La loi antitabac ne fait pas l'unanimité

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Avec la loi antitabac entrée en vigueur vendredi, il est dorénavant interdit de fumer sur les terrasses partout au Québec.

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Marie-Élise Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Adoptée en novembre, la nouvelle loi antitabac est en vigueur depuis minuit, jeudi. Ainsi, il est dorénavant interdit de fumer sur les terrasses des restaurants et des bars au Québec. Une mesure qui ne fait pas le bonheur de tous.

Sarah lève un pouce en l'air. «Juste l'odeur de la boucane, ça dérange. Ça va faire du bien d'avoir de l'air frais sur les terrasses», dit-elle. Interrogée près d'un commerce local, la Granbyenne considère légitime que les fumeurs se conforment à la tendance antitabac. «Ils peuvent aller un petit peu plus loin, ils vont quand même pouvoir fumer leur cigarette», mentionne-t-elle.

«J'irai fumer dans les parcs», laisse pour sa part tomber Richard, à qui nous avons appris qu'il ne pourrait plus s'allumer une cigarette sur les terrasses cet été.

Nathalie, elle, se dit en terrain neutre. «Je trouve ça plate pour le monde, pareil! J'en ai des fumeurs dans mon entourage, ils sont toujours de plus en plus reclus», fait-elle remarquer.

De son côté, Jessica trouve que la loi est exagérée. «Au pire, faites des sections fumeurs, non-fumeurs sur les terrasses. Je comprends quand c'est dans un environnement fermé, mais là on est dehors, c'est ouvert. Bientôt, ça va être nulle part, on n'aura même plus le droit de fumer dans la rue» s'indique la jeune femme, qui fréquentera moins les terrasses cet été. «Si je prends un verre, je vais le prendre à la maison», dit-elle. La nouvelle loi ne l'incitera pas à arrêter de fumer, contrairement à une éventuelle grossesse.

Protéger les enfants

D'ailleurs, lorsqu'il est question des enfants, les opinions convergent. L'objectif principal de la loi antitabac est de limiter l'exposition des enfants à la fumée secondaire, en incluant notamment l'interdiction de fumer dans une automobile en présence de personnes de moins de 16 ans.

«Ça, c'est encore mieux!» lancent à l'unisson Sarah et Nancy. La première est mère d'une fille de 12 ans et la seconde attend un enfant dans les prochaines semaines. «Quand tu restreins, les gens diminuent (leur consommation de cigarette), donc je pense que c'est une bonne chose», poursuit Nancy.

Karine, fumeuse, croit aussi que la nouvelle loi permettra de changer les habitudes. «On en a vécu d'autres. On n'a pas le choix, faut qu'on suive le beat. Avant ça fumait dans les épiceries, les restaurants, partout, tu sentais toujours la boucane. À cette heure, ce n'est plus de quoi qu'on vit. Moi je vais bien m'adapter», affirme-t-elle.

Mère d'une enfant de 5 ans, elle s'empêchait déjà de fumer au volant et dans la maison. Elle trouve tout à fait légitime que l'interdiction s'étende aux terrains des camps de vacances, aux terrains sportifs et aux aires de jeux extérieures pour enfants.

Les restaurateurs divisés

Barman au Grimoire, Étienne a reçu la consigne d'informer ses clients de la nouvelle loi. «C'est de les avertir qu'ils sont eux, passibles d'une contravention, et que nous aussi, en tant qu'établissement», dit-il. En effet, autant les fumeurs pris en flagrant délit que les établissements où ils se trouvent s'exposent à des amendes.

Au Bistro La Fringale, il est déjà interdit de fumer sur la terrasse depuis un an. «Avec la ventilation, j'avais des drafts de fumée qui entraient à l'intérieur et ça gênait les clients, qui sont en majorité non-fumeurs», explique le propriétaire de l'établissement, Patrice Lobet.

Il a décidé de retirer tous les cendriers des tables. «Au début, (les fumeurs) s'essaient, mais quand on leur dit, ils comprennent», constate-t-il. Le proprio n'a remarqué aucune différence d'achalandage depuis qu'il a instauré cette mesure et selon lui, les tenanciers des bars et restaurants n'ont pas de quoi s'inquiéter. «Ça a été la même histoire quand la cigarette a été interdite dans les bars. Y'a eu une petite baisse de rien du tout les premiers 6 mois et après c'est revenu», observe-t-il.

Pour Germain Côté, la loi antitabac est problématique. Cet habitué du Presse Café de la rue Principale ne voit pas la pertinence des initiatives pour un environnement sans fumée. «C'est pas mieux que l'exhaust pis que le diesel des autobus», argumente l'homme dans la soixantaine.

La propriétaire de la succursale, quant à elle, appréhende surtout les mesures qui s'appliqueront le 26 novembre prochain, à savoir l'interdiction de fumer dans un rayon de 9 mètres de toute porte et de toute fenêtre qui s'ouvre. «Ça, ça va être l'enfer. Si je suis en train de travailler et que les gens vont fumer en arrière, moi je les vois pas. On n'est pas une police non plus qui va tout surveiller», fait valoir Marie-Edith Breton. Elle ne croit pas être la seule restauratrice à se soucier de l'emplacement de ses cendriers. «Je les mets où? À 9 mètres ce n'est plus mon terrain, mais les gens vont fumer pareil. Ils vont aller dans les stationnements pis je vais avoir des butchs de cigarettes partout», signale-t-elle. La problématique lui a valu quelques plaintes cet hiver. «T'aurais dû voir la quantité de butchs qu'on a ramassés au printemps, c'était dégueulasse. Ça devient comme un non-respect des lieux», souligne la propriétaire.

Les dispositions de la nouvelle loi antitabac s'adressent également aux fumeurs de cigarettes électroniques. D'autres règles s'appliqueront à compter des 26 août et 26 novembre prochains.

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