Granby régresse à nouveau

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Le temps moyen de séjour à l'urgence de l'hôpital de Granby a augmenté de plus de sept heures depuis 2014, atteignant près de vingt-deux heures.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Il y a à peine deux ans, l'hôpital de Granby occupait le sommet du palmarès des urgences de La Presse dans sa catégorie. Or, l'établissement de soins de santé a vu son enviable note globale de B+ chuter à C- depuis cette période. Le temps moyen de séjour s'est entre autres accru de plus de sept heures comparativement à 2014, atteignant près de vingt-deux heures. En ce qui concerne l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP), c'est le statu quo en queue de peloton.

Des montagnes russes. C'est l'image qui vient en tête lorsqu'on observe le parcours du Centre hospitalier de Granby (CHG) au classement des urgences ces dernières années. Les effets de l'important coup de barre donné par les dirigeants de l'organisation pour se hisser parmi l'élite semblent s'estomper.

D'ailleurs, le député de Granby, François Bonnardel, ainsi que son collègue critique en matière de santé, François Paradis, ont récemment fait une incisive sortie médiatique concernant la situation à l'urgence du CHG. Les données du plus récent palmarès ont à nouveau fait vivement réagir le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec (CAQ).

«À l'école, on se poserait la question à savoir pourquoi notre enfant a perdu le cap. Depuis deux ans, le ministre [de la Santé] a mis en place des mesures qui ne fonctionnent pas ici à Granby. Moi, je n'accepte pas ces résultats!, a-t-il lancé en entrevue. On est capables de faire beaucoup mieux dans notre urgence. L'idée, ce n'est pas d'accuser des gens [dans le réseau de la santé]. (...) Je suis persuadé qu'on a tous les outils en place, avec nos médecins, nos infirmières et le personnel administratif pour être dans la moyenne québécoise, sinon au-dessus. Il faut trouver les problématiques et se retrousser les manches.»

Dans ce but, François Bonnardel veut rencontrer des médecins de l'urgence dès la fin de la session parlementaire, le 10 juin. «Je veux voir de quelle façon on peut les aider à rendre notre urgence plus efficace», a-t-il indiqué.

Crescendo

Le palmarès prend en compte quatre critères. Le premier est la durée moyenne du séjour à l'urgence. À ce chapitre, le CHG a un des pires bilans des 18 établissements de son groupe (plus de 10 000 patients sur civières annuellement), affichant 21 h 42. La cible maximale fixée par Québec est de 12 h.

Le pourcentage des personnes âgées de 75 ans et plus et la quantité de cas sur civière nécessitant une hospitalisation figurent aussi parmi les données servant à l'évaluation globale. Ces statistiques sont demeurées stables à Granby au cours des deux dernières années, s'élevant respectivement à près de 30 % et 36 %. Le taux de séjours de 48 heures et plus complète la liste. Le CHG avait réussi le tour de force d'abaisser cet indice à 0,4 % en 2014. Il s'agissait d'un des meilleurs résultats au Québec. Or, cette balise a monté en crescendo, atteignant 4,3 % l'année suivante, pour bondir à 9,6 % au classement de 2016.

Léger recul pour BMP

Avec une note globale de C, l'hôpital BMP est encore au bas du classement dans la catégorie «moins de 10 000 patients sur civières par an». En fait, l'établissement de soins de santé de Cowansville a glissé de trois positions au palmarès, passant du 34e au 37e rang sur 43. Soulignons toutefois que l'hôpital avait reçu une cote D il y a quelques années. Alors que la durée moyenne des séjours à l'échelle provinciale a baissé d'une heure relativement à 2015, soit 15 h 42, cette donnée n'a pas bougé d'un iota en deux ans à BMP, qui affiche 16 h 54. Idem pour le taux de patients qui demeurent deux jours et plus à l'urgence. Cette statistique a fléchi de 0,3 % depuis le dernier recensement. De même, les pourcentages de patients de 75 ans et plus (27,9 %) ainsi que celui des hospitalisations (31,6 %) ont légèrement diminué.

«Il faut donner un coup de barre»

«Il y a quelque chose qu'on faisait avant qui était correct et qui ne l'est plus maintenant». C'est en ces mots qu'a réagi le Dr Michel Camirand, directeur adjoint des services professionnels du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie, concernant la dégringolade de l'hôpital de Granby au palmarès des urgences de La Presse.

Passer d'une durée moyenne de séjour à l'urgence de 14h36 à 21h42 en deux ans est loin d'être reluisant comme bilan pour l'établissement de soins de santé de Granby, a concédé le Dr Camirand, également responsable de l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP) de Cowansville. Idem pour le taux de séjours de 48 heures et plus, qui a bondi à 9,6% alors qu'il était de 0,4% en 2014.

Selon le Dr Camirand, la forte croissance démographique de la région jumelée au ressac du vieillissement de la population pourraient être en cause. «Lorsqu'on regarde la durée moyenne de séjours sur civières, il faut toujours se poser la question. Est-ce que c'est un problème ou une conséquence? Dans ce cas-ci, on a à peu près le même personnel au cours des deux dernières années. Donc, c'est quelque chose de nouveau qui est arrivé. On a vu la situation commencer à se détériorer à Granby en 2014-2015. On s'est rendu compte que nos effectifs de travail, qui étaient très performants, ne l'étaient plus en termes de chiffres.»

Or, le pourcentage de personnes âgées de 75 ans et plus, un des quatre critères d'évaluation des établissements au classement, est demeuré quasi inchangé en deux ans au Centre hospitalier de Granby (CHG), s'élevant à près de 30%. En ce qui concerne l'accroissement démographique, le Dr Camirand a souligné que la population de la Haute-Yamaska a augmenté de 15% au cours des dernières années relativement à 8% pour l'ensemble du territoire estrien.

En mode solutions

Le CIUSSS de l'Estrie a mis de trois à quatre mois pour analyser la situation à l'urgence de Granby, a mentionné Dr Camirand. Celui-ci est d'avis que le passage du CHG et de BMP dans le giron de l'Estrie, lors de la récente réforme du système de santé, n'a pas eu d'incidence sur le recul de Granby au palmarès. «Est-ce que le changement de structure a pu créer un impact [sur la performance de l'urgence]? Il faut le mesurer. Si oui, il faut corriger le tir. Mais à date, un problème de gouvernance au CIUSSS de l'Estrie n'est pas dans les hypothèses retenues.»

Le Dr Camirand a souligné que des actions concrètes seront entreprises «dès cet été» à l'urgence de Granby. Ces mesures s'articuleront autour de trois axes. Le premier consiste à revoir l'attribution des congés. Le second point est la révision des services offerts aux personnes âgées, notamment le soutien à domicile. L'évaluation globale des méthodes de travail à l'urgence complète le tableau. «Il faut donner un coup de barre, c'est évident. On est en train de s'adapter. Les équipes sont très motivées et on va y arriver.»

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