Septuagénaire agressée dans un CHSLD: «ma femme va mourir dans des conditions atroces»

Maurice St-Laurent compte poursuivre son combat pour que... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Maurice St-Laurent compte poursuivre son combat pour que cessent les agressions à répétition au CHSLD Marie-Berthe-Couture.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Maurice St-Laurent vit des heures d'angoisse. Après avoir été attaquée à maintes reprises par un résident violent au centre d'hébergement Marie-Berthe-Couture, sa conjointe vient de faire une chute qui lui sera vraisemblablement fatale. L'homme compte malgré tout poursuivre son combat pour que cessent ces agressions à répétition dans le CHSLD.

Maurice St-Laurent en a ras le bol. Le Granbyen estime que les dirigeants du centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Marie-Berthe-Couture tentent de le museler en «étouffant l'affaire». Idem pour les responsables du dossier au Centre universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie.

«Ma femme a été attaquée par un homme qui est reconnu pour être dangereux. Elle est la victime, mais c'est elle qui écope. Elle a été blessée à la hanche quand l'homme l'a agressée. Elle était terrorisée à l'idée de le croiser tous les jours. Et maintenant, elle est dans le coma. Il lui reste seulement quelques jours à vivre. Ma femme va mourir dans des conditions atroces. Est-ce que c'est le genre de fin de vie qu'on souhaite pour les aînés? Moi, je dis qu'on ne peut pas fermer les yeux. Il faut agir!», a-t-il clamé.

M. St-Laurent avait accepté de se confier à La Voix de l'Est, le 20 juillet, afin de lever le voile sur la violence à laquelle sont confrontés les résidents du CHSLD granbyen. Ainsi, la dame de 74 ans atteinte d'Alzheimer aurait été admise au centre d'hébergement le 22 juin. Elle aurait été blessée au bras dès le lendemain à la suite d'une altercation entre l'individu agressif et un autre résident. Le 24 juin, l'assaillant, qui est sous garde à vue en tout temps, s'en serait pris directement à la septuagénaire, lui assénant un coup de poing dans le ventre. Dans un nouvel élan de colère, l'homme aurait à nouveau attaqué la dame le 12 juillet durant le souper. La frêle résidente aurait alors été blessée à la hanche en chutant au sol.

Rappelons que le journal rapportait il y a quelques semaines un cas d'agression similaire dont une octogénaire a été victime le 11 juillet au centre d'hébergement Villa Bonheur.

Enquête

Une requête formelle a été signifiée par M. St-Laurent au «bureau des plaintes et de la qualité des services» du Centre universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie, auquel est affilié le CHSLD. «C'est la sécurité de ma femme, mais aussi des autres personnes qui vivent à Marie-Berthe-Couture qui est compromise, a-t-il indiqué. Je veux prendre tous les moyens pour que les agressions arrêtent. L'homme qui attaque les autres fait de la démence frontale. Il ne contrôle pas ses gestes de colère. Je ne lui en veux pas, mais il n'est pas à sa place ici. Il faut qu'il soit transféré dans un centre spécialisé pour son type de comportement. Ça presse!»

D'ailleurs, le conjoint de la victime a mentionné qu'il souhaite pousser la démarche encore plus loin. «Ma femme a été agressée par une pièce d'homme qui fait deux fois son poids. C'est inacceptable! , a-t-il déploré. Alors, j'ai porté plainte au service de police.»

Le porte-parole du service de police de Granby, Marc Farand, a confirmé au journal qu'un dossier de voies de fait a été ouvert, le 22 juillet, concernant la série d'agressions au CHSLD Marie-Berthe-Couture. Les résultats de l'enquête devraient être dévoilés «d'ici quelques semaines», a-t-il précisé.

Gestes répétitifs

Plusieurs sources ont corroboré les propos de M. St-Laurent voulant que les agressions qu'a subies sa femme ne soient pas isolées.

La conjointe d'un octogénaire ayant été attaqué par le même individu a accepté de se confier sous le couvert de l'anonymat. «La direction de Marie-Berthe-Couture peut laisser croire que l'homme en question a été violent à seulement quelques occasions. Mais ce n'est pas vrai. Il a déjà agressé mon mari quand ils étaient tous les deux à l'hôpital [de Granby]. Et là, ça continue. Je l'ai vu frapper des gardiens de sécurité, le personnel et même des visiteurs. Il s'en prend à tout ce qui bouge.»

Selon la dame, plusieurs membres du personnel du CHSLD lui ont mentionné être excédés par l'agressivité du résident. «Les préposés ne savent plus quoi faire avec lui. Il est dangereux. Ce sont les résidents qui vont y goûter. Même mon mari en a peur. On va attendre quoi avant d'agir?», a-t-elle déploré.

«On s'attend à ce qu'il y ait ce genre d'incidents»

Lors de la sortie médiatique de M. St-Laurent dans La Voix de l'Est, le 21 juillet, le CIUSSS de l'Estrie avait indiqué qu'une série de mesures devaient être prises pour éviter que des agressions surviennent à nouveau à Marie-Berthe-Couture. L'installation d'une demi-porte à l'entrée de la chambre de l'homme sous surveillance pour «mieux contrôler ses sorties» et «circonscrire son errance» avait alors été évoquée. Idem pour la chambre de sa victime.

Selon le conjoint de celle-ci, rien de cela n'a été fait jusqu'ici. Ce qu'a réfuté à son tour la directrice du programme soutien à l'autonomie des personnes âgées du CIUSSS, Sylvie Moreault, affirmant que les travaux ont été réalisés.

Selon celle-ci, les cas d'agressions physiques sont fréquents au sein des CHSLD, quels qu'ils soient. «C'est clair que lorsqu'on admet quelqu'un dans une unité grave de comportement, on s'attend à ce qu'il y ait ce genre d'incidents, a-t-elle concédé. (...) À l'expérience, on met en place de plus en plus de mesures de protection pour les éviter.»

Or, il existe des centres spécialisés pour cette clientèle posant des problèmes aigus de comportement. L'Institut gériatrique de Sherbrooke, qui dispose d'une aile de 10 lits pour ce type de patients, fait partie de ces rares établissements, a indiqué Mme Moreault, précisant qu'aucune demande de transfert du résident récalcitrant de Marie-Berthe-Couture vers ce centre n'a été faite à ce jour.

Comme les cas d'agressivité dus à des maladies dégénératives sont en croissance, le ministère de la Santé devra possiblement corriger le tir pour répondre adéquatement aux besoins de cette clientèle, a fait valoir Mme Moreault. D'ailleurs, a-t-elle assuré, la situation sera suivie de près à Marie-Berthe-Couture.

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