Brancher les régions, «un besoin essentiel»

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«Des pays sous-développés ont une meilleure desserte des télécommunications que notre propre territoire», s'étonne Paul Sarrazin.

Catherine Trudeau, Archives La Voix de l'Est

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Marie-Élise Faucher
La Voix de l'Est

Parce qu'il s'agit d' «un besoin essentiel», l'accès aux télécommunications en région doit devenir une priorité nationale. C'est le message qu'envoie la Fédération québécoise des municipalités (FQM) à Québec et à Ottawa. Le maire de Sainte-Cécile-de-Milton siège au Comité d'action sur l'accès aux technologies de l'information et de la communication en région, qui a tenu ses première rencontres cette semaine. Paul Sarrazin plaide pour que les sommes annoncées par les deux ordres du gouvernement soient réparties de façon équitable entre les régions et les grands centres urbains.

«Parce que le potentiel de rentabilité n'atteint pas X, on charge aux municipalités, mais quand on veut faire du déploiement avec des technologies plus avancées dans les milieux urbains, il n'y pas de problème.»

C'est ce que déplore Paul Sarazzin, souvent interpellé par les citoyens à propos de la piètre desserte d'Internet dans la région. Le maire estime que 40% des résidents de Sainte-Cécile-de-Milton n'ont pas accès à une connexion de qualité.

«Dans le 3e rang, par exemple. Si demain matin la municipalité appelle un fournisseur et lui dit: on veut que ce territoire soit couvert, il va nous répondre ''pas de problème'' et nous envoyer une offre de service de 580 000$. Pourquoi on payerait 580 000$ avec nos citoyens quand les gens des centres urbains n'ont pas eu à défrayer?» questionne-t-il.

Alors que 80% de la population est bien desservie, 80% du territoire provincial, lui, ne l'est pas. «L'Afrique est mieux desservie que le Canada et le Québec. Des pays sous-développés ont une meilleure desserte des télécommunications que notre propre territoire», s'étonne Paul Sarrazin.

Pas rentables, les régions

La logique entourant l'implantation d'Internet haute vitesse en milieu rural va comme suit: la demande, en termes de population, dans un secteur non desservi, doit être assez grande pour que l'installation de la fibre optique soit rentable.

Autrement dit, les Vidéotron et Bell ont besoin d'une garantie que le nombre d'abonnés à leurs services Internet amènera davantage d'argent dans les coffres que les frais encourus par l'installation de la fibre.

Paul Sarrazin relève l'exemple de la municipalité de Saint-Joachim, qui a dû passer par un programme de subvention pour installer la fibre optique à la grandeur de son territoire.

«Les gros joueurs se dépêchent à développer les secteurs très urbanisés où il y a un grand bassin de population et où, on ne se le cachera pas, l'argent est», critique-t-il.

Ça vaut aussi pour la couverture cellulaire, qui est déficiente à plusieurs endroits sur le territoire de la Haute-Yamaska. «Même quand on veut se parler entre nous, indique le maire, de 30 à 40% de la population doit faire un longue distance. On a besoin d'une ligne 1-800 pour pas que ce soit des interurbains», dit-il pour illustrer que la problématique ne touche pas seulement les régions éloignées, mais aussi les banlieues des grandes villes.

Incitatif

La problématique est telle qu'elle pourrait décourager des résidents potentiels à s'établir en région.

«Avant, les gens s'assuraient qu'il y avait une école, un bureau de poste. Aujourd'hui, ils nous demandent: quelle est votre desserte Internet? Quel est votre réseau cellulaire?» mentionne Paul Sarrazin. Il donne l'exemple du télétravail comme incitatif à s'installer dans une région bien desservie plutôt qu'une autre.

Pour que les régions continuent d'être attrayantes et qu'elles «demeurent en vie», le gouvernement doit leur donner les moyens de mettre en place une couverture cellulaire et un Internet haute vitesse digne du 21e siècle, croit la FQM.

Paul Sarrazin rappelle l'époque de la Grande Noirceur en guise de comparaison. «Quand ils ont électrifié le Québec dans les années 1950, ils n'ont pas dit: dans certaines municipalités vous allez payer plus cher. Ils ont dit: on passe des lignes, des poteaux pis on branche le Québec.»

Répartition équitable

La demande du Comité de la FQM au gouvernement est la suivante: que les sommes annoncées - 500 millions$ au fédéral, 100 millions$ au provincial - soient investies de manière équitable entre les milieux urbains et ruraux.

«Si ces mesures ne sont pas mises en place, le service sera de plus en plus performant dans les milieux urbains au détriment des régions», clame Paul Sarrazin, qui précise qu'aucune réglementation n'existe à ce sujet. «C'est le privé qui dicte les règles du jeu», résume-t-il.

Les modalités du programme Québec branché sont toujours inconnues, mais le Comité doit rencontrer les grands distributeurs privés et les acteurs politiques à la mi-août. Il entend interpeller la ministre Dominique Anglade, responsable de la Stratégie numérique, et la ministre Mélanie Joly, responsable du CRTC, afin que soit mise en place une stratégie qui répondra à la réalité des régions.

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