Loi 88: «C'est une grande frustration qui tombe»

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Charles-Henri de Coussergues affirme être courtisé depuis près de six mois par des épiciers des quatre coins du Québec.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) C'est avec un amalgame de soulagement et d'enthousiasme que des vignerons d'ici ont accueilli, jeudi, l'adoption du projet de loi les autorisant à vendre leurs produits dans les épiceries et en dépanneurs. Idem pour le député de Granby, François Bonnardel, qui a porté le dossier à bout de bras.

Le député de la Coalition avenir Québec (CAQ) prenait la mesure du chemin parcouru lorsque La Voix de l'Est s'est entretenu avec lui, en matinée jeudi. «C'est une belle victoire pour les produits du terroir québécois et pour les consommateurs. On peut dire que dans l'ensemble, c'est un beau projet de loi où il y a eu pas mal de collégialité», a indiqué le leader parlementaire de la CAQ, à peine quelques minutes après que la nouvelle législation soit entérinée.

Outre le fait de conférer le droit aux producteurs d'alcool artisanal de vendre en épicerie et dans les dépanneurs, la réglementation amendée permettra notamment d'afficher les cépages sur les bouteilles ainsi que le millésime. Selon François Bonnardel, les changements devraient entrer en vigueur d'ici l'automne. «Même s'il n'y a pas de date dans le projet de loi, a-t-il mentionné, le ministre [des Finances] Leitao m'a dit que ça devrait être réglé en septembre.»

Étape charnière

Cette nouvelle mesure adoptée par l'Assemblée nationale, estime le député caquiste, marque une étape charnière pour tout un pan de l'économie québécoise, particulièrement dans la région, terreau fertile pour l'industrie viticole.

Un avis que partagent les vignerons contactés par le journal. Le propriétaire de l'Orpailleur de Dunham, Charles-Henri de Coussergues, est du nombre. «On vient de franchir un grand pas avec le projet de loi 88. C'est une grande frustration qui tombe. En épicerie, on a toujours retrouvé des vins étrangers alors que les produits d'ici n'avaient pas leur place. C'est un bel outil qui est offert aux vignerons de traiter de gré à gré avec les commerçants.»

Daniel L'Heureux, propriétaire du vignoble La Grenouille à Cowansville, abonde dans le même sens que son vétéran collègue. «Pour un plus petit vignoble comme le nôtre, pouvoir discuter localement avec les épiciers marque un tournant important, a-t-il dit. Je dirais même que ça pourrait nous ouvrir les portes du marché provincial. Vraiment, c'est une très bonne nouvelle que l'on attendait depuis longtemps.»

Simon Naud, du vignoble La Bauge à Brigham, a tenu des propos similaires. «Je pense que tout le monde va y gagner, a-t-il fait valoir au sujet de l'amendement du projet de loi. Tant pour la création d'emplois que pour les retombées économiques. On a développé des vins de qualité et ils sont mûrs pour être découverts à plus grande échelle.»

Jasen Gaouette, copropriétaire du IGA Gaouette de Granby, avait fait partie du contingent de l'Association des détaillants alimentaires du Québec (ADA) ayant pris part en février aux auditions de la commission sur le projet de loi 88. Le commerçant souhaitait alors, comme l'ADA, que Québec abolisse les intermédiaires entre les vignerons et les détaillants. L'homme d'affaires voit donc d'un bon oeil le dénouement de ce «marathon» de négociations entre le gouvernement Couillard et les différentes parties concernées par le projet de loi. «Je suis très content que le projet de loi se concrétise enfin. J'ai toujours travaillé pour avoir une relation directe avec les vignerons. C'est gagnant. On va mieux les connaître. Et qui de mieux placé qu'un artisan pour décrire le travail derrière chacun de ses produits.»

Expansion

Charles-Henri de Coussergues affirme être courtisé depuis près de six mois par des épiciers des quatre coins du Québec, toutes bannières confondues, qui souhaitent avoir ses produits sur leurs tablettes. En ce sens, les préparatifs pour accroître la production à l'Orpailleur sont déjà bien entamés. «Le volume ne sera pas là pour attaquer le marché des épiceries demain matin. On a commencé à ajouter de nouvelles vignes il y a deux ans en prévision [du projet de loi]. Et aujourd'hui (jeudi), on commence à planter 10 acres de plus», a-t-il indiqué, précisant qu'une vigne devient mature à compter de la troisième année.

Simon Naud avait également «prévu le coup». Le vigneron veut augmenter la surface viticole de 20 % dès la semaine prochaine. «Et on compte doubler cette surface d'ici cinq ans», a-t-il ajouté.

De plus, le propriétaire du vignoble La Bauge est d'avis que la mouture législative révisée par Québec fera en sorte que de nouveaux joueurs s'ajouteront rapidement dans l'industrie viticole en raison de l'ouverture du marché. Une vision que partage M. de Coussergues. «En 2015, on n'arrivait pas à produire 1 % de la consommation québécoise, tous vignerons confondus. Maintenant, on peut espérer que d'ici cinq ans, ce chiffre atteigne environ 4 %. Dans Brome-Missisquoi, c'est majeur à cause du nombre élevé de vignobles.»

«Avec les nouvelles conditions, a-t-il renchéri, un vigneron qui ne se développera pas, soit qu'il est paresseux ou qu'il souhaite rester petit.»

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