Pollution lumineuse: des pylônes qui dérangent à Bromont

Sylvie Adam près d'un pylône d'Hydro-Québec sur sa... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

Agrandir

Sylvie Adam près d'un pylône d'Hydro-Québec sur sa terre. Des citoyens en ont ras le bol des lumières qui ont été ajoutées.  «Je suis passée par toute la gamme des émotions de la colonne négative», dit-elle.

Alain Dion, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Bromont) Depuis quelques semaines, les citoyens de Bromont sont éblouis en observant des pylônes de la nouvelle ligne à 120 kV érigée par Hydro-Québec sur le territoire. Non pas par le savoir-faire de la société d'État, mais plutôt par les «intenses» balises lumineuses installées sur les imposantes structures pour répondre à la réglementation d'approche aérienne. Ce qui soulève la grogne chez plusieurs Bromontois.

Sylvie Adam est bien au fait du dossier. En plus d'être propriétaire d'une des terres sur lesquelles ont été implantés les pylônes en question, elle est également conseillère municipale du district Adamsville et vice-présidente de la Régie aéroportuaire régionale des Cantons-de-l'Est (RARCE). Comme bien des citoyens, elle a été stupéfaite de voir ces balises à son retour à la maison, le 28 mars, après un voyage de quelques semaines.

«On ne m'a jamais dit qu'il allait y avoir des lumières sur les pylônes. D'ailleurs, elles n'ont pas été installées en même temps que la ligne. Quand je suis revenue, j'étais en état de choc. Je le suis encore. Je suis passée par toute la gamme des émotions de la colonne négative. La frustration, un sentiment de trahison, la déception, la colère. Je pensais à nous, à mes voisins, à la municipalité et à l'aéroport [Roland-Désourdy]. Je me suis dit que notre village venait de perdre son identité champêtre, récréotouristique et de villégiature. On a les pieds et les mains liées dans tout ça parce que les pylônes ne disparaîtront jamais.»

En marge de la dernière séance ordinaire du conseil de Bromont, le 2 mai, plusieurs personnes ont déploré à La Voix de l'Est le manque de transparence d'Hydro-Québec dans le dossier. François Bachand est du nombre. «Il semble que personne à Bromont ne savait que ce serait de cette ampleur. Les gens sont devant un fait accompli. Des lumières intenses comme celles [des pylônes], ça détonne. Surtout dans un coin comme ici où on privilégie la nature. Je ne voudrais pas avoir ça dans ma cour.»

Seconde phase

Les balbutiements du projet ont commencé à l'hiver 2012-2013. Des séances d'information et de consultation ont alors eu lieu à Bromont. Hydro-Québec a ensuite proposé trois tracés pour la ligne d'alimentation. La solution retenue a été présentée au printemps 2013. La société d'État a lancé il y a près d'un an les travaux du nouveau poste d'Adamsville, à proximité du boulevard de Montréal à Bromont. Les infrastructures permettront de desservir le Parc scientifique de la municipalité ainsi qu'une partie de la région, par le biais d'une ligne à 120 kV. Le coût global du projet est estimé à 82 M$. Celui-ci prévoit notamment des servitudes sur les terrains de huit particuliers et de 10 entreprises.

Il y a quelques semaines, des panneaux solaires ont été installés à côté des pylônes ayant des balises lumineuses, entre autres dans le secteur du chemin Racine, où réside Sylvie Adam. Questionnée en avril par la Bromontoise à ce sujet, une représentante d'Hydro-Québec, responsable de la gestion du dossier avec les propriétaires terriens, a confirmé qu'il s'agit de mesures temporaires. Or, l'implantation d'une seconde ligne servant uniquement à alimenter les balises est dans les cartons. «On m'a dit que ce n'était pas prévu à la base par Hydro-Québec d'installer des poteaux de bois parce qu'ils croyaient que de petits panneaux solaires seraient suffisants pour le type de balisage qu'ils souhaitaient mettre. J'ai assez des pylônes, je ne veux pas de ces nouveaux poteaux chez moi. Il va falloir s'asseoir ensemble et trouver des solutions.» De son terrain, la Bromontoise dit avoir vu à plusieurs reprises des gardiens faire des rondes pour surveiller les panneaux en question.

Selon Sylvie Adam, Hydro-Québec est «en réaction» dans le dossier plutôt que d'être proactive. «De toute évidence, le balisage n'était pas prévu. Il y a une phase dans l'étude qui n'a pas été faite, du moins pas correctement. On n'a pas tenu compte de l'aéroport avec ce que je vois aujourd'hui.»

