Jean Gamache prépare son départ

Toujours passionné par son métier, Jean Gamache prévoit... (Alain Dion)

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Toujours passionné par son métier, Jean Gamache prévoit quitter définitivement son atelier de la rue Principale dans les premiers mois de 2017.

Alain Dion

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Jérôme Roy
La Voix de l'Est

(Granby) Après 58 ans à pratiquer le métier de tailleur, Jean Gamache quittera définitivement son atelier de la rue Principale dans les premiers mois de 2017. Ce sympathique moulin à parole laisse derrière lui une carrière impressionnante et riche en souvenirs pour laquelle il entretient toujours une forte affection. D'ailleurs, on ne le sent pas particulièrement pressé de partir.

«C'est une décision qui n'a pas été facile, même si j'ai 72 ans, reconnaît M. Gamache. Ça fait longtemps que je dis que je vais prendre ma retraite, mais dans le fond, je n'avais pas de date, je n'avais pas de plan. D'ailleurs, dans ma vie, je n'ai jamais eu de plan. Jamais».

Son départ se fera vraisemblablement à cette image, puisque la date précise de son départ n'a pas encore été fixée. Pour le moment, il sait qu'il a jusqu'en avril pour vider l'atelier et qu'il louera le local à des personnes dont il préfère taire l'identité.

De Louiseville à Granby

Jean Gamache est arrivé à Granby en 1952, alors qu'il avait huit ans. Le manque de travail avait forcé la famille à quitter Louiseville, en Mauricie, pour Sherbrooke.

Un arrêt dans la rue Principale, à Granby, aura cependant écourté le trajet, son père décidant de louer pendant quelques années une pièce dans la maison de Gwendoline Monty, celle-là même où se trouve l'atelier aujourd'hui.

Parti en raison d'une chicane entre son père et Mlle Monty, Jean Gamache a pris possession de la maison en 1975. Une solution qui arrivait alors au bon moment pour un jeune commerçant qui dérangeait les autorités municipales avec ses activités commerciales dans la rue Denison, puis la rue Mountain.

«C'est là que Mlle Monty m'a contacté et m'a vendu la maison pour une chanson sur la rue Principale. Elle, j'y pense tous les jours à elle. Elle ne voulait pas que cette maison-là soit démolie. Puis dans ce temps-là, 1975, c'était la période où il s'est démoli le plus de maisons à Granby».

Préserver une maison centenaire; une mission qui allait de soi pour cet homme qui garde précieusement de nombreux souvenirs, comme les carnets de travail de son père et de son grand-père. «Son livre, à papa, c'était la base du métier. [...] C'est encore exceptionnel! C'est encore très, très bon! C'est quelque chose!», s'émerveille-t-il en montrant les notes écrites à la plume par son prédécesseur.

Rapides débuts

Jean Gamache n'avait que 14 ans lorsqu'il a commencé dans l'entreprise familiale, en 1958. Convaincu qu'il ne pouvait tout lui montrer seul, son père s'est empressé de l'envoyer faire quelques stages à Montréal.

«Tu as 14 ans, tu commences à travailler, tu n'as jamais rien vu, tu sors de l'école avec une septième année [...], tu ne connais rien. Ç'a été bon qu'il m'envoie des six mois de temps dans des endroits comme ça. Ça m'a ouvert», croit le tailleur.

L'apprentissage a dû se faire rapidement, puisque M. Gamache a perdu son père en 1966. Celui-ci a été enlevé par le cancer à 50 ans, laissant son fils maître de sa propre destinée dès l'âge de 22 ans. Se disant lent en couture, il a alors décidé de s'entourer.

«Mon père n'était pas fort sur les employés. Il travaillait seul, lui. Moi, au contraire, je ne suis pas capable de travailler seul. Impossible. Aussitôt qu'il est décédé, tout de suite, j'ai commencé à avoir des employés», explique le tailleur.

En revanche, Jean Gamache dit être passé maître dans l'art d'ajuster les habits de ses clients. Un compliment de son père lui en a donné la certitude. «Faut encourager, toujours, le monde qui travaille pour nous autres. C'est peut-être de même que je suis devenu bon pour l'essayage, parce que mon père, à un moment donné, m'a dit: "Jean, t'es meilleur que moi pour l'essayage. À partir d'aujourd'hui c'est juste toi qui vas faire ça". Ça m'a donné confiance», explique-t-il.

Un bon mot qui l'aura sans doute mis à l'aise pour habiller de prestigieuses personnalités comme Jean Lapierre, Lucien Bouchard, Guy Fournier, l'homme d'affaires Claude Garcia, l'ancien premier ministre français Alain Juppé ou le réputé architecte Moshe Safdie.

Compliments à la pelle

Il n'est donc pas surprenant de l'entendre être très élogieux envers les gens qui l'ont aidé au cours de sa carrière. À commencer par son épouse, Diane, une femme qui préfère rester à l'ombre, mais qui déborde de talent selon M. Gamache.

«C'est Diane, mon épouse, qui a été ma première couturière. Et puis une chance que je l'ai eue dans ma vie parce que ç'a été mon bras droit toute ma vie. Et puis c'est elle qui a dirigé le domaine pour dames.»

Gwendoline Monty, Jean Lapierre, Pierre Hamel, Alain Dusablon, Mario Pigeon et André Hamel sont quelques-unes des autres personnes pour qui M. Gamache a de bons mots.

Il ne passe pas non plus sous silence l'apport de ses employés, «des gens très, très compétents», assure-t-il. Et bien sûr, il est extrêmement fier de son fils Jean-Sébastien, qui travaille à Montréal, dans la rue Saint-Hubert.

«Il est aussi bon que moi, sinon meilleur sur des points de vue. Je sais qu'en couture, il est très fort. Lui, il fait l'habit exactement comme moi: sur mesure, à la main, monté en atelier [...]. C'est la quatrième génération, je suis très fier de ça et je me demande même si ce n'est pas un record canadien», se demande-t-il sérieusement.

Et après?

Une chose est certaine, Jean Gamache restera à Granby «pour la qualité de vie». Puisqu'il prendra sa retraite en même temps que son épouse, il aimerait en profiter pour s'adonner davantage au jardinage avec elle.

M. Gamache voudrait également faire de la bicyclette, un sport qu'il aime bien. Et avis aux golfeurs, le tailleur aimerait se trouver des partenaires pour fouler les terrains de la région. Le nombre de coups frappés lui importe peu, prend-il soin de préciser.

«Je vais jouer dehors!», s'exclame le tailleur, après avoir passé de très nombreuses heures à l'intérieur.

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