Violence sexuelle faite aux femmes: l'importance de croire

À la fin du parcours de deux kilomètres,... (Julie Catudal, La Voix de l'Est)

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À la fin du parcours de deux kilomètres, tous ont empoigné une chandelle, alors le crépuscule s'installait peu à peu.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

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(Cowansville) «On a peur que personne ne nous croit, lorsque nous dénonçons. Je me doutais que les gestes n'étaient pas corrects, mais ce n'est que plus tard que je l'ai pleinement réalisé», laisse tomber Sonia alors qu'elle livre un courageux témoignage dans le parc Davignon de Cowansville.

Les 70 personnes réunies à l'occasion de la 35e Journée d'action contre la violence sexuelle faite aux femmes l'écoutent avec attention. Personne ne remet en doute son récit. Tout le monde la croit.

«C'est exactement ce qui devrait se produire. On devrait tous croire les victimes qui dénoncent des agressions», lance avec conviction Sophie Labrie, responsable des communications au CALACS de Granby.

«Pourquoi une femme prendrait le risque de porter publiquement des accusations contre quelqu'un? , se questionne Nancy Jones, du Avante Women's Center. Pour que justice soit rendue contre ces agissements.»

Pour prendre position contre cette violence faite à l'encontre des femmes, la coalition des groupes de femmes de la Haute-Yamaska et Brome-Missiquoi a donc organisé une marche de deux kilomètres vendredi soir dans Cowansville.

Une partie du parcours s'est déroulé sur l'achalandée rue du Sud, où les 70 participants ont fait grand bruit en lançant des slogans comme: «ensemble réagissons, dénonçons les agressions» ou «la société a aussi un rôle à jouer».

Hommes, femmes et enfants ont donc marché vers 19 h pendant une quarantaine de minutes pour faire passer leur message. Plusieurs personnes ont arrêté de vaquer à leurs occupations pour regarder le cortège défiler dans la rue.

Le mot-clic #OnVousCroit a été mis bien en évidence sur des pancartes, pour faire suite au mouvement #AggressionNonDénoncée. «On veut que les victimes sachent que nous sommes derrière elles, que nous les croyons et que nous les supportons», soutient Sophie Labrie.

«50% des personnes qui viennent nous voir au CALACS attendent plus de 13 ans avant de dénoncer... imaginez vivre pendant 13 ans avec ce lourd secret. Les mentalités doivent être changées!», ajoute l'intervenante.

La marche était une initiative conjointe du CALACS, du centre Entre' Elles, du centre Femme des Cantons, de la Maison Alice-Desmarais, du Avante Women's Center et du centre Horizon pour Elles.

Témoignage bouleversant

À la fin du parcours de deux kilomètres, tous ont empoigné une chandelle, alors le crépuscule s'installait peu à peu.

«Je vous demande maintenant d'accueillir une survivante Sonia, indique doucement Sophie Labrie. Elle est présentement en cheminement et elle est rendue à l'étape de prendre la parole en public, pour raconter son vécu. Sonia, si jamais tu n'es plus capable, arrête. Je prendrai la relève.»

Le ton de l'histoire était donc donné. Sonia - qui a préféré demeurer anonyme - s'est avancée bravement et a relaté le pan de sa vie le plus difficile. «J'avais quatre ans lorsque tout a commencé... Mais c'est seulement en 6e année lors d'un cours d'intégration à la sexualité que j'ai compris. À la récréation, je me rappelle m'être regardée dans le miroir et je me trouvais pas comme les autres», avoue la femme aujourd'hui âgée de 38 ans.

Elle explique par la suite tous les ravages qu'ont causés ces agressions, accomplies par son propre père. Mutilations, drogue, alcool, culpabilité, honte, abandon: elle faisait tout pour «aller dans un autre monde, fuir la réalité».

«Un jour j'ai compris pourquoi l'odeur du café me lève le coeur et que j'aime la noirceur. Ça arrivait tout le temps après qu'il ait pris son café et il laissait la porte ouverte pour que la lumière entre», confie-t-elle au public.

Mais Sonia lance tout de même un message d'espoir aux victimes. «Notre vie devient une question de survie. J'étais prête à me battre pour guérir, à combattre mes démons. Et la guérison est certainement possible», affirme la femme.

Et tout ce qu'elle aurait souhaité entendre par le passé, c'est qu'on la croyait.

Les réactions aidantes pour une victime

1. Croire

2. Écouter sans juger

3. Respecter son rythme, son vécu, ses mots

4. Recevoir sans amplifier ou minimiser

5. Assurer la confidentialité

6. Éviter les réactions trop fortes

7. Valider ses émotions et sentiments

8. La déculpabiliser : ce n'est jamais la faute de la victime

9. Garantir la sécurité de la victime

10. Offrir du soutien, assurer une présence, être disponible

11. L'aider à cerner ses besoins, favoriser son autonomie

12. Orienter vers les ressources

Source : Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel

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