Antoine, six ans et transgenre

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L'année scolaire a été pénible pour Antoine, qui a toujours senti qu'il était une fille dans un corps de garçon.

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) «Je m'y attendais. C'est pour ça que j'avais avisé l'école. On savait que ça allait arriver à un moment donné.»

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Depuis l'âge de 2 ans et demi, Antoine se sent différent. «Moi, je suis une fille!», fut l'une de ses premières phrases.

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«L'éducation d'un enfant, ça vient des parents, dit Kylliane Lachance. Il faut qu'ils expliquent aux jeunes enfants que des gens sont différents, que ça ne donne rien d'avoir des préjugés.»

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Kylliane Lachance est fatiguée. L'année scolaire a été difficile pour le plus vieux de ses deux enfants. Antoine, six ans, est souvent revenu de l'école avec des bleus sur les bras. On a volé ses mitaines, sa tuque. Des enfants ont tailladé ses vêtements avec des ciseaux. Sans compter toutes les fois où il s'est fait traiter de gai.

La semaine dernière, un élève l'a immobilisé dans la cour de récréation pendant qu'un autre lui coupait les cheveux. Ç'a été la goutte qui a fait déborder le vase pour l'employée d'Emballages Knowlton, qui a retiré son fils de l'école Ave-Maria.

«Il tremblait juste à en parler, indique la mère monoparentale de 28 ans. Avant, il se levait tout heureux le matin pour aller à l'école. Pas cette année.» À son ancienne école, l'Assomption, «tout le monde l'acceptait», dit-elle.

Car Antoine est transgenre. Depuis l'âge de 2 ans et demi, il se sent différent. «Moi, je suis une fille!», fut l'une de ses premières phrases.

«On l'a toujours su, dit Mme Lachance. Quand je lui confisquais ses poupées, il partait dessiner dans... des livres de Barbie. Il se mettait une doudou sur la tête pour imiter des cheveux longs. Pour lui, c'est naturel. Si on l'empêchait, il faisait des colères.»

Elle ajoute: «c'est pas juste un gars efféminé, c'est vraiment une fille.»

Habitudes

Une impression confirmée par plusieurs spécialistes. Encore aujourd'hui, le petit blondinet ne regarde pas Transformers, mais Cendrillon. Sa chambre déborde d'objets de princesses. Il est hypersensible et refuse de se battre, mais il refuse aussi de ne pas s'afficher.

Lors du passage de La Voix de l'Est, Antoine portait l'une des robes de sa mère, qui étonnamment lui fait. Du vernis à ongles, du violet à lèvres, des bracelets et des cheveux attachés en toque complètent son apparence. «À la maison, il est libre», dit sa mère. À l'extérieur, il s'habille en garçon, mais tient à sa coiffure et à son vernis à ongles.

«J'essaie de mettre des restrictions, dit Mme Lachance. On sait que c'est douloureux pour lui, on voulait pas en rajouter. Je lui ai fait comprendre que dans la vie, il y a toujours quelqu'un pour te rabaisser.»

Comme ce qui lui est arrivé cette année, après un déménagement.

Inacceptable

«C'était une école de mal élevés!», laisse tomber Antoine, d'un naturel timide, durant l'entrevue. Selon sa mère, il y a eu un manque de surveillance dans la cour de récréation, ce que réfute la commission scolaire (voir texte plus bas).

Elle juge qu'une telle situation, en 2016, est inacceptable. «On entend parler des transgenres à la télévision, dans les journaux. Et l'éducation d'un enfant, ça vient des parents. Ils sont capables de leur apprendre le respect. Il faut qu'ils expliquent aux jeunes enfants que des gens sont différents, que ça ne donne rien d'avoir des préjugés.»

«Je sais qu'il va en avoir encore [des cas d'intimidation] dans les prochaines années, dit Mme Lachance. Mais il faut commencer à changer les choses. Le but, c'est de sensibiliser tout le monde. Je ne veux pas qu'il se sente différent.»

Malgré ses problèmes à l'école, Antoine a des notes exemplaires. «Il est aussi gentil que les autres. Il a un corps, un coeur. À l'intérieur, ils sont comme tout le monde.» Le grand-père de l'enfant, Denis Métivier, signe d'ailleurs une lettre à ce sujet publiée aujourd'hui en page Opinions (voir dans la section).

Attente

Kylliane Lachance souhaite que son fils retourne à son ancienne école, une demande à laquelle Val-des-Cerfs a accédé, jeudi. Et elle attend de consulter un pédiatre spécialisé dans les transgenres, à Montréal.

«Après, je verrai les prochaines étapes, dit-elle. Je sais qu'il aimerait s'appeler Océane. Moi, je préfère Abigaëlle! D'ici là, je fais en sorte qu'il soit le mieux possible avec lui-même.»

Val-des-Cerfs tempère

La commission scolaire du Val-des-Cerfs reconnaît qu'Antoine a été «mêlé à des problèmes ponctuels» cette année, mais refuse de parler d'intimidation.

«Il s'agit de faits isolés, de situation différentes avec différents enfants», souligne Éric Racine, directeur général par intérim. L'intimidation, c'est quand on est victime de la même personne ou de la même clique.»

Selon M. Racine, l'enfant transgenre a «des difficultés sociales à s'affirmer» et ses problèmes ont été «réglés au fur et à mesure».

«En aucun cas, c'était en lien avec sa différence», dit-il.

Val-des-Cerfs nie aussi que la surveillance dans la cour de l'école Avé-Maria ait été déficiente.

Mais le directeur général par intérim admet que les incidents impliquant Antoine n'ont pas été «centralisés». Les responsables de l'école qu'il fréquentera à l'avenir seront mieux préparés, dit-il.

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