Les missions méconnues des jardins zoologiques

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(GRANBY) Il se passe plus de choses dans les jardins zoologiques qu'on pourrait l'imaginer. En plus de donner accès au public au monde animal, ils travaillent pour mieux le connaître et protéger ses différentes espèces. Comme le font d'autres institutions, le Zoo de Granby investit dans la recherche et la conservation d'animaux ici et à l'étranger. Éclairage sur ces missions méconnues.

Les enclos des fauves d'Afrique, le bassin des hippopotames et la grande prairie occupée par les éléphants d'Afrique et les girafes comptent parmi les coins les plus prisés des visiteurs au Zoo de Granby. Mais loin des regards, cachée sur le côté du pavillon d'accueil, une discrète roulotte de construction abrite un étonnant laboratoire. C'est ici, depuis deux ans, que des tortues-molles à épines, une espèce menacée au Québec, viennent au monde.

«On travaille beaucoup sur la tortue-molle à épines au lac Champlain pour son rétablissement. On ramasse les oeufs, on les incube en captivité puis on retourne les jeunes quelques mois plus tard en nature», explique Patrick Paré, directeur conservation et recherche au Zoo de Granby.

En juin dernier, 22 tortues-molles à épines ont ainsi été relâchées dans la rivière aux Brochets à Pike River. Dans deux semaines, une vingtaine d'autres, âgées de dix mois, iront les rejoindre. Pour pousser la recherche plus loin, cinq de ces reptiles ont été munis d'un microémetteur, un fait d'armes rendu possible grâce à la dextérité du vétérinaire du Zoo qui a réussi à les coudre (avec des points fondants) sur leur carapace. «On veut savoir où elles iront. Est-ce qu'elles s'en iront vers le lac Champlain? Est-ce qu'elles resteront dans la rivière? Est-ce qu'elles chercheront à remonter un des petits ruisseaux? On veut le savoir. Ça peut nous aider à améliorer leur taux de survie quand on les met à l'eau», dit le biologiste.

Ce projet s'inscrit dans la politique de conservation et de recherche du Zoo de Granby. Lancée en 2013, celle-ci comprend trois axes: la préservation de la biodiversité, le bien-être animal au Jardin zoologique (voir encadré: Flamands roses et chauves-souris) et la médecine vétérinaire.

L'un des premiers mandats du Zoo a été de procéder à l'inventaire faunique et floristique des boisés Miner, cette grande forêt de 135 hectares achetée par la Ville de Granby et transformée en parc naturel. Les biologistes du Jardin zoologique ont recensé une quarantaine de milieux humides, inventorié les couleuvres, chauves-souris, micromammifères (souris, musaraignes, campagnols, mulots), procédé au pistage des plus gros mammifères l'hiver. Ils ont mandaté le Club d'observateurs d'oiseaux de la Haute-Yamaska pour faire la recherche d'ornithologie. «Ils ont fait un excellent inventaire. Ç'a été un travail de plus de 150 heures d'observation», note M. Paré.

Ces inventaires servent de base de données pour assurer la protection de ces espèces, signale ce dernier. «La Ville a protégé les boisés à perpétuité. C'est une bonne nouvelle. Notre rôle au Zoo est maintenant d'optimiser la protection de ces espèces-là. Pour nous, l'importance de trouver ces animaux-là, c'est de savoir comment se comportent les boisés. Est-ce qu'ils sont assez accueillants pour des espèces comme celles-là? On veut voir également si leurs proies sont suffisantes. Donc, c'est de l'acquisition de connaissances. On va pouvoir éventuellement diffuser ces connaissances avec à nos citoyens.»

Trois espèces seront surveillées de près pour éviter leur disparition: la salamandre à quatre orteils, l'ail des bois et tout le groupe des chauves-souris. Celles-ci sont menacées en Amérique du Nord, a signalé Patrick Paré.

Dans deux semaines, une vingtaine de tortues-molles à... (Janick Marois, La Voix de l'Est) - image 2.0

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Dans deux semaines, une vingtaine de tortues-molles à épines, âgées de dix mois, seront relâchées dans la rivière aux Brochets à Pike River. Cinq d'entre elles ont été munies d'un microémetteur. «On veut savoir où elles iront. Est-ce qu'elles s'en iront vers le lac Champlain? Est-ce qu'elles resteront dans la rivière? Est-ce qu'elles chercheront à remonter un des petites ruisseaux? On veut le savoir. Ça peut nous aider à améliorer leur taux de survie quand on les met à l'eau», explique le biologiste Patrick Paré.

Janick Marois, La Voix de l'Est

Partenariat universitaire

Un partenariat avec l'Université Concordia a permis d'analyser l'habitat au Zoo des macaques japonais. Une étude similaire est en cours pour celui des wallabies. Leurs habitats sont-ils convenables? demande M. Paré. «Ce qu'on veut savoir dans le fond, c'est: est-ce que les animaux sont bien, est-ce qu'ils vivent du stress, est-ce que le visiteur est un enrichissement positif ou négatif?»

Sur la scène internationale, le Zoo de Granby assiste des biologistes africains dans un projet de conservation au parc national de Campo Ma'an au Cameroun. Près de 700 gorilles des plaines habitent le site. Le projet, indique M. Paré, consiste à acquérir des connaissances sur l'habitat de l'animal, à soutenir la lutte contre le braconnage et à sensibiliser les communautés limitrophes pour obtenir leur soutien.

Le biologiste se rendra en Afrique dans les prochains mois pour poursuivre cette collaboration.

Le dernier volet de la recherche concerne la médecine vétérinaire. Les vétérinaires du Jardin zoologique continuent d'améliorer leurs techniques et approches sur toutes les questions touchant la prévention, la nutrition, les procédés d'anesthésie, de castration et la médication. Toutes les données et découvertes sont partagées dans l'ensemble des zoos, a dit M. Paré. «Au niveau de la recherche et des connaissances, il n'y a pas de concurrence entre nous. On partage tout pour le bien des animaux.»

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