Traverser le Canada... à pied

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Mélina Quérel campera, pêchera et marchera dans la nature canadienne, à travers forêts et vallées, longeant des rivières et affrontant les intempéries. Sans cellulaire, sans technologie de communication.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) «C'est quelque chose que je sentais que je devais faire, sinon j'aurais été misérable.» Voilà comment Mélina Quérel aborde le projet qu'elle s'est donné. Le temps de deux étés, la jeune femme originaire de Granby parcourra le Canada à pied.

Elle campera, pêchera et marchera dans la nature canadienne, à travers forêts et vallées, longeant des rivières et affrontant les intempéries. Sans cellulaire, sans technologie de communication. L'aventure, intitulée «Remapping and Deconstructing Canada», représente à la fois une démarche personnelle et artistique pour l'étudiante de 24 ans, qui entamera cet automne une maîtrise en art appliqué à l'Université Emily Carr en Colombie-Britannique. D'ailleurs, c'est cette admission inattendue qui scinde le voyage en deux parties; initialement, elle devait franchir le pays en une seule traversée.

«J'ai réalisé que j'aime produire de l'art, particulièrement de l'art de performance où je me place dans différents scénarios, mais on a plein de distractions au quotidien qui peuvent nous empêcher de nous y consacrer pleinement», explique celle qui était de passage dans la région ces derniers jours pour recevoir son baccalauréat en Arts et théâtre de l'Université Bishop's.

«J'aime l'idée de se déconnecter alors qu'on est dans une époque où on est constamment connectés les uns les autres à travers différents réseaux, poursuit la jeune femme. L'idée d'aller dans les bois pendant trois mois m'est venue en tête. Je faisais souvent de longues randonnées. Ça te change mentalement et physiquement. Alors mon projet, c'est d'observer comment ça me change, pour savoir aussi si c'est vraiment dur de se déconnecter.»

Préparer

Mélina Quérel ne s'est toutefois pas lancée dans son projet sur un coup de tête. Elle a commencé à en parler à son entourage il y a un an, en plus de planifier son itinéraire. De longues balades quotidiennes, où elle augmentait graduellement le poids de son sac, lui ont permis de se préparer physiquement à la randonnée.

«Mais tu ne seras jamais complètement prêt mentalement» précise la jeune femme.

Pour financer l'achat d'équipement nécessaire à l'atteinte de son objectif, Mélina a mis son projet sur la plateforme de sociofinancement Indiegogo, en espérant amasser les 5000$ souhaités. Selon le montant reçu, elle offrira quelques surprises à ses donateurs, allant d'un remerciement sur sa page Facebook à des cartes postales, croquis et, pourquoi pas, un exemplaire de son journal de bord. «Ça serait un livre artistique avec des photos, des dessins, des peintures, et une partie de mes réflexions et de mes idées», explique l'artiste.

L'équipement nécessaire doit d'être assez bonne qualité pour résister aux aléas du voyage. «C'est une question de confort, mais aussi de sécurité», précise Mme Quérel, qui en plus de son matériel de camping, utilise deux caméras, qu'elle charge avec un panneau solaire portatif. Elle porte aussi un dispositif de géolocalisation qui lui permet de communiquer indirectement avec ses proches, qui peuvent savoir à quel endroit elle se trouve et si tout va bien.

«Ça permet de rassurer ma famille, parce que c'est normal qu'elle s'inquiète, de dire l'aventurière. Ça peut être stressant de laisser une fille partir seule pour marcher à travers le Canada et camper dans le bois, sans cellulaire.»

Mélina sera facilement reconnaissable le long du sentier... (Tirée de Facebook) - image 3.0

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Mélina sera facilement reconnaissable le long du sentier transcanadien grâce à sa cape imperméable rouge. Il lui arrivera de bifurquer de l'itinéraire pour se rendre hors des sentiers battus, car elle souhaite contourner les grandes villes. 

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Vivre l'instant présent

Son périple s'est amorcé en Nouvelle-Écosse le 10 mai dernier. En trois semaines, elle a traversé les provinces Maritimes, jusqu'à Moncton, au Nouveau-Brunswick. La jeune femme était de passage à Granby au cours des derniers jours pour souligner sa graduation en arts à l'Université Bishop's. Lundi, elle reprendra son pèlerinage à pied de Sherbrooke jusqu'à Moncton.

Mélina sera facilement reconnaissable le long du sentier transcanadien grâce à sa cape imperméable rouge. Il lui arrivera de bifurquer de l'itinéraire pour se rendre hors des sentiers battus, car elle souhaite contourner les grandes villes.

«La première semaine, c'est très dur physiquement, mais encore plus du point de vue du mental. Tu te demandes ce que tu es en train de faire. Il se passe tellemement de choses dans ta tête. En temps normal, tu n'as pas le temps de penser dans une journée, avec toute l'information. Et puis, tu y vas un pas à la fois, une journée à la fois. Et tu te rends compte que tu as traversé une province. Plus tu marches, plus c'est facile.»

Déjà, elle dresse plusieurs constats de son expérience, qui lui servira de projet pour sa maîtrise. «J'aimerais aussi pouvoir créer une carte du Canada basée sur ma marche, pour aider le public à comprendre ma démarche», affirme celle qui tient un journal de bord écrit et audiovisuel. Les informations collectées tout au long de son périple pourraient aussi servir à créer une exposition dans laquelle les visiteurs se trouveraient dans l'esprit de la voyageuse.

«J'imaginais pouvoir faire plus de kilomètres chaque jour. Je réalise que c'est mieux d'apprécier l'expérience, même si on va moins vite», affirme Mélina.

«Tu penses à la vie aussi. Tu as le temps de développer tes idées, note-t-elle. Mais j'ai aussi compris qu'on se plaignait tellement pour rien durant une journée. On imagine aussi que nos besoins sont beaucoup plus grands qu'ils ne le sont réellement. Les petites choses sont sources de bonheur. Juste d'être dans ma tente, le soir, à brosser mes cheveux, c'est la joie!»

Elle réalise aussi que malgré la préparation, les imprévus font constamment changer le périple. En bout de ligne, même si elle est loin d'avoir terminé son aventure, Mélina sent qu'elle est sur la bonne voie. «Tu déconnectes, mais tu reconnectes à autre chose. T'entends la nature tout autour de toi. Les hiboux, les chevreuils, les lapins. Ils sont gros, les lapins! C'est presque magique: tu n'es pas dans un zoo ou dans une animalerie: tu es chez eux, dans la nature.»

On peut suivre le périple de Mélina en direct sur ses pages Instagram (@melinaquerel) et Facebook page (Melina Querel Artist).

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