Des femmes au clergé

Le refus du diocèse n'a pas empêché Claire... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Le refus du diocèse n'a pas empêché Claire Bergeron de célébrer, depuis 2002, une dizaine de mariages civils, quatre funérailles et quelques célébrations de la vie, à la demande de son entourage et d'anciens élèves de qui elle est demeurée proche.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

Depuis quelques décennies, les femmes ont réussi à se tailler une place dans bon nombre de corps de métiers dits non traditionnels. Elles ont obtenu le droit de vote, puis, dans certains cas, l'équité salariale. Un plafond de verre persiste pourtant: l'Église. Mais cela pourrait changer. Mardi, le pape François a nommé une commission d'étude sur les femmes diacres. Certains y perçoivent une ouverture du Vatican à ordonner, un jour, une femme. Une revendication qui trouve écho ici, dans la région.

Une seule femme a officiellement demandé au diocèse de Saint-Hyacinthe d'être ordonnée diacre, nous confirme l'organisation. Il s'agit de la Sheffordoise Claire Bergeron, qui a formulé sa requête à la fin des années 1990.

Sa demande fut même acheminée au Vatican, lui dit-on. Quelques semaines plus tard, des représentants du diocèse tentent de la dissuader. Sans être en mesure de justifier leur malaise face à sa candidature, ils demandent même à son mari de devenir diacre à sa place. Une épreuve douloureuse pour celle qui, d'aussi loin qu'elle se souvienne, a toujours été intéressée par la spiritualité.

«Je m'attendais à ce que ça soit refusé. Ma demande était vraiment sincère, je ne l'avais pas fait pour narguer l'Église, se souvient-elle. Je sais que j'ai tout pour être diacre.»

Depuis sa tendre enfance, Mme Bergeron a baigné dans la religion catholique et le don de soi. «Je demeurais en face d'une petite église, très chaleureuse et où les messes n'étaient pas du tout ennuyantes!, raconte-t-elle. Mon père était et est toujours très pratiquant, avec une foi vivante.»

Du coup, elle a été confrontée de très près à la pauvreté, puisque son père aidait les plus démunis, en plus d'accueillir les immigrants dans la région. Cela lui a donné envie d'aider son prochain.

À 19 ans, la jeune femme entreprend des études en théologie. «C'était la soif de comprendre, de discerner le vrai du faux», note Mme Bergeron, qui en bout de ligne est devenue enseignante. D'abord en enseignement moral au primaire, puis en Éthique et culture religieuse au secondaire, à l'école Joseph-Hermas-Leclerc de Granby.

En parallèle, la dame s'est impliquée au sein de sa paroisse pendant plus de 15 ans, que ce soit dans l'éveil religieux, le catéchisme ou dans les cours de préparation au mariage. Cet engagement a cessé au tournant des années 2000, la femme étant dégoûtée du rejet de l'Église.

«L'Église ne me veut pas alors que j'aurais pu lui apporter de bien grandes choses. J'ai choisi d'aller donner ailleurs», note celle qui a alors décidé de faire de ses élèves «sa paroisse».

Le refus du diocèse ne l'a pas empêchée de célébrer, depuis 2002, une dizaine de mariages civils, quatre funérailles et quelques célébrations de la vie, à la demande de son entourage et d'anciens élèves de qui elle est demeurée proche. Qui plus est, la femme a la tête pleine de projets, des initiatives qu'on devine motivées par son grand besoin d'aider et de guider autrui.

«Bouffée d'air frais»

Il y a quelques années, Mme Bergeron avait formulé le souhait d'être «témoin de la reconnaissance réelle des femmes en Église» avant de mourir. Un voeu qui pourrait être exaucé depuis que le pape François s'est montré ouvert - timidement, mais tout de même - à la question des femmes et du diaconat.

D'abord en mai, en répondant favorablement à la question d'une religieuse lors de la réunion des supérieures majeures au Vatican, puis plus tôt cette semaine, en annonçant la création d'un comité d'étude sur le sujet. «Il est la bouffée d'air frais que j'espérais tant, affirme Mme Bergeron. Il dérange ce que j'appelle la mafia ecclésiastique.»

Lucille Lanoie, de Granby, elle, n'avait jamais envisagé être diaconesse, parce que cela ne lui était pas accessible, tout simplement. Autrement, elle aurait assurément entrepris des démarches pour savoir si cette voie lui était destinée. «Quand j'ai su que le pape était ouvert, je suis devenue très émue. J'ai été très touchée», raconte-t-elle.

Malgré cela, elle préfère servir au sein de l'Église. «Je me dis que je peux faire avancer la cause des femmes de l'intérieur», dit celle qui oeuvre en pastorale du baptême à la paroisse de l'Immaculée-Conception, en plus de préparer les adultes au sacrement de la confirmation.

«Il faut aussi se demander si on veut être au service, ou en pouvoir, nuance Mme Lanoie. Pour ma part, je préfère servir.»

Appelé à commenter le dossier, le diocèse de Saint-Hyacinthe nous a répondu qu'il était beaucoup trop tôt pour se prononcer.

Saviez-vous que...

Il y aurait seulement neuf femmes ordonnées prêtres au Canada.

On compterait entre 150 et 200 femmes prêtres aux États-Unis.

Plus d'une vingtaine de pays comptent des organisations militant pour l'ordination des femmes au sein de l'Église.

L'identité de l'évêque ayant ordonné les sept premières femmes prêtres au monde, sur les eaux du Danube, sera maintenue secrète jusqu'à sa mort.

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