive. «Ça a mis un arrêt dans ma vie», dit-elle.

Une vaste restructuration réclamée

Les paramédicaux demandent également à Québec de revoir toute sa gestion du secteur préhospitalier en s'inspirant du Schéma de couverture de risques en sécurité incendie instauré par le ministère de la Sécurité publique au tournant des années 2000. Le document prend notamment en compte les ressources humaines et matérielles, la formation des intervenants et la population.

«J'aimerais que ce soit répété sur le plan préhospitalier», indique en entrevue le président du syndicat de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec (FTPQ), section Granby, Jean Papineau.

«On touche le côté humain, donc je m'attends à ce qu'il y ait des ressources qui soient aptes à répondre à ces demandes-là dans un délai raisonnable. J'aimerais que ce soit un travail sérieux basé sur les gens, la population, les risques et la main-d'oeuvre disponible. Le secteur préhospitalier a vraiment besoin d'une grande restructuration.»

Cette démarche permettrait de revoir la question des quarts de travail 7/14. Cet horaire signifie que les paramédicaux travaillent sept jours consécutifs, 24 heures sur 24 heures, puis ont sept jours de congé. Lors d'un appel au 911, les deux coéquipiers se rendent à la caserne pour récupérer l'ambulance, puis se rendent sur les lieux de l'intervention.

«Pourquoi encore avoir des 7-14 dans ces régions-ci quand on sait pertinemment qu'il y a des délais? On ne parle pas d'un coin reculé, mais d'une couronne immédiate de la Rive-Sud», plaide M. Papineau.

Le représentant syndical estime qu'il est temps que le gouvernement passe à l'action. «On donne de la médication, on transfère des patients qui sont en infarctus. Notre métier est de plus en plus valorisé, mais en même temps, il faudrait prendre au sérieux le patient qui est à la base. Il faut donner les ressources qui sont nécessaires pour répondre à ces besoins-là», plaide M. Papineau.

Dès cette semaine, chaque ambulance de Granby aura un cahier où les paramédicaux sont invités à noter les situations entraînant des délais d'intervention déraisonnables. Ces faits pourraient être exposés à la population tant que le statu quo persistera, prévient le syndicat.

Ni le ministère de la Santé, ni la compagnie ambulancière Dessercom, qui couvre le secteur de Granby, n'ont donné suite à nos demandes d'entrevue. Karine Blanchard

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