Le manque de pluie inquiète les producteurs agricoles

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Marielle Farley n'a pas eu de pluie dans les dernières semaines. Grâce à son système d'irrigation, ses fruits et légumes ont pu produire, mais son maïs en arrache.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

«Je pense que les producteurs maraîchers prient tous pour qu'il pleuve!» Marielle Farley en rit, mais avoue désirer ardemment que les nuages de pluie n'ignorent pas, une fois de plus, ses champs.

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Le Potager Mont-Rouge peut compter sur un important puits souterrain pour remplir ses étangs, mais malgré son système, ces derniers affichent un niveau plus bas.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

Une période de sécheresse d'abat depuis plusieurs semaines dans la région. Si quelques agriculteurs ont pu bénéficier d'un peu de pluie lors du mois d'août, pour d'autres producteurs, il n'en est rien.

«On est tous affectés différemment. Il y en a qui ont été un peu plus gâtés parce qu'ils ont eu des coups d'eau à gauche et à droite, mais jamais assez pour assouvir la plante, constate Mme Farley, du Potager Mont-Rouge, à Rougemont. Ça enlève le feu, mais c'est tout. Nous, on n'en a pas eu du tout (dans les dernières semaines).»

Même constat du côté de la Fraisière Rou.GI et fils, à Sainte-Sabine, où les nuages de pluie se font rares. La ferme familiale semble être dans une sorte de microclimat où les nuages refusent de passer et de se déverser.

«Depuis le mois de mai, on a le tiers de ce qu'on a normalement. Demain (vendredi), si on n'en a pas, ça va devenir critique, craint Marc-André Roussel, copropriétaire de la ferme familiale. On a la chance d'être dans un sol sableux pour les périodes très pluvieuses, puisque ça nous permet d'avoir de bons résultats et de semer plus tôt, mais quand on a des périodes de sécheresse comme ça, on y goûte.»

Les grandes cultures en arrachent puisqu'elles sont privées de systèmes d'irrigation, un système souvent impensable pour la superficie des champs. Il n'y a en effet rien comme quelques jours de pluie douce pour nourrir les plants.

Les étangs à sec

«L'irrigation ne remplace pas une bonne pluie, note Marielle Farley. Oui, c'est plus facile gérer une saison sans pluie que de gérer une saison avec de la pluie, mais les extrêmes ne sont jamais bons non plus. Ce n'est pas toutes les cultures qui sont irriguées. L'autre limite, c'est l'eau. Nos lacs, quand tu leur en demandes tout le temps, on risque de les assécher. C'est rare une sécheresse comme ça.»

La pluie prévue jusqu'à dimanche, si elle est aussi abondante que prévu, pourrait permettre de rétablir le système hydrique du sol.

Le niveau des étangs du Maraîcher André Côté, à Saint-Paul-d'Abbotsford, était aussi déjà bien bas à la mi-juillet. La situation ne s'est pas améliorée, commente David Côté. La quantité d'eau donnée aux poivrons et aux tomates est calculée et suivie de près.

La majorité des légumes à la Fraisière Rou.GI et fils sont irrigués par un système de goutte à goutte, mais une superficie de 140 acres, où poussent les courges d'hiver, ne l'est pas. Même chose pour les champs de maïs. «On a même un champ où on ne récoltera rien parce que les épis ne sont pas remplis au complet. Les bouts n'ont pas fait de grain. On a dû abandonner ce champ», se désole M. Roussel.

Le niveau des sources d'eau de la ferme de Sainte-Sabine est à un niveau «qu'on n'a jamais vu». «On ne peut pas pomper énormément. On essaie de se restreindre. On veut garder de l'eau jusqu'à la fin de la saison», précise M. Roussel.

Des conséquences sur la culture

Déjà, les contrecoups de la sécheresse se font ressentir dans les récoltes. Maïs plus petit, soya moins abondant, courges moins imposantes, les producteurs maraîchers ou de grandes cultures doivent composer avec les conséquences d'un problème hors de leur contrôle.

«On approche des récoltes de courges et ce que ça fait, c'est qu'elles ne prendront pas toute la grosseur qu'elles devraient prendre, explique Marc-André Roussel. Si on n'a pas de pluie en fin de semaine, j'ai peur que le volume des récoltes soit plus faible.»

Jérôme Ostiguy, producteur laitier qui cultive ses champs pour son bétail, remarque de son côté que son soya ne souffre pas trop, contrairement à bien d'autres plants, plantes et arbres, qui sont en dormance et en mode «survie de l'espèce», indique-t-il. Toutefois, il remarque une différence dans le foin, le maïs de grain et le maïs fourragé.

