Une pause en nature pour la santé mentale

Les participants du programme Ma vie en main... (Catherine Trudeau, La Voix de l'Est)

Agrandir

Les participants du programme Ma vie en main ont fabriqué 10 bancs en mélèze dans le cadre du projet «Une pause dans la nature pour ma santé mentale». Les bancs seront dispersés dans les sentiers du Centre d'interprétation de la nature du lac Boivin.

Catherine Trudeau, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marie-Élise Faucher
La Voix de l'Est

Les visiteurs du Centre d'interprétation de la nature du lac Boivin (CINLB) verront apparaître, dispersés dans les sentiers, une dizaine de nouveaux bancs en mélèze vernis. Bien plus qu'une invitation à s'asseoir le temps d'une pause santé en plein air, ces bancs ont permis à 11 personnes présentant des problèmes de santé mentale de se valoriser à travers l'apprentissage de l'ébénisterie.

«C'est pas mal de travail!», lance d'emblée Dave Lequin, qui faisait partie du groupe d'apprentis ébénistes. La phase «fabrication» du projet «Une pause dans la nature pour ma santé mentale» s'est déployée pendant deux mois, à raison de vingt heures de travail par semaine.

«Sabler les pièces, teindre, assembler, mettre du poté», énumère le soudeur de formation, c'est ce qui a occupé ses journées à l'atelier de la rue Laval, à Granby. Avec ses 10 comparses, ils ont appris à travailler le bois et à manipuler la machinerie, épaulés par le maître ébéniste Luc Racicot et Laure Houle, la responsable bénévole du projet.

Au-delà des nouvelles habiletés acquises, ces jeunes ont grandi sur le plan personnel. «Ça m'a mis plus en contrôle», approuve Dave Lequin, qui relève aussi une amélioration de son estime de soi et de sa façon de travailler en équipe.

Des notions qui leur seront fort utiles au moment de réintégrer le marché du travail, comme le soulève Danny Lamoureux. «Le programme Ma vie en main, c'est un programme d'entraînement aux habiletés de travail, supporté par un suivi intensif dans le milieu», explique le psychoéducateur, qui assurait la passerelle entre le programme et le milieu de vie des patients. Le but visé, précise-t-il, est qu'ils quittent l'aide sociale pour aller travailler en entreprise.

La première cause d'invalidité au travail est la maladie mentale, avant les maux de dos.

Meilleure concentration

La plupart des participants au programme Ma vie en main présentent un diagnostic de maladie psychotique, souvent la schizophrénie, précise Danny Lamoureux. «Des fois, quand ils passent une mauvaise nuit parce qu'ils ont entendu beaucoup de voix, ils peuvent arriver à l'usine et demander: peux-tu me mettre dans une tâche où ma concentration ne serait pas requise parce que je pourrais m'exposer à me blesser?», mentionne le psychoéducateur.

L'effet inverse aussi est possible, comme en témoigne Louis St-Martin, pour qui le travail manuel aide à la concentration.

«Ça fait de quoi à faire, ça nous change les idées. Avec la maladie, des fois on ne sait plus trop quoi penser, ça roule vite dans la tête. Pendant que je fais de quoi, je ne pense plus à d'autres choses, je ne pense plus à rien, je pense à ça. C'est important, ça nous aide en santé mentale», relate-t-il.

Santé mentale et nature: un lien direct

Si la fabrication des bancs a été bénéfique aux jeunes souffrant de problèmes de santé mentale, l'installation des bancs au CINLB représente la continuité du message. En effet, des études scientifiques confirment le lien direct entre la nature et une bonne santé mentale.

Médecin psychiatre à l'hôpital de Granby et membre du c.a. de la Fondation Ma vie en main, Geneviève Ross parle des effets positifs de prendre l'air chaque jour.

«Ça diminue l'inflammation du corps, ça augmente le sentiment de bien-être, ça baisse la tension artérielle, ça ralentit le rythme cardiaque. Au niveau de la santé mentale, ça diminue l'anxiété. Ça diminue aussi la colère, l'agressivité», rapporte-t-elle.

La présidente du CINLB, Éveline Brien, met l'emphase sur la clientèle plus âgée du centre, qui y retrouve les bienfaits physiques et moraux de la nature. «En ce sens, avoir plus de bancs, plus d'occasions de se reposer, de s'asseoir pour jaser ou juste contempler la nature, ça ne peut qu'aider le centre et sa fréquentation», dit-elle. En 2014, 160 000 visiteurs ont fréquenté le CINLB.

Programme Ma vie en main

La Fondation Ma vie en main est un organisme qui soutient la réadaptation par le travail des personnes présentant des problèmes de santé mentale. L'organisme assure le financement du programme du même nom, supporté par la Société de Formation Industrielle de l'Estrie (SOFIE), le CIUSSS de l'Estrie et Emploi-Québec.

Le projet «Une pause dans la nature pour ma santé mentale» a pu être réalisé grâce à la participation financière de l'entreprise pharmaceutique Janssen, de l'ordre de 3000$.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer