«Ils se font plumer comme des poulets» - Marie-Jeanne Vandoorne

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Parmi les 119 travailleurs qui souhaitent se syndiquer, on retrouve une quinzaine de Québécois, mais surtout beaucoup de Guatémaltèques qui migrent ici le temps d'un contrat d'un ou deux ans afin de subvenir aux besoins de leur famille.

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) Des dizaines de travailleurs étrangers venus au Québec pour attraper des poulets afin de faire vivre leur famille peuvent maintenant espérer avoir de meilleures conditions de travail. Il y a quelques semaines, le Tribunal administratif du travail du Québec leur a accordé le droit de se syndiquer, une première pour ce type d'emploi.

Depuis la fin août, 119 attrapeurs de volaille et chauffeurs engagés par l'entreprise Équipes Yves Sarrazin de Granby ont été accrédités et ont joint les rangs du Syndicat des travailleurs et travailleurs unis de l'alimentation et du commerce, section locale 501 (TUAC 501).

Pour les employés de la région de Granby, une première rencontre avec leur représentant syndical, Michel Tardif, est prévue samedi afin d'établir les priorités en matière de conditions de travail et de rémunération. Les employés de la Beauce et ceux de Saint-Lin-Laurentides seront rencontrés ultérieurement par le syndicat.

Rien ne laissait présager un dénouement aussi rapide des démarches syndicales. Une audition devant le Tribunal des affaires était planifiée à la fin du mois d'août afin de discuter de la liste des syndiqués que n'approuvait pas l'employeur, mais tout a été réglé deux jours auparavant.

«[L'employeur] a fini par accepter la liste [initiale], fait savoir Marie-Jeanne Vandoorne, coordonnatrice du Centre d'appui pour les travailleurs agricoles. Il avait ajouté des gens sur la liste qu'on ne considère pas comme étant des attrapeurs de poulet. Des gens de sa famille par exemple.»

Avec l'annulation de l'audition, le certificat d'accréditation syndicale a tout de suite pu être accordé aux attrapeurs de poulets et aux chauffeurs.

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«Les employés se font payer par lot de 1000 poulets attrapés. En général, on leur accorde 3,10$ pour 1000 poulets. Avec toutes les heures de déplacement, ça revient en dessous du salaire minimum», déplore Marie-Jeanne Vandoorne, coordonnatrice du Centre d'appui pour les travailleurs agricoles.

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3,10$ pour 1000 poulets

Mme Vandoorne connaît bien les Équipes Yves Sarrazin pour avoir, à de nombreuses reprises, rencontré des attrapeurs de volailles vivantes qui souhaitaient dénoncer différentes situations.

«Ils se font plumer comme des poulets», illustre celle qui a piloté le dossier d'accréditation syndicale avec son collègue Julio Lara pour le TUAC 501.

«On a reçu des appels téléphoniques de la part de travailleurs pour dénoncer plusieurs problèmes. Ils se faisaient payer en dessous du salaire minimum. Il y avait beaucoup de déductions. Par exemple, le prix du loyer n'était pas le même pour tout le monde. Il y avait beaucoup d'inégalités, beaucoup de plaintes à propos des salaires.»

«Les employés se font payer par lot de 1000 poulets attrapés, précise-t-elle. En général, on leur accorde 3,10$ pour 1000 poulets. Avec toutes les heures de déplacement, ça revient en dessous du salaire minimum. Il y a des travailleurs qui recevaient 280$, 300$ par semaine, ce qui n'est pas assez. On ne demande pas des salaires de 40$ l'heure, mais au moins le salaire minimum.»

L'offre d'emploi de l'entreprise sur Emploi Québec indique deux modes de salaire: 10,93$ de l'heure, ou un paiement à la pièce. Or, les travailleurs rencontrés par La Voix de l'Est déplorent devoir travailler un minimum de 13 heures par jour à raison de cinq à six jours par semaine - ce qui est loin des 35 heures par semaine annoncées dans l'offre en ligne - et que ces heures ne leur sont pas reconnues.

Parmi ces travailleurs, on retrouve une quinzaine de Québécois, selon Mme Vandoorne, mais surtout beaucoup de Guatémaltèques. Au Guatemala, il est très difficile de se trouver un emploi permettant de subvenir aux besoins de la famille. Ces travailleurs migrent vers un autre pays pour rapporter de l'argent à la maison - le temps d'un contrat d'un ou deux ans.

«On a vraiment besoin d'aide en ce moment. L'objectif est d'envoyer de l'argent à nos familles, de construire une maison, de s'assurer un futur, glisse un de ces travailleurs en entrevue. Mais ici, nous sommes en mode survie. Ici, on ne mange qu'une fois par jour. Au Guatemala, si on avait le même salaire, on mangerait trois repas par jour.»

Des menaces

Malgré les difficiles conditions de travail, aucun employé n'ose se plaindre directement à l'employeur ou à un superviseur. Les menaces de renvoi ont été nombreuses au fil des années pour faire taire les employés.

Michel Tardif, le représentant syndical qui négociera au nom des 119 travailleurs, posera des questions aux attrapeurs de poulet lors de la rencontre de samedi, afin d'avoir l'heure juste. Il sera alors à même de dresser un portrait des conditions de travail actuelles.

«Sur les bordereaux de paie, il y a des choses qui ne sont pas normales, souligne M. Tardif. C'est sûr que ce sont des choses auxquelles je vais m'attaquer. En n'étant pas syndiqués, s'ils se plaignaient, ils étaient retournés dans leur pays et ils n'avaient pas le droit de retour parce qu'ils étaient barrés du programme gouvernemental. En ce moment, leurs conditions de travail sont gelées et l'employeur doit leur verser au moins le salaire minimum, ce qui ne semblerait pas être le cas.»

Le syndicat se permettra de faire des griefs si le portrait des conditions de travail, pris lors de l'accréditation, n'est pas respecté.

Négociations

Il est probable que M. Tardif négocie avec l'avocat du propriétaire Yves Sarrazin afin que la future convention collective entre en vigueur dès la date d'accréditation. S'il s'avère que des pratiques étaient illégales au sens de la Loi sur les normes du travail, comme des formations impayées ou un salaire plus bas que le salaire minimum, il demandera à ce que la situation soit corrigée à compter de la date d'embauche.

Un cahier de demandes sera préparé au terme des trois rencontres avec les employés de Granby, de la Beauce et de Saint-Lin-laurentides. Un avis de négociations sera envoyé à l'employeur pour que les procédures visant la ratification d'une première convention collective soient entamées.

Lors d'une première convention collective, si les négociations piétinent, un médiateur peut être nommé pour tenter de rapprocher les parties.

En cas d'échec, la nomination d'un arbitre par le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale s'applique. Dans un tel cas, il n'y a pas de vote ni de signature, mais plutôt l'imposition d'une convention collective. C'est une situation qu'a connue à plusieurs reprises M. Tardif.

Si les travailleurs craignent de ne pas être rappelés par leur employeur au terme de leur contrat, M. Tardif tente de se faire rassurant. «On essaie de faire inclure des droits de rappel aux conditions de travail. Et les prochaines embauches seront aussi syndiquées.»

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