Nommer ces militaires oubliés

La cérémonie s'est clôturée par l'envolée d'un bouquet... (Catherine Trudeau, La Voix de l'Est)

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La cérémonie s'est clôturée par l'envolée d'un bouquet de ballons blancs, symbole de paix pour l'âme de ces Soldats du Suicide à qui l'on rendait hommage.

Catherine Trudeau, La Voix de l'Est

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Marie-Élise Faucher
La Voix de l'Est

(Waterloo) La fête du Canada a pris une signification particulière, vendredi à Waterloo, alors qu'était dévoilée une plaque dédiée à la mémoire des soldats s'étant suicidés à la suite de leur déploiement.

En leur reconnaissant ce droit, au même titre que les soldats morts au combat, la Légion royale canadienne de Waterloo se fait l'ambassadrice d'une cause qui touche de nombreuses familles de «militaires oubliés». Ces familles étaient plusieurs à participer à la cérémonie, dont celle du Roxtonais Frédéric Couture.

«Moi, la maman du soldat Frédéric Couture, je ne veux pas qu'il soit oublié. Parce que son nom n'est nulle part gravé sur une plaque de l'Armée canadienne», a déclaré devant tous Linda Lagimonière, remerciant la légion de Waterloo pour son initiative. «Imaginez le vide, la peine, quand votre enfant tombe dans l'oubli, surtout s'il a donné sa vie pour son pays, pour sa ville et pour son Québec», a-t-elle mentionné avec émotion.

Rappelons que le soldat Couture avait été amputé d'une partie de la jambe gauche après avoir marché sur une mine antipersonnel, en décembre 2006, au cours d'une mission en Afghanistan. Moins d'un an après son retour à la résidence familiale de Roxton Pond, il s'était enlevé la vie. «Oui, le choc post-traumatique ça existe. Autant dans le civil que dans l'armée», commente Linda Lagimonière.

Frédéric Couture n'avait reçu aucune aide psychologique à son retour d'Afghanistan. «Ça ne devrait pas être un tabou, c'est un mal-être», fait valoir la mère du défunt soldat.

La cérémonie s'est clôturée par l'envolée de ballons blancs, symboles de paix pour l'âme de ces soldats du suicide à qui l'on rendait hommage.

La fondatrice de l'organisme Honour Our Canadian Soldiers... (Catherine Trudeau, La Voix de l'Est) - image 2.0

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La fondatrice de l'organisme Honour Our Canadian Soldiers et instigatrice du projet des Soldats du Suicide (SOS), Lise Charron.

Catherine Trudeau, La Voix de l'Est

Vers une reconnaissance

Selon un récent reportage du Globe and Mail, au moins 62 soldats et vétérans canadiens se sont enlevé la vie après avoir servi en Afghanistan. C'est plus du tiers des soldats morts en mission. «Même ceux qui se sont suicidés là-bas ont eu droit à des cérémonies militaires. Mais pour ceux qui se sont suicidés ici à la suite de la mission en Afghanistan, il n'y a rien», mentionne Lise Charron, la fondatrice de l'organisme Honor our Canadian Soldiers (HOCS).

Cette dernière a approché les parents du soldat Couture pour qu'ils encouragent d'autres familles à s'ouvrir quant au suicide de leur enfant. Avec son conjoint, ils ont participé à un rassemblement de parents de partout au Canada vivant un deuil semblable au leur. «Ils parlaient tous anglais, mais on se comprenait», se souvient très bien Mme Lagimonière, que l'expérience a marquée.

Les Roxtonais espèrent que la légion de Waterloo pourra entraîner d'autres légions dans son sillage. «C'est un début. On souhaite que ça puisse s'amplifier et qu'à un moment donné, l'armée le reconnaisse aussi», mentionne Yvan Couture.

Le mois d'octobre 2016 pourrait être porteur de bonnes nouvelles à ce sujet, puisque le général Roméo Dallaire a entamé des démarches auprès des Forces armées canadiennes. «Lui, il trouve ça important que ceux (...) qui se sont suicidés ici soient aussi reconnus. Parce qu'ils sont allés eux aussi sur le terrain», justifie Linda Lagimonière.

«On n'est même pas invités au jour du Souvenir!», ne s'explique pas la mère de Frédéric Couture. Elle espère qu'il soit fait mention du nom de son fils, pour qu'il soit reconnu au même titre que tous les autres militaires décédés au combat.

Projet SOS

La photo de Frédéric Couture était apposée sur une bougie, comme celle de 14 autres soldats s'étant enlevé la vie, vendredi, à Waterloo. Au centre, la plaque commémorative sur laquelle figurent un casque de soldat, des bottes et un coquelicot. La date du 21 février y est gravée: ce sera la date de commémoration des Soldats du suicide au Canada.

Lorsqu'elle a initié le projet des Soldats du suicide (SOS), Lise Charron a choisi le mois de février pour que la commémoration n'entre pas en conflit avec d'autres causes. «En fin de compte, c'était le mois de la sensibilisation de la santé mentale», indique l'organisatrice, qui a tout de suite fait le lien avec le syndrome post-traumatique vécu par les soldats de retour de guerre.

La première cérémonie aux chandelles qu'elle a organisée le 21 février 2013 à Pembroke, en Ontario, a rendu hommage à trois soldats. «Les trois premiers que les mamans m'ont autorisé à nommer. Le but, c'était toujours de trouver une solution pour le PTSD (NDLR: Trouble de stress post-traumatique). Je mets ça sur Facebook, ça a fait boule de neige!» raconte la fondatrice, qui se consacre à temps plein à cette mission de soutien moral auprès des familles qui ont perdu un proche militaire par le suicide.

En septembre 2013, Mme Charron organisait le dévoilement d'une première plaque à la mémoire de cinq soldats du suicide, au cimetière national, à Ottawa. En 2016, les familles de 15 soldats acceptaient de parler du décès de leur enfant.

«Moi, je veux des plaques partout où on a le droit de nommer un soldat», affirme Lise Charron, déterminée.

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