La fibre d'asclépiade fait ses preuves sur l'Everest

Jean-François Tardif affirme que les vêtements fabriqués avec... (Fournie par Jean-François Tardif)

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Jean-François Tardif affirme que les vêtements fabriqués avec l'isolant de fibre d'asclépiade, une technologique granbyenne, qu'il a mis à l'essai à l'Everest ont tenu leur promesse.

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Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est

(Granby) Avoir trop chaud dans les conditions climatiques difficiles du mont Everest, c'est possible. L'alpiniste québécois Jean-François Tardif l'a expérimenté, vêtu d'une combinaison à base de fibre d'asclépiade, cet isolant textile naturel développé par Protec-Style.

Freiné à 7000 mètres d'altitude par un oedème pulmonaire, M. Tardif n'a pas pu atteindre le sommet. Mais les vêtements et la couverture confectionnés avec l'asclépiade qu'il a testé durant plus d'un mois l'ont tenu au chaud, a-t-il assuré à La Voix de l'Est, qui l'a rencontré dans les locaux de l'entreprise granbyenne.

«J'ai porté la combinaison entre le camp deux et le camp trois. Mais je ne l'ai pas portée longtemps parce que j'avais trop chaud. Quand on est parti le matin, il faisait -22 (degrés Celsius) et c'était beaucoup trop chaud. Les autres équipes ont gardé leur suit, mais moi je l'ai enlevé», a raconté l'alpiniste.

Cette expédition au mont Everest représentait un des tests ultimes pour la fibre, issue d'une plante considérée par d'aucuns comme une mauvaise herbe et exploitée par Monark, la PME créée pour commercialiser cette nouvelle technologie.

Outre sa combinaison une pièce - orange, comme les papillons monarques -, Jean-François Tardif a aussi mis à l'essai un manteau court et une couverture. Il a utilisé cette dernière en guise de matelas de sol. «On s'est rendu compte que même si on compresse l'isolant, ça reste chaud. Ça a été une belle découverte», dit-il.

Curiosité

L'alpiniste dit par ailleurs avoir porté son manteau sur une base quotidienne. Cet autre vêtement a aussi tenu ses promesses. Et il n'a, semble-t-il, pas manqué d'attirer l'attention des autres équipes d'alpinistes rencontrées sur la montagne, car il a pour particularité d'être mince, léger et d'avoir une coupe ajustée. «Les gens venaient nous voir pour voir ce que c'est. (...) Leur première impression, c'est qu'ils croient qu'on gèle avec ça. Mais quand ils l'essaient, ils voient que c'est chaud», dit Jean-François Tardif.

«C'est ça qui est l'fun avec ce test-là, c'est de comprendre qu'on n'a pas besoin d'être gros (avec un vêtement isolant volumineux) pour avoir chaud. C'est ça l'innovation: tu peux avoir quelque chose de fit, conserver une liberté de mouvement», affirme Janique Scott, présidente de Monark.

Selon elle, les «tests terrain» de Jean-François Tardif ont permis de valider les prétentions de l'entreprise. «C'était important pour nous de valider les propriétés, par exemple en se couchant dans la neige, et de vérifier le comportement de l'isolant à l'intérieur du manteau avec un humain plutôt qu'en laboratoire. On est super satisfaits», affirme Mme Scott.

Seule (mince) déception, dit-elle, l'asclépiade, aussi baptisée fibre de soyer, n'aura pas pu être testée dans des conditions climatiques extrêmes, comme celles qui peuvent prévaloir sur le toit du monde. Le mercure s'est montré plutôt clément durant le passage de l'alpiniste à l'Everest.

Pour avoir auparavant testé la combinaison aux monts Washington, Lafayette et autres, Jean-François Tardif avait une confiance absolue envers la technologie. Même si un paquet de gens lui ont dit de prévoir des vêtements en «back up» dans ses bagages, il dit n'en avoir rien fait.

«Je le savais que c'était chaud. (...) Je pense que ça va tellement faire fureur. Il n'y a rien comme ça sur la terre. Et c'est fait chez nous», lance-t-il. Selon lui, en matière d'innovation dans le domaine du plein air, depuis le «Gore-Tex, c'est ce qu'il y a de plus gros», a-t-il déjà déclaré.

D'autres tests avec la Garde côtière

L'isolant textile à base de fibre d'asclépiade sera à nouveau mis à l'essai, mais cette fois-ci par des membres de la Garde côtière canadienne, souligne Janique Scott, présidente de Monark, l'entreprise granbyenne créée pour commercialiser cette nouvelle technologie.

«On va pouvoir faire d'autres tests. On a un contrat avec le programme d'innovation Construire au Canada. On va fournir des manteaux, des combinaisons et des gants à la Garde côtière dès cet automne. C'est fait en partenariat avec le fabricant québécois LM Uniforme; le même qui a fait la combinaison de l'Everest pour Jean-François (Tardif). On a passé les étapes de validation. Ça va être d'autres essais terrain. En espérant que la Garde côtière atteigne l'Arctique ou d'autres places froides», lance Mme Scott.

Selon la présidente, la commercialisation à plus grande échelle du produit pourrait débuter dès l'an prochain. La ligne de production de l'isolant devrait être opérationnelle d'ici la fin de l'été. La récolte d'asclépiade, maintenant cultivée dans différentes régions du Québec, est aussi attendue à l'automne.

«Les produits vont être disponibles sur le marché en 2017. Ce n'est pas juste au niveau du manteau. On a des discussions pour des bottes, des sacs de couchage, des gants», souligne Janique Scott.

Les partenaires de Monark dans cette aventure, vraisemblablement des fabricants de vêtements et d'accessoires de plein air, seront dévoilés en temps et lieu, dit-elle. «Il y a beaucoup d'intérêt. Et ça ne vient pas juste d'ici. Il y en a beaucoup aux États-Unis et en Europe», se réjouit Mme Scott.

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