«Dans la première récolte de foin, on a eu 25 % de moins que d'habitude, illustre M. Ostiguy, dont la ferme est située à Shefford. Dans la deuxième, 35 % de moins que l'an passé. La troisième récolte qu'on va faire, ça semble être au moins de 50 % de moins. Ça nous affecte beaucoup. Le maïs semble s'être bien maintenu, mais on voit qu'il en arrache. Il a arrêté de pousser. Les épis ne sont pas très longs.»

Le drame n'est pas encore arrivé, conclut Marielle Farley avant de retourner au travail, mais il faudrait que la pluie vienne en aide aux agriculteurs dans les prochains jours pour soulager les plants.

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Une carte sur les anomalies de précipitations observées du 1er au 10 août.

Fournie par Environnement Canada

Des précipitations bien en deçà des normales

Le sud-ouest du Québec connaît une période de sécheresse depuis plusieurs semaines. Depuis trois mois, la région est en déficit de précipitation de 25 à 50 %, souligne le météorologue pour Environnement Canada, Robert Michaud.

Depuis le 1er août, la situation est d'autant plus critique puisqu'il n'y a eu qu'une trace de pluie. Selon les cartes fournies, il est possible de remarquer que le secteur est en grand déficit de pluie. Au Québec, les régions les plus affectées par la sécheresse sont l'Estrie, la Montérégie, l'Outaouais et Lanaudière.

En Ontario, par ailleurs, l'Est a un déficit de précipitation allant jusqu'à 100 % depuis le début de la saison estivale.

«Des sécheresses, on en a eu dans le passé, souligne M. Michaud. Je pense qu'en Ontario, c'est la plus grave jamais enregistrée. Au Québec, c'est moins fort. Il y a des places comme Drummondville où tout va bien. En allant vers les frontières américaine et ontarienne, c'est le pire. C'est vraiment l'extrême sud-ouest. On espère que le système qui s'en vient va au moins alléger le problème.»

Le système en question doit amener des précipitations dans la région jusqu'à dimanche. «Nous prévoyons une série de perturbations qui viendront toucher ces zones sèches. [...] On ne parle pas de grosses précipitations, par contre il peut y avoir de bonnes averses fortes. Ça pourrait, espérons-le, au moins atténuer la sécheresse.»

Le président et directeur général de Prograin, Alain... (Julie Catudal, La Voix de l'Est) - image 3.0

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Le président et directeur général de Prograin, Alain Létourneau.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

Des régions assoiffées

Alain Létourneau constate à quel point certaines régions du Québec et de l'Ontario sont assoiffées. Président et directeur général de l'entreprise Prograin, basée à Saint-Césaire, il s'approvisionne en soya partout dans ces deux provinces.

Il remarque qu'à l'est de Saint-Hyacinthe, la situation est plus normale, mais que dans l'ouest, «c'est très sec. C'est très localisé comme effet. Parfois, certains orages sont passés dans certaines régions ou municipalités et c'est mieux. Dans d'autres où il n'y a pas eu du tout de pluie pour une bonne période, c'est extrêmement sec. Le rendement est déjà affecté. Je qualifierais la récolte de moyenne à passable et, si ça continue, ça va être de passable à très médiocre.»

Les deux dernières saisons ont été excellentes pour le maïs et le soya. Il y avait de l'eau de façon régulière dans ces champs de grande récolte où l'irrigation n'est pas une option. «C'est le retour du balancier», estime-t-il.

Selon lui, les récoltes normalement prévues pour septembre et octobre seront devancées d'une semaine à dix jours, ce qui occasionnera une récolte moins abondante.

«Le fait que les récoltes soient plus tôt n'est pas nécessairement un avantage, soutient M. Létourneau. Au Québec, la saison de végétation est assez longue jusqu'au gel pour maximiser le rendement de la récolte. Mais, avec la sécheresse, les plants mûrissent plus tôt que d'habitude. Pour certains producteurs, ça peut être très dommageable en terme de rendement et de revenu. D'autant plus que les prix ne sont pas nécessairement à la hausse dans les céréales.»

Le maïs et le soya sont des productions de plus en plus internationales, si bien que la valeur marchande dépend d'un plus grand territoire. Puisque les récoltes américaines s'annoncent très bonnes, les prix de vente pourraient baisser pour les producteurs d'ici.

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