Des professionnels de la santé inquiets pour la population

Emmanuel Breton, responsable régional de l'APTS, Dr Jean... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Emmanuel Breton, responsable régional de l'APTS, Dr Jean Joly puis Isabelle Mantha, respectivement microbiologiste et technologiste médicale au CHG ainsi que Carine Bergeron, technicienne en laboratoire à Fleurimont, ont tour à tour dénoncé la centralisation des analyses à Sherbrooke, mercredi.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Le projet Optilab qui, dans la région, consiste à centraliser la plupart des analyses de laboratoire à Sherbrooke, sème plus que jamais l'inquiétude au sein des effectifs médicaux. Des transferts d'employés vers l'établissement central ainsi que des dizaines de pertes d'emplois sont appréhendés par l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). Le syndicat estime également que les patients écoperont en raison de l'efficacité du traitement des échantillons.

Au total, huit laboratoires du territoire du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie seront touchés par le projet Optilab, qui doit entrer en vigueur en 2019. Seules les analyses prioritaires, émanant entre autres de l'urgence et des soins intensifs, seront maintenues localement. À eux seuls, le Centre hospitalier de Granby (CHG) et l'établissement Brome-Missisquoi-Perkins (BMP) de Cowansville perdront près de 60 % de leurs analyses globales. Une situation que dénoncent les membres l'APTS.

Isabelle Mantha, technologiste médicale au CHG depuis 16 ans, a dressé mercredi le portrait de la situation. «On s'est fait annoncer les premières démarches en décembre 2012. Depuis ce temps, c'est comme si on a toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Notre inquiétude remonte chaque fois qu'il y a une annonce, a-t-elle indiqué. Quand on nous dit qu'il restera 38 % [des analyses] à Granby et que 100 % égalent 50 technologistes, la règle de trois se fait facilement. On peut penser qu'il restera 17-18 technologistes.» D'ailleurs, des dirigeants du CIUSSS de l'Estrie venaient tout juste de faire le point sur le projet Optilab avant la rencontre avec les médias, mercredi.

Inefficacité

Le fait que les spécimens cheminent sur des dizaines de kilomètres vers le laboratoire de Fleurimont, soit une centaine de kilomètres dans le cas du CHG, laisse notamment présager de nombreuses erreurs et bris d'échantillons, a pour sa part fait valoir Emmanuel Breton, responsable régional pour l'APTS.

Des inquiétudes quant à l'inefficacité d'Optilab ont également été soulevées par des effectifs de l'établissement central affilié au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), dont la technicienne en laboratoire Carine Bergeron s'est faite la porte-parole. «On ne sait pas ce qui se passe. On voit les volumes augmenter pour l'instant. On fait plus avec moins. On n'est pas remplacés. Ça occasionne des délais qui ont un impact directement sur le patient, a-t-elle déploré, précisant que le personnel est déjà en "surcharge". Il y a déjà des échantillons qui se perdent et Optilab n'est pas encore commencé.»

La réorganisation des laboratoires et la centralisation du système informatique apporteront aussi leur lot de problèmes, a mentionné M. Breton. «En ce moment, les équipements ne se parlent pas [entre les laboratoires]. Une technologiste médicale peut regarder dans le dossier d'un patient pour vérifier les antécédents de maladie, a-t-il cité en exemple. Si elle est à Granby, elle peut voir les données de Cowansville, mais pas celles de Sherbrooke [ou ailleurs dans le territoire]. Ça va prendre l'implantation d'un nouveau système.»

Perte d'expertise

Le Dr Jean Joly, microbiologiste au CHG, a également soutenu le mouvement contestataire de l'APTS concernant la centralisation des analyses de laboratoire à Sherbrooke «au détriment» des hôpitaux régionaux. «Dans un domaine comme la microbiologie, une des analyses importantes, c'est de regarder le spécimen directement. Si vous regardez uniquement les spécimens urgents, vous perdez de l'expertise et vous avez plus de difficulté à les interpréter», a-t-il fait valoir.

Le Dr Joly a aussi soulevé le manque de transparence du CIUSSS de l'Estrie dans le dossier jusqu'ici. «Un des aspects inquiétants est qu'on nous parle d'investir à Sherbrooke pour aménager les laboratoires et d'un désinvestissement ici. Malgré des demandes répétées, personne ne nous a fourni d'analyses de coûts», a clamé le spécialiste de la santé.

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