En croisade pour les poules urbaines

Andrée Royer et ses filles, Marie-France, 10 ans,... (Julie Catudal)

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Andrée Royer et ses filles, Marie-France, 10 ans, et Gabrielle, 6 ans, veulent pouvoir garder leurs poules.

Julie Catudal

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) En moyenne quatre fois par jour, les filles courent vers le fond boisé de la cour arrière en quête d'oeufs. Parfois, elles reviennent victorieuses à la maison, un précieux coco à la main. Depuis plus d'un mois, deux poules pondeuses sont installées dans un poulailler urbain, mais le bonheur de Marie-France, 10 ans, et Gabrielle, 6 ans, a été de courte durée. Leurs parents ont reçu un ultimatum: ils doivent se débarrasser de leurs volailles d'ici quelques jours.

La Ville de Granby leur a fait parvenir un avis, la semaine dernière, après une plainte d'un voisin. Réaction? Andrée Royer a lancé une page Facebook réclamant qu'une réglementation soit adoptée pour autoriser les poules pondeuses en ville.

Déjà, plusieurs citoyens en possèdent et peuvent compter sur la tolérance du voisinage. «C'est sûr que notre but, c'est que les gens se fassent assez entendre pour que la Ville réalise qu'ils en veulent, parce que c'est vraiment cas, plaide Mme Royer. Les filles étaient fâchées, elles pleuraient et on a décidé de tourner ça du bon côté.»

«Quand tu ne veux pas, tu trouves des excuses, quand tu veux, tu trouves des solutions, philosophe son conjoint Sylvain Lagacé. Les poules, c'est tellement une belle affaire, mais on fait tout ça sans attentes.»

La page nommée Des poules à Granby et créée mardi midi avait récolté, à 17h mercredi, plus de 400 mentions J'aime. La publication d'origine où Mme Royer livre son plaidoyer a été partagée plus de 1380 fois et a été commentée à plus de 330 reprises. Des lettres ont été envoyées à tous les élus de Granby lundi, mais étaient demeurées sans réponse au moment de mettre sous presse. Andrée Royer affirme tout de même avoir obtenu l'appui du conseiller Jean-Luc Nappert, favorable aux poules urbaines.

«On est surpris de voir comment ça réagit, confie-t-elle. On essaie de tourner ça positivement pour essayer d'enseigner aux gens que c'est possible d'avoir une vie urbaine et naturelle en même temps. Personnellement, je m'inquiète beaucoup plus des Pokémon en ville que des poules....»

Des craintes

Andrée Royer a fait ses devoirs. Après avoir passé plusieurs coups de fil à des vétérinaires, au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, et au ministère des Forêts, de la Faune et des Parc, elle peut répondre à certaines interrogations.

  Le fumier, par exemple, ne serait pas nocif sur de petites cultures comme un jardin malgré son apport en phosphore, dit-elle. Il peut l'être par contre sur de grandes cultures, selon ce qu'elle a pu apprendre d'un vétérinaire du MAPAQ.

«Dans un compost maison, il y a un certain risque que, s'il est mal fait, que ça ne tue pas toutes les bactéries du fumier. Mais encore là, ça ne veut pas dire que, parce que le compost a été mal fait et que ça se retrouve dans le jardin, que ça va faire quelque chose», souligne la Granbyenne.

Au moment du passage du journal, la mère de famille n'avait pas nettoyé depuis une semaine le poulailler, désirant démontrer au conseiller Nappert et à l'inspectrice de la Ville, qui devait passer mercredi, qu'il ne dégageait pas d'odeurs.

L'auteure de ces lignes a effectivement pu le constater et n'a pas entendu les poules caqueter. Pas question pour l'instant de tenir un poulailler l'hiver prochain. La naturopathe sait déjà que l'éleveur chez qui elle a acheté ses poules peut les reprendre à l'automne.

«C'était la première fois que j'en avais, je voulais essayer avec les filles, explique-t-elle. C'était en quelque sorte une expérimentation [avant d'avoir un poulailler quatre saisons]. La majorité des personnes qui vendent des poules sont prêtes à les reprendre à l'automne, ce n'est pas un problème.»

« Un apprentissage de tous les jours »

« Ça entrait dans notre mode de vie. Je trouve que notre société se déconnecte du vrai vivant. Je pense que c'est mieux des poules qui vont nous fournir des oeufs que des poules en cage en grosse production qui ne bougent pas. C'est une question de valeurs. »

En plus de permettre à leurs enfants de comprendre d'où vient leur nourriture, Andrée Royer et Sylvain Lagacé peuvent aussi contrôler ce que leurs poules consomment.

« On leur donne des graines de lin parce qu'on sait que ça va fournir beaucoup plus d'omégas 3», dit Mme Royer, en précisant qu'elle est naturopathe.

Leur fille Marie-France s'occupe de la routine du matin et du soir. Elle nourrit les poules et veille à ce qu'elles ne manquent pas d'eau. « C'est le fun d'aller courir le matin voir s'il y a un oeuf, s'en occuper, les apprivoiser, les flatter... », illustre-t-elle.

Cannelle est noire, Flora, blanche. La première est une pondeuse performante, la deuxième a tendance à la picosser par jalousie. Ça fait partie des choses que la famille a apprises.

En voici quelques autres. Les oeufs pondus par les poules familiales ont meilleur goût, assure la jeune fille. Les jaunes sont plus jaunes, renchérit sa mère.

Et, surprise: les oeufs peuvent même être turquoise, comme les pattes de Flora, a appris la petite famille. « Au début, je pensais que c'était un oeuf de Pâques en chocolat », évoque Gabrielle, un peu déçue de ne pas y avoir trouvé la gâterie sucrée.

« C'est un apprentissage de tous les jours, affirme Andrée Royer. On a appris que, pour pondre, les poules qui ne sont pas en liberté doivent manger de petites roches, alors on doit leur en donner pour le calcaire afin que la coquille soit plus dure. Une poule pondeuse ça prend une moulée spéciale riche en protéines. Ça revient quand même beaucoup moins cher que d'acheter des oeufs bio. Mais ce n'est pas une question d'argent. Mes filles sont vraiment en contact avec dehors.» Cynthia Laflamme

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