Apprendre à aller à l'école

La classe d'accueil de Madame Chantal, à l'école... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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La classe d'accueil de Madame Chantal, à l'école de l'Assomption à Granby.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) Malgré les difficultés et les obstacles, la première classe d'accueil d'âge primaire à voir le jour à Granby s'est révélée un succès. En l'espace de quelques mois à peine, 13 élèves se sont intégrés et ont appris à apprivoiser la routine scolaire à l'école de l'Assomption.

Âgés de 5 à 12 ans, tous arrivaient avec un bagage différent. Qu'ils soient natifs de Syrie ou du continent africain, ces élèves débarquaient sans aucune base de français et des vécus différents en matière, notamment, de scolarisation. Certains n'avaient même jamais mis les pieds dans une école.

À l'école de l'Assomption, ils étaient réunis dans la classe de Chantal Proulx, mais avaient des activités en commun avec d'autres classes qui les parrainaient, selon leur âge.

«Je pense qu'ils ont fait une belle progression en français, commente la directrice par intérim de l'école, Julie Guillemette. Là où on voit vraiment qu'ils s'intègrent, c'est dans les routines. Ils sont à l'aise. Ils vont dîner avec leur groupe d'âge, avec leur classe de parrainage.»

«Ce qu'on voit aussi, c'est qu'à la cour de récré, ils se mêlent aux autres, ajoute-t-elle. Ce n'est plus ghettoïsé. On vit vraiment les fruits du parrainage. Ce qui m'a surprise, c'est que les élèves sont curieux de la différence. Les petits vont aller vers les grands. Il y a une attirance vers la différence.»

Les jeunes qui possédaient déjà une base scolaire ont eu plus de facilité à apprendre le français, selon elle, puisqu'ils arrivaient plus aisément à se concentrer. En septembre, environ la moitié des élèves restera en classe d'accueil. Les plus jeunes iront à Ave Maria et les plus vieux, à l'Assomption.

Quant aux autres, ils intégreront les classes régulières, dont une au secondaire. Ils auront tout de même droit à des cours de francisation. Déjà, une élève a changé de classe au courant des dernières semaines puisqu'elle avait fréquenté une école privée avant son arrivée et démontrait des forces dans certaines matières comme les mathématiques. Elle poursuit sa francisation en parallèle.

Certaines difficultés vécues cette année devraient donc être aplanies à l'automne, quoique des enfants provenant de la prochaine vague de réfugiés pourront se joindre à ces classes. À tout le moins, les écarts d'âge seront réduits et les membres d'une même famille ne se retrouveront plus tous ensemble, comme c'était le cas depuis février.

«On a une famille de six dans la même classe. Les problématiques qui se vivent à la maison se vivent aussi à l'école, explique la directrice adjointe. Les chicanes entre frères et soeurs, on ne vit pas ça dans nos classes normalement.»

Faire un bout de chemin

L'enseignante, que ses élèves appellent Madame Chantal, refuse de s'attribuer seule le mérite du succès de ses jeunes. «Les profs, on travaille tous fort, relève-t-elle. C'est toujours un travail d'équipe. J'ai eu de l'aide des bénévoles, des conseillers pédagogiques, des bibliothécaires de la commission scolaire qui sont venus passer une période pour raconter une histoire.»

«J'ai eu une interprète durant un mois. Toute seule, je n'y serais pas arrivée. J'ai aussi eu un don du Club Richelieu pour acheter du matériel. Le fait que tout le monde se soit impliqué, on arrive à un succès. On leur a donné beaucoup. Maintenant, c'est à eux de faire un bout de chemin avec ça.»

Mme Proulx a pu, au fil des semaines, augmenter son débit lorsqu'elle parle aux élèves et ces derniers la comprennent. Rencontrés le 16 juin, les élèves préparaient d'ailleurs des cartes de remerciements pour tous ceux qui leur sont venus en aide.

Même en vacances

Lorsqu'on leur pose des questions, les enfants répondent avec enthousiasme, surtout lorsqu'on aborde le sujet des vacances. «Si j'écoute la télé en français, je vais continuer à apprendre le français», dit fièrement Fatmaih, désireuse de ne pas perdre ce qu'elle a acquis.

La jeune Bidur, qui aime jouer à l'école, s'amusera pour sa part à donner des devoirs à ses frères et soeurs, une autre manière de continuer à intégrer la matière.

S'amuser au parc, dans les jeux d'eau ou encore dans la cour d'école: les idées ne manquent pas pour occuper leur premier été au pays. Mohammad, lui, veut déjà trouver du travail. Il espère pouvoir distribuer le journal et souhaite aussi planter des fruits et légumes.

Une chose est sûre: tous parviennent maintenant à se faire comprendre plus facilement autant à l'école qu'à l'extérieur de la classe.

«C'est sûr que les phrases ne sont pas complètes, il manque des mots, il manque des déterminants, mais le sens de la phrase est là, constate leur enseignante au terme de l'année scolaire. Par exemple, Frank se demande dans quelle classe il sera l'an prochain. Il me dit: "moi l'année prochaine où, moi quelle classe? " C'est sûr que ce n'est pas une phrase grammaticalement correcte, mais je l'ai compris. Ils se font de plus en plus comprendre.»

«Je suis très contente. Moi j'ai donné mon maximum, j'ai fait tout mon possible et c'est sûr que je suis fière d'eux, même si parfois c'était difficile. De voir qu'ils ont cheminé et qu'ils me font encore confiance, c'est gratifiant», glisse-t-elle.

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