Les omnipraticiens manquent à leurs responsabilités, dit Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette... (Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
Québec

Les médecins omnipraticiens manquent à leurs responsabilités en refusant de travailler davantage les fins de semaine, a déploré le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, mercredi, en leur demandant de redescendre de leur «orbite».

La Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ) a pour sa part comparé le discours du ministre à celui du candidat républicain Donald Trump.

Les médecins omnipraticiens restent réfractaires aux supercliniques que veut mettre sur pied le gouvernement et ils proposent d'offrir moins d'heures d'ouverture les fins de semaine. Le gouvernement veut des cliniques ouvertes 12 heures par jour, sept jours sur sept (84 heures par semaine), tandis que la FMOQ préconise plutôt des cliniques ouvertes jusqu'à 16 h, les samedis et dimanches (76 heures par semaine).

«Vous rendez-vous compte de ce qui est dit (par les médecins)? C'est : "Ils peuvent attendre au lundi matin"», s'est indigné le ministre en point de presse avant de se rendre à la séance du caucus libéral mercredi matin.

«C'est un choix du médecin en opposition avec la demande du public. Moi, je suis là pour l'intérêt du public et je suis déçu, très déçu que les médecins aient cette approche.»

La population exige que les médecins s'adaptent et il faut un changement de culture, a plaidé M. Barrette, en rappelant que les médecins s'étaient engagés à se rendre plus disponibles. Il est convaincu que les patients fréquenteront les supercliniques même en début de soirée les fins de semaine, alors que la FMOQ soutient que ce n'est pas pertinent.

«Ce n'est pas une réponse acceptable», a dit le ministre, en demandant aux omnipraticiens de revenir sur Terre.

«Regardez ce qui se passe dans la société, vous n'êtes pas en orbite au-dessus de la société.»

La population accepte de compenser financièrement les médecins à la hauteur de leurs lourdes tâches, mais en contrepartie, elle s'attend de bon droit à des services à des heures prolongées, a-t-il fait valoir. Il a aussi rappelé que les médecins touchaient également une rémunération pour les périodes creuses.

«Les médecins doivent prendre leurs responsabilités sociétales et les réactions (des médecins) que j'entends aujourd'hui ne vont pas dans ce sens-là», a tranché le ministre.

Comparé à Trump

La FMOQ n'a pas mis de temps à réagir aux déclarations du ministre. Le président du syndicat médical, Louis Godin, a dit qu'il avait l'impression d'entendre «le même discours qu'un autre politicien» à qui on a comparé M. Barrette récemment, soit celui de Donald Trump.

«Ça lui prend toujours un coupable et le coupable est toujours ailleurs», a-t-il laissé entendre en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne. Il se dit choqué par les reproches du ministre et prend la défense de ses membres, qui offrent les services de première ligne.

«C'est particulièrement choquant d'entendre ça, quand on est déjà présent partout, dans les hôpitaux, le soir, les fins de semaine, c'est nous qui tenons les urgences ouvertes, l'obstétrique, les soins de longue durée. (...) On laisse entendre que c'est parce qu'on veut être gâté et ne pas travailler. C'est qu'on a notre priorisation à faire.»

M. Godin a indiqué qu'il n'est «pas surpris» par le peu d'enthousiasme que suscite le projet de supercliniques parmi ses membres. Aucune clinique existante ne s'est encore engagée dans le processus. Il «doute fortement» que l'objectif de 50 supercliniques d'ici à 2018 soit atteint.

«Il y a des irritants majeurs», à 84 heures par semaine, «c'est beaucoup plus difficile», a affirmé le président de la FMOQ, qui se défend toutefois d'avoir lancé quelque mot d'ordre que ce soit.

Il invite plutôt le ministre à revenir à la proposition des 76 heures de la FMOQ, des cliniques qui ferment à 16 h les samedis et dimanches, «pour correspondre aux besoins réels de la population».

Les patients dont les conditions médicales requièrent des soins le soir de fin de semaine pourront toujours se présenter à l'urgence, puisqu'elles seront désengorgées, a précisé M. Godin. Et si par la suite il est nécessaire de prolonger en soirée les fins de semaine, les médecins offriront davantage, a assuré le président de la FMOQ.

Il est bien prêt à en rediscuter avec le ministre, mais souligne que la proposition de la FMOQ est déjà sur la table. Par contre, «ce n'est pas un climat facilitant» des négociations, en raison des déclarations du ministre, a-t-il déploré.

Des supercliniques accessibles

Outre les exigences d'heures ouvrables, les supercliniques doivent rendre possible la prise de rendez-vous chaque jour, jusqu'à trois heures avant la fermeture. Elles devront augmenter le nombre de plages de consultation lors de périodes de pointe, par exemple lors d'une éclosion de grippe.

Elles devront offrir un minimum de 20 000 consultations annuelles, dont plus de 80 pour cent devront être faites par des patients qui n'ont pas de médecin de famille ou en ayant un qui n'oeuvre pas dans la superclinique.

Elles devront avoir accès à un centre de prélèvement public au sein même de la clinique en plus d'avoir une entente avec un laboratoire d'imagerie, au sein de la clinique ou à proximité, pour des radiographies simples et des échographies.

Tous ces critères seront évalués chaque année afin que les cliniques puissent conserver leur statut de «super». Ce statut leur assure un appui financier et un soutien professionnel - des infirmières - proportionnel au nombre de consultations annuelles effectuées par les médecins.

L'emplacement de ces cliniques sera en fonction des besoins de la population. À titre d'exemple, M. Barrette entrevoit l'implantation de six supercliniques à Laval et six dans la région de la Montérégie Ouest. Il n'y en aura toutefois pas en Gaspésie, pas plus que sur la Côte-Nord et aux Îles-de-la-Madeleine. Elles seront essentiellement en zone urbaine ou semi-urbaine.

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