Le polar dans la peau

L'écrivaine Patricia MacDonald était au nombre des conférenciers... (Catherine Trudeau, La Voix de l'Est)

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L'écrivaine Patricia MacDonald était au nombre des conférenciers aux Printemps meurtriers, à Lac-Brome.

Catherine Trudeau, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Lac-Brome) Les Printemps meurtriers recevaient de la grande visite pour leur cinquième anniversaire. Patricia MacDonald, qui signe des polars depuis près de 40 ans, était l'invitée à Lac-Brome du festival mettant à l'honneur les romans noirs et policiers.

Rencontrée tout juste avant qu'elle participe une table ronde sur le thème «écrire au féminin», l'auteure américaine remarque que ce genre d'événements et les salons du livre n'existent pas aux États-Unis. Les possibilités pour les écrivains de rencontrer leurs lecteurs sont donc bien rares.

«Mon mari et moi adorons le Québec. C'est toujours agréable de rencontrer les lecteurs et les autres écrivains. C'est un honneur, je suis contente d'être ici», a-t-elle affirmé.

Accessible et ouverte à discuter en français avec les lecteurs et les confrères, la dame raconte être tombée par hasard dans l'écriture. «Je n'avais pas l'intention d'écrire un roman. J'étais juste journaliste, une très mauvaise journaliste, c'était terrible, se souvient-elle en riant. Mais j'ai perdu mon travail et, pendant le chômage, une amie écrivaine m'a persuadée d'écrire avec elle. Nous avons essayé, c'était un désastre.» Par contre, l'expérience lui a permis de rencontrer un agent littéraire qui l'a amenée à écrire ce qu'elle aime comme style de romans: le polar.

Elle a appris par essais et erreurs à créer des intrigues qui savent accrocher et mettre le lecteur sur les dents jusqu'à la fin. Depuis, elle ne cesse d'écrire et de captiver. Traduits dans six langues - dont le japonais et le suédois! -, plusieurs de ses romans ont fait l'objet d'adaptations télévisées.

Les femmes en vedette

Ses romans ne sont pas des enquêtes policières. Patricia MacDonald cherche plutôt à trouver un crime sur lequel les policiers veulent éviter d'enquêter. Ses personnages sont toujours des gens qu'on voudrait suivre, à qui on s'attache. Et ses bouquins mettent en vedette une femme. Toujours. «Parce que je suis une femme et aussi parce que je trouve les femmes très fortes, très intelligentes, très capables. De nos jours, les femmes doivent tout faire. Alors, pourquoi pas?»

Avant d'écrire des polars, elle en lisait. Cependant, ce n'est plus une littérature qu'on retrouve sur sa table de chevet puisqu'elle veut éviter tout risque de plagiat. Mais les Agatha Christie de ce monde l'ont certainement influencée à prendre ce chemin qui lui a été favorable.

L'auteure à succès met en moyenne deux ans avant de sortir un nouveau roman, qui est toujours son meilleur, répond-elle lorsqu'on lui demande sa plus grande oeuvre littéraire. «Mes lecteurs dépensent leur argent. Ce n'est pas juste de réchauffer une intrigue et de la présenter comme une nouvelle. Je déteste ça chez les autres écrivains et j'essaie de l'éviter pour moi.»

L'écriture au féminin

Et maintenant, «en vieillissant, j'ai décidé de deux choses: je ne me mets pas de date de tombée et je peux créer un personnage qui n'a pas d'amour», a-t-elle répondu plus tard à une question du public à propos des stéréotypes. Un sujet a qui a beaucoup fait réagir Mmes MacDonald, Sylvie-Catherine De Vailly, Johanne Seymour et l'animatrice de la table ronde, Chrystine Brouillet.

Toutes ont convenu qu'un personnage sans travers est inintéressant. Elles notent en revanche une certaine amélioration dans l'utilisation de stéréotypes chez leurs confrères. «Mais quand on lit de l'arrière-garde, les romans plus vieux, les blondes sont évaporées, les noirs sont méchants et les rousses pulpeuses», a lancé Mme Brouillet, faisant rire l'auditoire.

Le constat de cette discussion lors de la table ronde, tenue au théâtre de Knowlton, est que les femmes auteures n'écrivent pas comme leurs collègues masculins, qui ont tendance à mettre en scène un enquêteur, par exemple, tout autant masculin.

C'est «musclé, athlétique et bruyant dans les livres d'hommes, poursuit Mme Brouillet. Comme avec les scènes de cirque de Patrick Sénécal et le dernier de Martin Michaud, Quand j'étais Théodore Seaborn, où c'est la guerre.»

L'affectif et la fragilité sont davantage abordés par les femmes. Le personnage d'enquêteur de Kate McDougall, imaginé par Johanne Seymour, par exemple, a beaucoup de travers qui la rendent plus attachante, comme sa dépendance à l'alcool, ses relents du passé et son désir pour son patron.

Sylvie-Catherine De Vailly met quant à elle en scène Jeanne Laberge, première femme enquêtrice, dans les années 70. «Je trouvais intéressant de la voir évoluer dans un monde de machos. Ce qui dicte sa conduite, c'est son envie d'être inspecteur. Elle va même jusqu'à se fâcher avec son père», raconte l'auteure.

Les personnages créés par des femmes ont donc, de ce qu'ont pu en retirer les spectateurs et auteurs présents, des failles, des désirs et de la persévérance, ce qui stimule l'intérêt du lecteur. Nul besoin d'explosions.

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