On vit moins vieux au centre-ville

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La population du centre-ville de Granby figure parmi les plus défavorisées en Estrie.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Les résidants de secteurs défavorisés de Granby et de Cowansville vivront en moyenne cinq ans de moins que les citoyens de communautés aisées. C'est ce que révèle une étude menée par la Direction de la santé publique (DSP) de l'Estrie, dont les résultats viennent d'être dévoilés.

L'enquête a révélé une étroite corrélation entre la défavorisation et le taux de mortalité prématurée, soit avant l'âge de 75 ans. Une première dans la région. Selon la directrice de la santé publique en Estrie, Dre Mélissa Généreux, ces statistiques doivent engendrer une profonde réflexion au sein des municipalités les plus touchées.

«Ce n'est pas normal que le fait de vivre dans un certain milieu puisse enlever cinq ans à l'espérance de vie, a-t-elle fait valoir en entrevue. (...) Comme société, on doit tenir compte de ça en adaptant nos offres de services pour s'assurer de répondre aux besoins de ces populations, qui ont définitivement des besoins en matière de santé plus grands que les autres.»

En fait, l'idée initiale consistait à mettre à jour la «carte de défavorisation» du territoire couvert par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie. «On sait d'emblée que la vulnérabilité diminue les chances d'être en bonne santé. Mais on voulait le quantifier pour avoir le coeur net, a imagé la Dre Généreux. Au lieu de partir de tous les côtés avec un paquet d'indicateurs disparates, on a pris les [variables] ultimes, qui sont l'espérance de vie et le taux de mortalité prématurée.»

La directrice de la santé publique en Estrie,... (Archives, La Tribune) - image 2.0

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La directrice de la santé publique en Estrie, Dre Mélissa Généreux.

Archives, La Tribune

Centre-ville

Ainsi, les 15 secteurs les plus vulnérables en Estrie, sur le plan matériel et social, sont situés principalement en périphérie du noyau central des municipalités de Granby, Cowansville, Sherbrooke et Magog. Par exemple, les communautés (regroupant 5000 citoyens) les plus défavorisées à Granby se trouvent dans les secteurs des Galeries, de l'aréna, du centre-ville et du parc Horner, indique l'enquête de la DSP. Or, un taux de décès précoces plus élevé que la moyenne se rapporte aux résidants des deux derniers «quartiers» énumérés précédemment.

Dre Généreux met toutefois un bémol. «On ne pense pas nécessairement que c'est le fait de vivre au centre-ville qui rend "défavorisé", a-t-elle tenu à préciser. (...) Une grande partie de ça s'explique par le fait que les gens en situation de pauvreté vont se rapprocher du coeur des grandes villes, notamment parce que c'est plus facile d'avoir accès aux différents services.»

Par ailleurs, les plus récentes statistiques (2005 à 2011) ont démontré qu'outre Cowansville et Granby, les localités de Waterloo, Bedford et Saint-Joachim figurent parmi les 96 communautés du territoire du CIUSSS ayant un taux de mortalité prématurée plus élevé que la moyenne. Les causes de décès hâtif recensées parmi la population la plus défavorisée durant cette période (taux par 100 000) sont les tumeurs (183), les maladies de l'appareil circulatoire (82), les accidents (55), les problèmes respiratoires (30) et les maladies de l'appareil digestif (19). En Estrie, les principales causes de mort précoce sont les tumeurs malignes (46,7%), les maladies du coeur (14,1%), les traumatismes non intentionnels (6,4%) et les suicides (5,1%).

Inégalités

Mettre le doigt sur ce qui engendre de tels écarts de vulnérabilité entre les citoyens d'une même ville n'est pas aisé, a concédé la Dre Généreux. Plusieurs projets ciblés pourraient être mis en branle pour contrer l'effet pervers de la pauvreté, a-t-elle mentionné, citant en exemple la possibilité de développer un projet de banque alimentaire dans un quartier donné. Selon la directrice de la santé publique, l'enquête menée par son équipe démontre «qu'il y a du travail à faire pour réduire les inégalités sociales».

«J'ai bien l'impression que le maire qui voit sa municipalité en rouge [communautés défavorisées] va se sentir interpellé. (...) Ce qu'on constate, c'est qu'il faut sortir des murs et aller dans la communauté pour poser des actions concrètes. Tant mieux si [l'étude] peut faire bouger les choses.»

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