La richesse cachée des déchets encombrants

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Granby) Simon Courtemanche fait parfois du repérage dans les rues des municipalités de la MRC de la Haute-Yamaska. Il repère les gros encombrants que les gens ont laissés au bout de leur entrée. Son objectif: bien planifier la collecte des divans, causeuses, matelas, réservoirs à eau chaude, poussettes pour enfants, calorifères, tondeuses et tous les autres larges objets jetés par les citoyens.

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Comme chez Sani-Eco, les objets reçus aux écocentres de Granby et de Waterloo sont démantelés pour en extirper les matériaux de valeur comme le bois, les métaux et le plastique. Tout est recyclé.

Janick Marois

«On ramasse pas mal d'affaires. Il faut qu'on soit prêt», explique M. Courtemanche, coordonnateur aux opérations transports chez Sani-Éco. «On voit toutes sortes de choses. On a déjà ramassé un spa, des canots et même des bateaux», souligne-t-il.

Depuis 2014, une fois par mois, des camions de Sani-Éco sillonnent les rues des huit municipalités de la MRC pour assurer cette collecte spéciale. Tout est ramené aux installations de l'entreprise, situées dans la rue Édouard à Granby. Dès que les camions vident le contenu de leur benne dans la cour, plusieurs employés débutent un premier tri des objets. Ils n'ont qu'un seul but: récupérer tous les matériaux qui peuvent être revalorisés: bois, métaux, béton et plastique.

Tandis qu'un employé coupe et dévisse des morceaux de métal d'un micro-ondes, un autre enlève le tissu des divans pour en extirper le métal et le bois. Pendant ce temps, un opérateur de pelle mécanique transporte des dalles de béton dans un conteneur où s'entassent des centaines de morceaux de ciment. Un peu plus loin, un autre aide un entrepreneur en construction à vider sa remorque de morceaux de gypse et de vieilles fenêtres. Presque tout sera récupéré.

«Ces matières ont une grande valeur parce qu'elles peuvent être réutilisées pour plusieurs choses», signale Julie Gagné, dirigeante chez Sani-Éco. Le métal est très recherché tout comme le bois, indique-t-elle. Les bouts de planches et madriers, des rebuts provenant de chantiers de construction ou de rénovation, et les morceaux de bois prélevés des divans sont réduits en copeaux. Le tout est vendu aux sociétés papetières et aux producteurs en serre, dit-elle. Ils utilisent cette biomasse comme source d'énergie.

La demande pour la biomasse excède l'offre, signale Julie Gagné, «On a un camion-remorque de 45 pieds plein de copeaux qui sort d'ici tous les jours», fait-elle remarquer.

Révolution verte

Une petite révolution verte a secoué la MRC ces cinq dernières années dans sa gestion des gros encombrants. En 2011, des 807 tonnes ramassées au bord des rues, seulement 19 tonnes ont été revalorisées, le restant étant enfoui. C'est un minuscule taux de détournement de 2,4 %.

En lançant un service de tri en 2013, Sani-Éco a permis à la MRC d'améliorer son bilan. Le résultat est probant: en 2015, des 737 tonnes de gros encombrants laissées à la rue par les citoyens, seulement 90 tonnes se sont retrouvées au site d'enfouissement, 647 tonnes ayant été revalorisées. Le taux de détournement a monté en flèche pour atteindre 87,8 %.

Ces données font sourire Karine Denis. «Pour nous, c'est certain que c'est un grand pas en avant. Ce sont des matières qui peuvent encore servir. Ça améliore notre bilan», indique la responsable du Plan de gestion des matières résiduelles à la MRC.

Les deux écocentres opérés par la MRC contribuent également à améliorer la revalorisation des gros encombrants. Citoyens, entrepreneurs et commerçants peuvent apporter les gros objets dont ils ne se servent plus aux écocentres de Granby et de Waterloo.

Certains encombrants, comme les matelas, les gros appareils électroménagers et les téléviseurs, sont envoyés dans des entreprises spécialisées qui les démantèlent pour en extirper les matières recyclables. Pour les autres objets, des employés des écocentres s'occupent de les démonter, assure Gilles Pelletier, directeur général des deux sites.

Valoriser le réemploi

À travers tous ces encombrants, on en trouve qui peuvent encore servir, souligne M. Pelletier. Des matériaux de construction, des portes et des meubles en bon état sont ainsi mis gratuitement à la disposition des citoyens. «On reçoit des meubles, des vieux meubles qui ont besoin d'un peu d'amour, un peu de sablage, et de vernis. Ce sont des choses que l'on reçoit souvent et qui sont en demande. On a des gens qui viennent les chercher pour les réemployer», explique-t-il.

Depuis juillet l'an dernier,65 tonnes métriques (tm) de matériaux et de meubles ont été données par les écocentres. Des bicyclettes ont également été récupérées et données à Écolo-vélo du coeur, 10 tm métriques de cordes de bois ont été données à l'organisme Ma Vie en Main pour l'aider dans son financement et les citoyens ont pu prendre gratuitement 375 tm de paillis.

Plusieurs objets en bon état sont laissés dans... (Janick Marois) - image 2.0

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Plusieurs objets en bon état sont laissés dans les écocentres, notamment des portes en bois et en aluminium. Les citoyens sont invités à se les procurer gratuitement, tout comme le paillis produit à partir des branches récupérées. 

Janick Marois

D'une remorque à l'autre

L'objectif de Gilles Pelletier est d'augmenter le réemploi des objets laissés dans les écocentres. Le bâtiment en construction des installations de Granby permettra d'entreposer toutes sortes d'objets encore en bon état de marche et de les rendre disponibles aux citoyens.

«Quand on peut faire en sorte que ça va être réutilisé, on a réussi notre mission», indique le directeur général des écocentres de Granby et de Waterloo. Parfois, l'écocentre n'a pas à jouer un rôle d'intermédiaire.

Un jour, raconte M. Pelletier, un citoyen est arrivé à l'écocentre avec un gros barbecue dans sa remorque. Les brûleurs n'étaient plus bons et il voulait s'en débarrasser. Lorsqu'il est arrivé près du conteneur pour y déposer l'appareil, un citoyen stationné à côté a vu le barbecue. Les deux hommes se sont parlé.

«Pour lui, ça faisait son affaire. Ils l'ont tout simplement changé de remorque. Le monsieur est reparti avec le barbecue. Il l'a réparé et il l'utilise.»

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