Pourparlers

Comme Sylvie Adam, la mairesse de Bromont, Pauline Quinlan, est d'avis que la portion de l'installation de balises dans le projet n'a jamais été présentée par Hydro-Québec, ni à la Ville ni lors de consultations publiques. «Ça prend des balises en raison de la proximité de l'aéroport pour respecter les normes de Transport Canada. La mauvaise surprise, c'est surtout l'intensité de ces lumières. Et aussi le fait que ce sont des feux clignotants, blancs le jour et rouges la nuit. (...) On est habitués d'avoir de l'éclairage, à la montagne par exemple. Mais ce n'est pas agressant.»

Question de dénouer l'impasse, la Ville a mandaté l'experte-conseil en sécurité aérienne Marie-Hélène Simard, lors de la séance extraordinaire du 16 mai, afin qu'elle «recommande une alternative afin de diminuer les effets négatifs de cette pollution lumineuse.»

De plus, les élus ont résolu de réclamer que la société d'État stoppe «toutes installations relatives aux feux de balisage» d'ici à ce qu'une entente survienne entre les deux parties.

Selon Ginette Cantin, conseillère relation avec le milieu,... (archives La Voix de l'Est) - image 2.0

Agrandir

Selon Ginette Cantin, conseillère relation avec le milieu, Hydro-Québec n'a rien à se reprocher dans le dossier de la ligne à 120 kV de Bromont. 

archives La Voix de l'Est

Bras de fer entre Transport Canada et Hydro-Québec à l'horizon

La transparence d'Hydro-Québec est sans faille en ce qui concerne le projet de ligne à 120 kV à Bromont, estime Ginette Cantin, conseillère des relations avec le milieu. Des modifications aux exigences de Transport Canada en matière de sécurité aérienne, dit-elle, ont changé la donne pour la société d'État.

«On nous a demandé de baliser beaucoup plus large [que ce qui était prévu en avant-projet]. On avait identifié trois à quatre structures au départ. On en a maintenant 11 sur lesquelles on doit installer des balises lumineuses. Et ça devait être de l'éclairage fixe, alors que maintenant, c'est diurne, nocturne clignotant», a mentionné Mme Cantin en entrevue. «On est vraiment désolé pour tout le monde. Ce n'est pas une solution que l'on souhaitait pour les gens de ce territoire», a-t-elle ajouté.

Des citoyens ont évoqué que l'installation de balises sur les pylônes n'a jamais été présentée en détail au public ni à la Ville. «Nous n'avons rien caché. On a donné le maximum d'informations dont on disposait. (...) On ne pouvait pas savoir ce que Transport Canada allait nous imposer au moment où on était en avant-projet», a clamé la représentante d'Hydro-Québec.

Ouverture

Le directeur général de l'aéroport Roland-Désourdy, Robert Blais, a indiqué à La Voix de l'Est qu'Hydro-Québec a erré dans l'étude du dossier de la ligne à 120 kV (voir autre texte), notamment en ne tenant pas compte de ses nombreux cris d'alarme. Ce que Mme Cantin a tenu à réfuter. «On a accueilli toujours très ouvertement les préoccupations de M. Blais. Tout ce qu'on pouvait faire à chacune des étapes a été fait.»

«On ne comprend pas bien ce qui se passe avec Transport Canada à ce moment-ci, mais ça va se régler», a-t-elle renchéri.

Ginette Cantin a également indiqué que «par acquit de conscience [Hydro-Québec] a réduit la hauteur de certaines structures pour permettre à l'aéroport de poursuivre son accréditation.»

Panneaux solaires

L'utilisation de panneaux solaires pour alimenter les balises suscite également beaucoup de questionnements chez les citoyens. «Il n'y a pas de ligne d'alimentation dans le secteur [de ces pylônes]. Comme on ne savait pas quel type de balisage serait exigé, c'était une option temporaire à notre disposition. (...) Dans certains cas, on peut installer des ballons sur les conducteurs ou deux à quatre panneaux fixes seulement nocturnes ou diurnes, a fait valoir Mme Cantin. Un panneau solaire à même la structure aurait pu faire l'affaire.»

La représentante d'Hydro-Québec a toutefois confirmé que dans le cas présent, l'option retenue est d'installer une ligne sur poteaux de bois à proximité des pylônes pour alimenter les balises.

«Compte tenu de l'ampleur des changements et la variété de ce qui s'applique au territoire, on a prévu avec les gens de la Ville, une journée d'information pour expliquer ce qui a bien pu se passer dans l'année avant la construction, a souligné la porte-parole. Mais aussi dans celle qu'on vient de franchir, où il y a des choses qui s'ajoutent et qui n'étaient pas prévues.»

Parmi les solutions préconisées par Hydro-Québec figurent la diminution de l'intensité lumineuse et le retrait des balises clignotantes. «Ça pourrait se faire rapidement si Transport Canada nous en donne l'autorisation», a mentionné Ginette Cantin.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer